04 décembre 2010

« Musées de papier »

L'Antiquité revisitée par les livres des XVIIe et XVIIIe siècles

jusqu'au 3 janvier 2011,

le Louvre explore ces « Musées de papier »

qui témoignent des débuts de l'Histoire de l'art.


*
**





museebianchini.jpg
Entre 1703 et 1710,
Francesco Bianchini travailla à concevoir
un musée pour le Vatican.

De ce projet abandonné
ne subsistent que les gravures
du Demonstratio Historia Ecclesaisticae (1752-1754).

Sur celle-ci, les bustes d'empereurs et de philosophes
côtoient les mosaïques et les bas-reliefs.
Sophie Pujas © BNU Strasbourg




Les antiquaires des XVIIe et XVIIIe siècles ont souvent rassemblé leur savoir dans d’imposants recueils figurés d’antiquités, sortes de « musées de papier » donnant à voir, sous forme de gravures ou de dessins, un nombre considérable d’œuvres antiques.

Les images de l’art antique contenues dans ces musées de papier ont directement alimenté une série de phénomènes majeurs dans l’histoire de l’art du XVIIIe siècle : essor du goût pour l’antique et mode néoclassique, naissance de l’historiographie de l’art, élargissement de la notion d’Antiquité à des aires géographiques et culturelles nouvelles.


dessinplumeetencre.jpg
Dessin à la plume et à l'encre noire,
dans le Recueil de dessins originaux par Pietro Sante Bartoli,
de peintures antiques trouvées à Rome.

Ce dessin représente une fresque du tombeau des Nasons,
découvert non loin de Rome, via Flaminia.
Sophie Pujas © BNF





L’exposition révèle l’extrême fécondité de ces recueils de dessins et gravures.

Elle mène le visiteur du Museo cartaceo de Cassiano dal Pozzo (1588-1657) – érudit qui rassembla une célèbre collection de reproductions d’œuvres antiques – jusqu’aux années 1760-1800, marquées par les ouvrages illustrés de Caylus, de Winckelmann et de Séroux d’Agincourt.



empreintesdepierres.jpg
Cette collection d'empreintes de pierre gravées
(dactyliothèques)
du XVIIIe siècle appartenait à l'antiquaire Philipp Daniel Lippert.

Ces objets servaient à compléter les connaissances livresques
sur les objets antiques.
Sophie Pujas © BNF




Elle donne un aperçu des systèmes de classement de ces recueils et montre comment, à la suite notamment des fouilles d’Herculanum, la littérature antiquaire s’enrichit de publications somptueuses.


singeantiquaire.jpg
Le métier d'antiquaire fait au XVIIIe siècle l'objet
de multiples représentations en peinture.

Ici, sous une forme caricaturale :
Le singe antiquaire, de Jean-Baptiste Chardin.
Sophie Pujas © Musée du Louvre/Angèle Decquier




Enfin, elle présente les multiples objets et instruments qui ont accompagné le travail antiquaire et ainsi préparé la naissance de deux disciplines modernes : l’histoire de l’art et l’archéologie.



Cette exposition a été réalisée avec le concours exceptionnel de la Bibliothèque nationale de France




Présentation : Musée du Louvre



*


Source des photos : Le Point



**
*



desacris.jpg
Gravure extraite de
De sacris aedificiis a Constantino Magno contructis (1693).
Sophie Pujas © Bibliothèque centrale des Musées nationaux




Miss You

31 août 2010

Un bain de jouvence pour Vénus

Une nouvelle comme je les aime et l'occasion de revenir sur l'histoire de cette statue célèbrissime.


venustte.jpg

Au Louvre,

la Vénus de Milo retrouve sa splendeur d'origine.

Sans perdre de ses mystères.





Incontestable victoire d'étape pour Vénus !

En changeant, encore une fois, de salle à l'occasion du réaménagement partiel du département des Antiquités grecques et romaines du Louvre, la Vénus de Milo vient de marquer un point contre sa grande rivale, la Joconde, l'autre star du Louvre.

Resplendissante sur un fond de marbre coloré, l'effigie grecque en jette.

Pomponnée, nettoyée, sa peau en marbre de Paros ayant retrouvé sa blancheur originelle, Vénus donne le sentiment de sortir de son bain.
miloz.jpg
Même si ses formes généreuses ne correspondent plus aux canons de notre époque - Karl Lagerfeld n'en voudrait pas dans un de ses défilés -, Vénus est plus rayonnante que jamais.

Peu de statues "tiennent" en sa compagnie, explique-t-on au Louvre.

En dépit de la chaleur, les foules qui tournent autour du marbre le plus célèbre de la planète se régalent de ses seins que ne dissimule aucun chiton, apprécient ses hanches un rien massives, sur lesquelles une tunique semble glisser.

En 1964, alors qu'elle voyageait au Japon où l'incorrigible André Malraux l'avait expédiée, les vibrations du navire transporteur avaient détérioré la robe de Vénus, qui avait perdu quelques plis au passage...

Il avait fallu envoyer d'urgence deux marbriers du Louvre à Tokyo pour reconstituer le drapé.

La dernière restauration a donc été effectuée avec un soin tout particulier sous l'oeil d'une commission spécialisée.

Le dos de la statue a été débarrassé des auréoles laissées par toutes sortes de savons et de produits utilisés pour les moulages depuis le XIXe siècle.

Toilette réussie : apparemment, ses derniers bains et les nouvelles pommades n'ont pas laissé de traces sur le corps de Vénus, contrairement au pauvre "Gladiateur Borghèse", dont l'épiderme a l'air bien vérolé...


Dénichée par un paysan grec

Vénus, elle, faut-il le préciser, a bénéficié des derniers progrès de la médecine. Son corps de marbre a été passé aux rayons gamma.

Une endoscopie - doucement invasive, que l'on se rassure : par un canal de coulée datant de l'Antiquité - a permis de vérifier le bon état de ses articulations, plus exactement, la qualité des goujons de métal qui tiennent ensemble les deux parties composant la statue.

Au passage, on a découvert un petit papier portant la signature d'un marbrier du Louvre, Libeau, auteur d'une restauration datée de 1936 que l'on n'avait pas vraiment enregistrée.

Mais il en va des statues comme des hommes : les progrès de la technique ne suffisent pas toujours pour poser un bon diagnostic. En dépit d'un long séjour en observation et de l'endoscopie, Vénus conserve une partie de ses mystères.

Certes, plus personne ne songe à l'attribuer à Praxitèle ou à Phidias, comme certains le firent dans l'enthousiasme de sa découverte en 1820 sur l'île de Milos, dans les Cyclades.
venusmilobras.jpg
On est sûr, aujourd'hui, que la déesse est bien une production hellénistique datant de la fin du IIe siècle avant Jésus-Christ (130-100), mais on ne sait toujours pas si c'est une déesse de l'Amour ou une Amphitrite.

De la même façon subsistent des doutes sur ce qu'elle faisait de ses bras. Tenait-elle un miroir ? un bouclier ? une couronne ? S'appuyait-elle sur un pilier ?

Dénichée par un paysan grec, acquise in extremis par des marins et des diplomates français alors qu'elle était déjà embarquée sur un navire turc à destination de Constantinople, Vénus avait été retrouvée en compagnie d'un morceau de plinthe qui portait une signature à moitié lisible.

Cette pièce de marbre a disparu.

Dans sa grotte des Cyclades, Vénus gisait avec d'autres éléments sans doute réunis par un chaufournier.

En lieu et place d'un musée, Vénus aurait pu, comme de nombreuses antiques, tout aussi bien terminer sa carrière dans un four à chaux...







Miss You

11 mai 2010

Chefs-d'œuvre disputés

La bataille de la restitution des œuvres que la colonisation, la guerre ou les fouilles archéologiques ont entraînées hors de leur pays d'origine remue fortement le monde de l'art.


Le sujet n’est pas neuf, il a d’ailleurs été évoqué à plusieurs reprises sur le blog.


Aujourd’hui, je vous propose un petit passage en revue de certaines des œuvres revendiquées les plus célèbres.





*
**


marbres.jpg
Marbres du Parthénon,
rapportés en Angleterre par Lord Elgin
,
puis vendus au British Museum.
La Grèce exige leur restitution.


*



tetesouverainsife.jpg
Têtes de souverains et Reliefs historiés
provenant du royaume d'Ifé
.
Le Nigeria les réclame au British Museum.


*



pierrederosette2.jpg
La Pierre de Rosette,
entrée au British Museum en 1802,
aujourd'hui réclamée par l'Egypte.


*



legerfeenrouge2.jpg
Fernand Léger, Femme en rouge et vert.
En l'absence de toute certitude quant aux héritiers,
l'oeuvre reste au centre Pompidou, MNAM


*



tetesnok.jpg
Têtes de la civilisation Nok,
nord du Nigeria, conservées au musée du Quai Branly.
Leur exportation est désormais interdite.


*



nocescana2.jpg
Véronèse, Les Noces de Cana
Rapportées à Paris par Bonaparte.
Il y a peu de chance que l'oeuvre quitte le Louvre
pour retourner à Venise où elle était conservée jusqu'en 1797.


*



ramses2.jpg
Statue de Ramsès II
musée de Turin.
Réclamée par l'Egypte à l'Italie.


*



adeleblochbauer2.jpg
Klimt, Portrait d'Adèle Bloch-Bauer
Le musée du Belvédère de Vienne a dû le rendre en 2006
à la dernière descendante de la famille Bloch-Bauer
qui vit à Los Angeles.


*



nefertiti2.jpg
Buste de Néfertiti
le fleuron du Neues Museum de Berlin.
Réclamé par l'Egypte depuis trente ans.


*



vermeerart2.jpg
Johannes Vermeer, L'Art de la peinture
Vienne,Kunsthistorischesmuseum.
Acheté par Hitler en 1940 au comte Czernin
dont les héritiers réclament aujourd'hui la restitution.


*



gauguin.jpg
Gauguin, Jour de repos,
Saint-Pétersbourg, Ermitage.
Confisqué dans la collection de Sergueï Chtchoukine.
Réclamé par son héritier.


*



tresordetroie.jpg
Trésor de Troie,
volé par les Russes aux Allemands en 1945
et caché dans les réserves du musée Pouchkine à Moscou.
Il réapparaît en 1993.
Depuis, l'Allemagne le réclame.
(photo : Sophie Schliemann porte ici une parure issue de ce trésor.)

L'incroyable odyssée du Trésor de Troie


*



drreyvangogh2.jpg
Van Gogh, Portrait du Dr Rey
Moscou, musée Pouchkine.
Confisqué dans la collection de Sergueï Chtchoukine.
Réclamé par son héritier.


*



zodiaquedenderah2.jpg

Zodiaque de Dendérah,
exposé au Louvre depuis bientôt deux siècles,
mais l'Egypte exige son retour

*



cezannebaigneurs.jpg
Cézanne, Les Baigneurs,
Moscou, musée Pouchkine.
Confisqués dans la collection d'Ivan Morosov.
Réclamés par son héritier.


*



matisse2.jpg
Matisse, La Musique,
confisquée au collectionneur Sergueï Chtchoukine en 1918,
déposée à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg,
aujourd'hui réclamée par l'héritier de Chtchoukine.


*



Source photos et légendes


**
*



A lire aussi :


Ces chefs-d'œuvre que les pays du Sud veulent récupérer

Le Sud se ligue pour récupérer ses antiquités


Sur le blog (notamment) :

L'oeil d'Amenophis III

Et si on visitait le nouveau musée de l'Acropole ?




Miss You

27 mars 2010

Méroé, empire et légende émergés des sables

Certainement, une exposition fascinante... et aussi l'occasion de retrouver le Pays des pharaons noirs dont Anti avait parlé en début d'année dernière.






Les clefs d'un Royaume

C'est une première.

D'abord parce qu'en France le nom de ce royaume n'est guère connu.

Ensuite, parce que les quelque 200 pièces réunies à l'occasion de cette exposition (bijoux, statues, stèles...) n'ont jamais été vues.

Elles proviennent pour la moitié du Soudan, le reste étant prêté par de grands musées internationaux.

Cette civilisation est explorée à travers ses coutumes, ses croyances et le mystère de son écriture.


(Source l’Express)




*
**


L'exposition







Le Louvre met en évidence l'originalité de ce royaume,

puissant au début de notre ère dans le nord de l'actuel Soudan,

où les cultures égyptienne, africaine, grecque et romaine s'entremêlaient.


Jusqu'au 6 septembre, dans l'entresol de l'aile Richelieu du Louvre.


De l'empire méroïtique ne subsistent plus qu'Aïda, la belle princesse-esclave noire de Verdi, des pyramides aiguës, rongées par les sables du Nord-Soudan, et d'étonnants vestiges archéologiques.

Le Louvre, en charge de fouilles depuis 2007 à 50 kilomètres au sud de Méroé l'ancienne capitale, en présente à partir d'aujourd'hui une sélection.

roiarchertete.jpg

Statue d’un roi archer, Tabo (Argo), IIe s. av. J.-C.,
Khartoum, Soudan, Musée national
© 2010 Musée du Louvre / Georges Poncet


Les objets de terre, surtout la poterie noire et la céramique funéraire aussi fine qu'une coquille d'œuf, révèlent la mixité des styles de ce pays qui allait de l'actuel lac Nasser au sud de Khartoum, entre le monde pharaonique et l'Afrique noire.

Mais plus encore les effigies des dieux. Voilà un panthéon où se côtoient, apparemment dans la plus grande tolérance, le bélier Amon, Isis, Osiris, Anubis, des créations locales telles Apédémak, cobra à tête de lion, le Grec Silène ou son fils adoptif Dionysos. Zeus apparaît même, coiffé de son bonnet phrygien.

meroepyramids.jpg


«Méroé est une charnière essentielle et encore très mal connue entre les royaumes du nord et ceux du sud », résume Guillemette Andreu, directrice des antiquités égyptiennes du Louvre.

Et de montrer la puissance de cet État qui s'était enrichi par le commerce de l'or, de l'ivoire, des fourrures et de l'ébène en désignant des bijoux fins ou lourds, ainsi qu'un magnifique roi-archer de bronze et de feuilles d'or venu du musée de Khartoum.
Qui fut-il ? Son nom s'est perdu.

Profitant d'une Basse-Égypte en plein déclin, Méroé s'épanouit durant six siècles, d'environ - 270 av. J.-C. à 320 ap. J.-C., date de sa dernière pyramide. Face aux Nubiens de l'Ouest, elle devait se protéger.

lionbelier.jpg


D'où cet effrayant lion de grès dévorant un ennemi. Ou ce pommeau de canne en bronze figurant un prisonnier pieds et poings ligotés dans le dos. Finalement, le monothéisme chrétien a recouvert cette société héritière des fameux «pharaons noirs» montés sur le trône des deux Égyptes à partir de 1000 av. J.-C.


Une curieuse écriture

Entre-temps, Méroé aura mis au point et développé une curieuse écriture, en parallèle des traditionnels hiéroglyphes. Derrière les vitrines, ses pattes de mouche couvrent stèles et éclats de poteries. «Jusqu'alors, si on savait en trouver les équivalents phonétiques, on ne la comprenait pas, commente Guillemette Andreu. Depuis peu, quelques linguistes ont établi des ponts avec certaines langues encore parlées au Tchad et en Érythrée

stele1.jpg



stele3.jpg






stele2.jpg



Photos stèles


*


A propos de la langue méroïtique




La traduction des deux mille textes exhumés à ce jour peut donc commencer. Il est sûr que Méroé livrera beaucoup d'autres secrets. Ce ne seront sûrement pas des trésors d'or et de pierres précieuses puisque sur place les pyramides sont remplies de sable et que dessous les principales nécropoles ont été pillées depuis des lustres. Mais on pourra peut-être expliquer pourquoi Méroé ne momifiait pas ses défunts. Ou si sa société reposait ou non sur l'esclavage.




Article signé Eric Bietry-Rivierre

**
*


necropole.jpg

Nécropole royale de Méroé, vue du cimetière nord - © 2010. CDA/M.Mylonas


*


Le site "La civilisation perdue de Méroé"
de Claude Rilly, chargé de recherche au CNRS.



*

« Sur les traces de cette civilisation »

*

Entretien France Info

*




pyramidslouvre.jpg



« Jamais ma joie ne fut plus extrême et
plus vive qu’en découvrant les sommets
de ces nombreuses pyramides
qui étincelaient sous le soleil
… »
Frédéric Cailliaud, 1823



Miss You

04 mars 2010

La "Sainte Russie" au Louvre



Une plongée dans l'art russe avant Pierre Le Grand,

méconnu et peu représenté dans les collections françaises :

l'exposition "Sainte Russie"

réunit au Louvre du 5 mars au 24 mai

dans le cadre de l'Année de la Russie en France

des oeuvres pour beaucoup jamais montrées à l'étranger.



stgeorges.jpg

Icône de saint Georges terrassant le dragon, XVe siècle.




Quelque 400 pièces - icones, orfèvreries, manuscrits - montrent comment les artistes russes ont peu à peu pris leur autonomie par rapport aux modèles apportés par Byzance.


viergedetolga.jpg

Vierge de Tolga, fin du XIIIe siècle.
Provenance : église de l'Exaltation-de-la-Croix du monastère de Tolga, près de Iaroslav



Dans une scénographie théâtralisée, l'exposition parcourt toute l'histoire de la Russie ancienne, du baptême du prince Vladimir de Kiev en 988, qui marque l'entrée du pays dans la chrétienté, aux réformes radicales de Pierre Le Grand (1682-1725) qui scelle son arrimage à l'Europe.


novgorodiens.jpg

Bataille des Novgorodiens contre les Souzdaliens
dite aussi "Miracle de la Vierge du signe", XVe siècle.
Provenance : Novgorod



Dans la Rous' de Kiev, où l'église est grecque dans ses usages et ses structures, l'esthétique byzantine est prépondérante, notamment à travers les icones, comme la célèbre Vierge de Vladimir.


objetsliturgiques.jpg

Objets liturgiques pour l'Eucharistie, 1679.
On distingue une calice, un diskos (disque),
une astérisque, une assiette, une cuillère et enfin une lance



Mais l'art de ce premier âge d'or "va se démarquer très tôt de la tradition", explique Jannic Durand, commissaire de l'exposition avec Tamara Igoumnova.


nativitdelavierge.jpg

La Nativité de la Vierge, 1497.
Peinture de l'ensemble "Iconostase de la Dormition du monastère Saint-Cyrille du lac Blanc :
cinq icônes du registre des Fêtes"



Et l'influence occidentale sera plus manifeste encore après la fragmentation de la Rous' en principautés rivales, comme le montrent les impressionnantes "Portes d'or" de la cathédrale de Souzdal, associant iconographie byzantine et technique occidentale.

portesorsouzdal.jpgPortes d'or


Cette évolution connaît un coup d'arrêt avec les invasions mongoles en 1223 puis en 1237. Seule la principauté de Novgorod, dont les icones opposent franchement le rouge et le blanc, échappe à la déferlante tatare.

Après ces temps de rupture, c'est de l'essor politique de Moscou que va naître la nouvelle Russie. Une première victoire contre les Mongols en 1380, et l'installation à Moscou du pouvoir religieux expliquent en partie cette montée en puissance.


chasses.jpg

Couvercle de la châsse du tsarévitch Dimitri, 1628-1630.
Provenance : Moscou, ateliers du Kremlin.
Au centre : Icône du Saint Pierre, métropolite de Moscou, XVIe siècle.
À droite : Pokrov d'Alexandre Nevski, 1670-1680.
Provenance : Solvytchegodsk, atelier des Stroganov



Elle se confond aussi avec le grand peintre d'icones Andrei Roublev, dont très peu d'oeuvres ont été conservées et dont le mythe a été exploré par le cinéaste Andrei Tarkovski.


epitaphios.jpg

Epitaphios du prince Dimitri Shemiaka, 1444.
Don du prince Dimitri Shemiaka au monastère Saint-Georges, Novgorod



La domination de Moscou culmine avec Ivan IV "le Terrible", premier tsar en 1547, qui se pose ainsi en successeur des empereurs byzantins.

Elle s'accompagne d'installation de monastères dans les régions les plus reculées. Est ainsi partiellement reconstituée dans l'exposition l'imposante iconostase (cloison séparant le sanctuaire de la nef) du Monastère de la Dormition-St-Cyrille du Lac Blanc, qui superpose quatre niveaux d'icones.


stdemetrios.jpg

Icône Saint Demetrios de Pskov, deuxième quart ou milieu du XVe siècle.
Provenance : église monastique Sainte-Barbe du village de Petrov construite en 1618



En même temps, souligne M. Durand, "la Russie n'est pas éloignée de la Renaissance". Des architectes italiens viennent à Moscou, des livres sont imprimés vers 1550, mais l'imprimerie est finalement interdite pour hérésie.


chroniquederadziwi.jpg

Chronique de Radziwi ?? :
le baptême du prince Vladimir, XVe siècle



Une crise dynastique ouvre en 1598 le "Temps des troubles" et celui du règne agité de Boris Godounov. C'est à lui qu'on doit un chef d'oeuvre présenté au Louvre : le grand "oklad" (couverture protectrice d'une icône) de la Trinité, une parure d'or et de pierres précieuses qui recouvrait la seule icone attribuée à Andrei Roublev.


okladm.jpg

Oklad de la Trinité d'André Roublev.
Offert par le tsar Boris Godounov en 1599-1600 à l'église de la Trinité Saint-Serge
pour l'icône de la Trinité d'André Roublev.
Complété par le tsar Michel Ier Romanov en 1626 puis, à nouveau, en 1754



viergebleue.jpg


L'accession au trône de Michel 1er Romanov marque la restauration de l'Etat, mais aussi un siècle de "vives contradictions", note Jannic Durand, entre la volonté de revenir aux traditions et des "essais d'emprunt à l'Occident", avec l'introduction progressive du portrait à la cour.


patriarchenikon.jpg

Portrait du patriarche Nikon, vers 1660-1665.
Provenance : monastère de la Résurrection de la Nouvelle-Jérusalem, Istra


C'est d'ailleurs sur deux portraits emblématiques que se clôt l'exposition : celui de Feodor III Romanov représenté en habit de cour dans un hiératisme quasi oriental et celui de son demi-frère Pierre Le Grand, campé en armure par un peintre britannique dans la tradition occidentale du 17ème siècle.


actesdesapotres.jpg

Actes des Apôtres et Épîtres, vers 1410-1420.
Provenance : monastère Saint-Cyrille de Beloozero, Saint-Pétersbourg




calice.jpg

Calice à deux anses, XIe siècle.
Une orfèvre de Kosta (Constantin) faite d'argent fondu et argent repoussé, ciselé et doré






Miss You

25 avril 2009

Journée du Louvre sur Arte

2571784,property=imageData,CmPage=70.2151238.2151232.2540532,CmStyle=2151076,v=1,CmPart=com.arte-tv.www.jpg


Comme Miss le signalait dans sa note "La pyramide du Louvre, quelle histoire !", le musée du Louvre fête les vingt ans de la pyramide.

À cette occasion, ARTE mobilise son antenne et propose une journée spéciale, aujourd'hui samedi 25 avril, pour découvrir cette prestigieuse institution sous toutes ses facettes et propose un programme plus qu'alléchant (articles et extraits vidéo en cliquant sur les liens) :

14h00 - "Les Nabatéens, de Pétra à Medaïn Saleh"

14h50 : "Herculanum, une bibliothèque sous les cendres"

pyramide-louvre_vga.jpg

15h50 - "La bataille de la pyramide"

La construction de la pyramide fut une aventure tumultueuse, retracée ici par ses principaux protagonistes, de Ieoh Ming Peï aux artisans du chantier.

Pour faire simple, c’est souvent extrêmement compliqué.

L’histoire oubliée d’un chantier colossal où un architecte étranger, revisitant avec audace l’un des symboles de la culture française, suscita l’une des plus belles levées de boucliers de l’histoire de l’urbanisme, et posa des problèmes techniques énormes et inédits. Car, ainsi que le résume l’un de ses maîtres d’œuvre, « pour faire simple, c’est souvent extrêmement compliqué ». Les principaux acteurs de l’aventure, aux premiers rangs desquels Ieoh Ming Peï, Émile Biasini – qui fut directeur du projet Grand Louvre – ou l’ex-ministre de la Culture Jack Lang, mais aussi les conservateurs d’alors ou les laveurs de carreaux, la font revivre dans un montage alerte et documenté. Jubilatoire ! (Lire aussi : La pyramide de la discorde).


2565044,property=imageData,v=2,CmPart=com.arte-tv.www.jpg 16h45 - "Le réveil d'Apollon"
Après trois ans de restauration, la galerie d’Apollon au Louvre a rouvert ses portes en 2004. Jérôme prieur a filmé la renaissance de ce lieu unique.

En 1661, Louis XIV commande à l’architecte Le Vau et au peintre Le Brun la construction d’une grande galerie royale au cœur du Louvre. Quelques années plus tard, le roi décide de déplacer la cour à Versailles. Abandonnée, la galerie d’Apollon servira de modèle à la galerie des glaces de Versailles. Elle ne sera achevée que deux siècles plus tard par l’architecte Félix Duban, en 1851, à la veille du coup d’État de Louis Napoléon Bonaparte.


Le pouvoir de l’art

Peintures, sculptures en stuc, boiseries et tapisseries constituent un décor féerique monumental qui témoigne de deux cents ans d’histoire de l’art, et qu’il fallait restaurer. Pendant plus de deux ans, Jérôme Prieur a suivi cet immense chantier. Son film est à la fois un document sur le gigantesque travail de restauration et un voyage dans le temps. À mesure que les couleurs et les formes renaissent sous les mains des restaurateurs ressurgit l’histoire d’un lieu où l’art et la politique ont été intimement mêlés. Entreprise au moment où Louis XIV commençait à gouverner seul, la galerie d’Apollon, célébration du dieu du Soleil, fut le premier théâtre du pouvoir absolu, avant Versailles. Un lieu dont la signification change lorsque Delacroix prend la suite des travaux sous la IIe République… Des historiens d’art, des historiens des idées, des écrivains, des conservateurs nous entraînent dans l’exploration de ce décor fascinant, servi par la beauté des cadrages et de la lumière, par l’élégance des mouvements de caméra. Entre passé et présent, sur une musique de Marc-Olivier Dupin, le film de Jérôme Prieur nous donne l’occasion de voir cette galerie comme aucun visiteur du Louvre ne la verra plus jamais.


18h15 - "La vie cachée des œuvres : Rembrandt"


1664212,property=imageData,v=2.jpg 20h45 - "À la recherche du roi Gilgamesh"

L'épopée de Gilgamesh, considérée comme le plus ancien récit de l'humanité, suscite nombre de questions sur ses origines. Histoire ou mythe ?

L'épopée de Gilgamesh, oeuvre attribuée à Sin-Leqe-Unnini et comprenant trois mille vers rédigés en écriture cunéiforme sur douze tablettes d'argile il y a près de trois mille deux cents ans, raconte les exploits du roi sumérien Gilgamesh, personnage brutal et impétueux, vivant dans la démesure et le luxe. Qu'il ait vraiment existé et régné sur Uruk, en Mésopotamie, n'a jusqu'ici pas été démontré. Mais de nouveaux fragments de tablettes ont récemment été découverts, et avec eux autant d'indices. À quoi s'ajoute la découverte récente du site d'Uruk par des archéologues allemands.

L'épopée décrit le voyage initiatique du roi, accompagné de son alter ego Enkidu. Ce dernier meurt, et Gilgamesh, au désespoir, part à la recherche du secret de l'immortalité avant de comprendre qu'il n'est pas dans la nature de l'homme de braver la mort. Assagi, le roi retourne à Uruk où il bâtit un immense rempart pour garantir la prospérité et la paix dans la ville.

Aujourd'hui, des recherches archéologiques, présentées dans le film, ont mis au jour les ruines de cet ancien rempart. On verra aussi renaître Uruk, la première métropole du monde, grâce aux images de synthèse, alors que des scènes de fiction font revivre la cour de Gilgamesh, les différents épisodes de son épopée ainsi que les grands moments des fouilles, comme la découverte par l'archéologue britannique Henry Layard, en 1872, à Ninive, des premières tablettes d'argile mentionnant le Déluge, ce qui avait fait sensation à l'époque. Une quête passionnante, entre mythe et histoire.


2565030,property=imageData,v=2,CmPart=com.arte-tv.www.jpg 21h40 - "B... comme Babylone"

Une plongée parmi les trésors de la première grande capitale mondiale, à la fois ville maudite et berceau d’une civilisation fascinante, disparue il y a 3 000 ans.

La cité mythique de Babylone est née en Mésopotamie, il y a près de 5 000 ans. Disparue 2 000 ans plus tard, elle fut finalement redécouverte à l’orée du XXe siècle. La célèbre porte d’Ishtar, exhumée en 1989 puis transportée pierre par pierre et reconstruite au Pergamon Museum de Berlin, le Code d’Hammurabi, traité de justice précurseur conservé au musée du Louvre, ou les fameuses tablettes en argile couvertes de cunéiformes qui attestent d’une explosion véritable de l’écriture sont autant de traces émouvantes de cette société, qui signent la naissance de nos civilisations.

L’histoire de Babylone à travers les siècles est celle d’un mouvement perpétuel qui oscille entre destruction et reconstruction. Même reconstruite par Saddam Hussein, puis investie par une base militaire américaine lors de la guerre en Irak, Babylone reste aujourd’hui une légende, toujours fantasmée dans les représentations multiples qui en ont été faites : la tour de Babel, Nabuchodonosor ou Sémiramis peinte par Degas, la légende des jardins suspendus, les récits d’Hérodote, ou les péplums italiens…

B… comme Babylone part à la découverte de cette civilisation en rencontrant ceux qui ont exploré ce site aujourd’hui inaccessible comme Béatrice André-Salvini du musée du Louvre, l’une des rares personnes au monde à lire le babylonien « dans le texte », ou Joachim Marzahn à Berlin. Nous suivons Salam Jawad, jeune iconographe d’origine irakienne qui collecte des objets babyloniens pour une future encyclopédie en ligne. En cheminant à ses côtés, nous partons pour un voyage fascinant, à la fois scientifique, culturel et humain…


22h35 - "Metropolis"


2565032,property=imageData,v=2,CmPart=com.arte-tv.www.jpg 23h20 - "La ville Louvre"

À l’occasion du grand réaménagement du Louvre, à la fin des année 1980, Nicolas Philibert (le réalisateur d'"Être et avoir") a filmé le ballet des œuvres et des hommes. Un hommage émouvant et insolite à tous les "artisans" de l’art.

Derrière une petite porte de la réserve, des œuvres se dévoilent dans le rond de lumière d’une lampe de poche. Bientôt, elles seront accrochées aux murs des nouvelles salles. Les œuvres – sculptures, peintures – et les hommes – techniciens, restaurateurs – ont déjà entamé leur ballet : dans la cour, une grue soulève une immense toile représentant une femme aux mains jointes ; à l’intérieur, les peintres rafraîchissent les murs, les restaurateurs travaillent dans leur atelier, les oeuvres se déplacent le long des couloirs ; deux conservateurs organisent les nouveaux accrochages, des employés reçoivent une formation de secourisme…

Des œuvres et des hommes.

Histoire secrète, insolite et émouvante d’un lieu qui se réorganise, "La ville Louvre" révèle déjà tout le style de Nicolas Philibert, notamment son sens du cadre et de la situation, de la narration et des personnages. Ici, ce sont moins les œuvres qui l’intéressent que le rapport que le personnel du Louvre entretient avec elles. En introduisant une caméra mobile et très vive au coeur de l’agitation fébrile du grand réaménagement, Nicolas Philibert rend hommage aux « artisans » de l’art, qu’ils soient conservateurs ou ouvriers. Il privilégie l’émotion mais aussi les situations cocasses nées du contraste entre la trivialité des moyens utilisés et la beauté immortelle des oeuvres. Des moments où le quotidien se mêle à l’exceptionnel, le prosaïque au sublime. Par exemple lorsqu’une sculpture noire aux yeux perçants est transportée tel un supplicié au bout d’un Fenwick ; quand un peintre en bâtiment repeint une plinthe au pied d’un tableau ; ou lorsqu’une jeune fille tire au pistolet en plein musée pour tester l’acoustique.

Une journée qui s'annonce sous le signe de la découverte une fois de plus !

A lire aussi sur le blog, entre autre (j'en oublie certainement) :

Le temps qu'il fait, le temps qui passe

Les portes du ciel au Louvre

Babylone, perverse et merveilleuse

Persépolis

Sources articles et photos Arte TV sauf pour celle de la pyramide.

Très belle journée à tous.

anti

09 avril 2009

La Pyramide du Louvre : quelle histoire !

Vous vous souvenez ? C’était il y a vingt ans.


louvrepyramidepanoramiq.jpg




Cette audace architecturale signée Pei a été très critiquée lors de sa construction. Aujourd'hui appréciée, elle est menacée d'asphyxie.

Aujourd'hui, on l'aime. Elle est le symbole de Paris. Avec la Vénus de Milo et La Joconde, elle arrive à la troisième place parmi les œuvres les plus prisées des visiteurs du Louvre.

Hier, on la détestait. Elle a suscité les critiques les plus folles, les polémiques les plus vives. Inaugurée le 30 mars 1989, la pyramide construite par le Sino-Américain Ieoh Ming Pei, au milieu de la Cour Napoléon, déclenchait une mini-révolution sur fond d'opposition politique.

pyramidelouvrein.jpg

Vingt ans plus tard, l'architecte âgé de 91 ans vient d'ouvrir son musée à Doha (capitale du Qatar). Et à Paris, sa création est devenue un des lieux les plus fréquentés.

Le Louvre est passé de 3 millions de visiteurs annuels avant l'aménagement à 8,5 millions en 2008. Comme tout le monde doit passer par cette entrée unique, le flux est à nouveau difficile à gérer.


Moderniser l'espace central

Plusieurs problèmes se posent. Hormis le traitement du bruit sous la pyramide, il faut songer à délocaliser la billetterie, à multiplier les stations d'accueil et à diversifier les entrées en fonction des catégories de visiteurs. Un vaste programme est donc lancé pour moderniser l'espace central en sous-sol, d'une surface de 125 000 m².

«Le plus important est en dessous, la pyramide toute seule n'existe pas», déclarait Pei en 1983. C'est pourtant ce volume s'élevant comme un diamant à plus de 20 mètres de hauteur qui a ravivé, lors de l'annonce du projet, la bataille entre anciens et modernes. Entre défenseurs du patrimoine et audacieux de l'architecture, entre droite et gauche.

Les premiers considéraient que la magnifique perspective du Louvre vers l'Arc de triomphe serait défigurée. Que marier des styles architecturaux si différents dénaturerait ce lieu historique. Sept associations de défense du patrimoine interpellèrent le ministre de la Culture, Jack Lang. Les seconds trouvaient au contraire une telle juxtaposition des plus originales ; le projet d'une pyramide ayant déjà été évoqué sous l'ère napoléonienne.

Ainsi, que n'a-t-on pas lu et entendu ! «Fait du prince» de la part de François Mitterrand qui, à peine élu président de la République, en 1981, avait lancé ce projet sans concours. «Gadget pyramidal», selon Pierre Mazars dans les colonnes du Figaro, ou «maison des morts», selon André Fermigier dans une chronique au vitriol du Monde, ce qui lui coûtera son poste.

pyramidelouvreout.jpg

Une prouesse technologique

La presse se partageait en deux camps, et les lecteurs s'en mêlaient. Ces derniers voyaient dans la pyramide «une démarche politique» ou «un Luna Park en sous-sol». Ils s'interrogeaient sur le coût de l'opération (2 milliards de francs) et celui de l'entretien des surfaces vitrées, difficiles à escalader. Il fut question de faire venir une tribu d'agiles Iroquois pour les nettoyer !

Le 28 avril 1985, François Mitterrand sermonnait les insurgés sur TF1. Nommé par lui, Émile Biasini, ancien collaborateur d'André Malraux à la réputation de «bulldozer» et secrétaire d'État aux Grands Travaux, avait déjà redoublé d'efforts de persuasion. Demandée par Jacques Chirac, alors maire de Paris, une maquette grandeur nature vient à bout du gros des résistants.

A quelques semaines de la fin de son premier septennat, François Mitterrand inaugura donc cette prouesse technologique érigée en un temps record, après des fouilles archéologiques homériques et une guerre des tranchées avec le ministère des Finances, qui refusait de quitter l'Aile Richelieu du Palais du Louvre.

(Extraits du Figaro)


Crédit photos

. Vue intérieure : cmimages.com
. Vue extérieure : phitoussicom.com



Miss You

07 mars 2009

Les portes du ciel au Louvre

Rien de tel que Ramsès II, Toutankhamon ou Akhenaton pour attirer les foules dans un musée. C'est cependant un thème moins accrocheur qu'a choisi le département égyptien du Louvre. Conçue par Marc Etienne, l'un des conservateurs, l'exposition est consacrée aux "Portes du Ciel".

1993223265.jpgDeux siècles, onze sites, un ouvrage

Depuis près de deux siècles, les égyptologues français explorent la terre des pharaons. Les objets qu'ils ont mis au jour, les archives et photos prises sur leurs chantiers de fouilles, sont un trésor que décrit "Objets d'Egypte, des rives du Nil aux bords de Seine" (Musée du Louvre/Le Passage, 214 p., 35 €. A paraître 12/03/2009). Pour présenter en un seul ouvrage autant de travaux et de passion, onze sites ont été sélectionnés, sous la direction de Guillemette Andreu, directrice du département des Antiquités égyptiennes du Louvre. Parmi eux, Tanis, où Pierre Montet avait découvert d'extraordinaires tombes royales... à un très mauvais moment : en mars 1939, alors que le monde allait s'embraser.

Du temps des pharaons, l'expression désignait les battants du tabernacle abritant la statue d'une divinité. Le propos, ici, est naturellement plus vaste : à travers toutes les portes de séparation - entre le sacré et le profane, le pur et l'impur, le monde des vivants et celui des morts -, il s'agit de faire entrer les visiteurs dans l'univers mental et religieux des anciens Egyptiens. Pour cela, plus de 370 oeuvres, datant de l'Ancien Empire à la période romaine, ont été rassemblées. Une partie des pièces proviennent de musées européens (Berlin, Londres, Leyde, Florence, Turin, Copenhague), mais la plupart appartiennent aux salles ou aux réserves du Louvre. Cette exposition permet de les redécouvrir en les resituant dans leur contexte.

2033786697.jpgStatues, sarcophages, stèles ou papyrus expriment une pensée complexe, très étrangère à nos schémas cartésiens. Les portes de l'ancienne Egypte n'ont rien à voir avec les tiroirs dans lesquels nous classons les idées et enfermons la réalité. Toute une dimension magique, en particulier, s'y dégage : chaque objet, chaque image a une fonction précise et une efficacité supposée. Nommer une chose la fait exister. Dessiner ou graver des aliments sur la paroi d'une tombe assurera au défunt un ravitaillement, même quand les offrandes alimentaires, déposées par les vivants dans sa chapelle, viendront à cesser...

L'exposition est conçue comme une boucle. Partant d'un tabernacle central en pierre, provenant du temple de Philae, les visiteurs traversent successivement quatre espaces, matérialisés chacun par un mobilier, une couleur et un éclairage particuliers, séparés les uns des autres par des "portes".

On commence par l'univers, dont les différents espaces communiquent entre eux : la terre pour les êtres vivants, le ciel pour les divinités et l'au-delà pour les défunts. La survie du monde dépend de leur collaboration. Dans cette section, dominée par le jaune du Soleil, les petits objets signifient autant que de grandes stèles : par exemple, ce bijou, en forme de chapelle, de bois doré incrusté de verre, de faïence et de lapis, représentant l'astre qui se meut à travers le ciel avant de traverser le monde inférieur, à bord d'une barque, le véhicule fondamental de l'univers égyptien.

La deuxième section est celle de l'au-delà que le Soleil parcourt pendant la nuit, pour en ressortir, triomphant, au petit matin. Le défunt, lui, doit franchir toutes sortes de portes, gardées par des figures redoutables, pour accéder au Champ des offrandes.

Une carte de l'au-delà

Une description étonnante de l'au-delà figure sur la cuve funéraire d'un haut fonctionnaire du Moyen Empire, Sépi. Cet ensemble de vignettes et de textes, d'une grande complexité, est probablement la première carte géographique jamais établie dans le monde.

Troisième espace : la chapelle qui surmonte la tombe. C'est un lieu de culte, où l'on dépose notamment les offrandes alimentaires ; un lieu de passage aussi entre le monde des morts et celui des vivants, où sont accueillies les entités immatérielles qui survivent au défunt. Dans cette section, on trouve toutes sortes de fausses portes, dont deux stèles en quartzite de la XVIIIe dynastie, provenant des Musées de Leyde et de Berlin. Il est difficile de ne pas s'arrêter devant la superbe statue de Youyou et de son épouse Tiy, assis côte à côte, qui croisent leurs bras d'un geste affectueux.

La dernière section est consacrée au temple. C'est la demeure du dieu, le ciel sur terre, dont l'accès est réservé au pharaon. Le prêtre qu'il délègue s'approche du tabernacle pour habiller et parer la divinité, la nourrir, la prier et l'apaiser. On admirera ici une étonnante statue en bronze, de la période tardive (XXVe dynastie), représentant un personnage anonyme : un patient travail de restauration conduit au Louvre y a fait apparaître une peau de panthère, signe de son appartenance à la classe sacerdotale.

Le problème, avec les objets égyptiens, c'est qu'ils sont souvent magnifiques. Difficile d'échapper à l'admiration pour se concentrer sur des concepts, et saisir les méandres de cette pensée, même en franchissant de fausses portes...


940250722.jpg"Les Portes du Ciel - Visions du monde dans l'Egypte ancienne".

Musée du Louvre, hall Napoléon. Mo Palais-Royal ou Musée-du-Louvre. Tél. : 01-40-20-53-17. Tous les jours sauf le mardi, de 9 heures à 20 heures et jusqu'à 22 heures les mercredi et vendredi. 11 €. Jusqu'au 29 juin.

Catalogue :

"Les Portes du Ciel - Visions du monde dans l'Egypte ancienne". Ed. Musée du Louvre. 384 p., 39 €.

Source : Robert Solé pour Le Monde

Photos: AFP, Musée du Louvre


18 mars 2008

Babylone, perverse et merveilleuse

Du 14 mars au 02 juin 2008 se tiendra l'exposition "Babylone" au Musée du Louvre, hall Napoléon



@import url(http://medias.lemonde.fr/mmpub/css/blog.css);

"Babylone", une riche exposition au Louvre"

Voici la critique d'Emmanuel de Roux dans Le Monde du 12 mars 2008, pleine d'enseignements

Rivers of Babylon (The Melodians), Babylon System (Bob Marley), ont été des tubes musicaux dès les années 1970 et l'un des derniers albums de Bob Marley, héros du reggae, s'intitule Babylon by Bus. Ils sont tous inspirés du Livre des psaumes de la Bible. Comme le célèbre Nabuccho (1842) de Verdi. Cette permanence en dit long sur la postérité de cette ville mésopotamienne, fondée environ deux mille ans avant notre ère, et dont le nom a traversé les siècles pour rester dans l'imaginaire populaire, à la fois symbole de turpitude et de dépravation mais aussi de luxe et de savoir-vivre.

L'exposition montée par le Louvre, "Babylone", aborde aussi bien l'histoire de cette cité, sans cesse renaissante, que sa légende. On peut seulement regretter que les organisateurs de la manifestation aient interrompu le récit de sa mythologie en 1917, date de l'arrêt des grandes fouilles archéologiques allemandes et sortie d'Intolérance, le film de l'Américain Griffith, dont l'un des volets est explicitement consacré à Babylone qu'il reconstitue avec un grand luxe.

Car le thème de Babylone n'a jamais cessé d'être repris dans tous les domaines. Après les rastas jamaïcains (de Bob Marley à Gregory Isaacs), pétris de Bible, le groupe français Tryo a sorti sa version musicale de Babylone.

Côté littérature, les Américains nous ont donné notamment Un privé à Babylone (Richard Brautigan) et Train de nuit pour Babylone (Ray Bradbury) et le naturalisé canadien Maurice G. Dantec Babylon Babies. Le cinéma s'est largement inspiré de la cité cosmopolite, de Metropolis (de Fritz Lang, 1927) à Blade Runner (de Ridley Scott, 1982). Sans parler des politiques : Saddam Hussein, l'ancien dictateur irakien, qui avait reconstitué quelques monuments fameux de la ville défunte (située à quelque 90 kilomètres au sud de Bagdad) et se comparait volontiers, images à l'appui, à Hammourabi (vers 1750 av. J-C), le roi législateur du premier Empire babylonien.

C'est par la fameuse stèle de basalte noire, conservée au Louvre, que s'ouvre l'exposition. Le Code d'Hammourabi est un résumé des lois, rédigées en écriture cunéiforme, promulguées par ce souverain pour unifier son royaume qui s'étendait entre le Tigre et l'Euphrate. L'empire connut ensuite une éclipse politique mais resta un centre culturel important, ne serait-ce que par la diffusion de la langue babylonienne dans toute la région. Il renaît vers 600 avant notre ère. Nabuchodonosor II (605-562 av. J-C) avale ses rivaux et son empire s'étend du golfe Arabo-Persique aux rives de la Méditerranée, soumettant au passage les vassaux de l'Egypte, notamment le petit royaume de Juda, dont la capitale Jérusalem fut assiégée et sa population déportée à Babylone.

Cet exil longuement raconté dans la Bible - "largement rédigée pendant la déportation", nous dit Béatrice André-Salvini, l'une des commissaires de l'exposition - assura sans doute la postérité "négative" de la ville et de son roi "impie" Nabuchodonosor, le destructeur de la Ville sainte, Jérusalem. La légende de la tour de Babel, symbole de l'orgueil humain, y prend aussi sa source. On voit d'ailleurs au Louvre la maquette d'une ziggourat, ce temple cubique de 90 mètres de haut, qui servait de "marchepied aux dieux descendant sur terre, plutôt que d'échelles destinées à les détrôner", explique Mme André-Salvini. Dès l'époque médiévale de multiples représentations en sont données. Les plus célèbres (celle de Bruegel l'Ancien, venue de Rotterdam) sont au Louvre.

Car l'Empire babylonien détruit, Babylone survécut. Ce fut l'une des principales villes de l'Empire perse. Le Grec Alexandre le Grand y mourut. Le temple de Mardouk, le grand dieu local, dont on peut voir des effigies au Louvre, est décrit par l'historien romain Pline l'Ancien. Même après l'invasion arabe, il restera un petit village, Babil, qui servit de point de départ aux grandes fouilles archéologiques allemandes entre 1899 et 1917. C'est à elles que l'on doit le remontage à Berlin de la fameuse porte d'Isthar en brique vernissée.

Mais la légende n'a pas attendu les archéologues pour s'emparer de Babylone. Son versant noir s'appuie sur la Bible et sur l'Apocalypse, qui en font le symbole de la pourriture cosmopolite. Des artistes comme Monsu Desiderio (vers 1610), John Martin (1820), Delacroix (La Mort de Sardanapale, 1828), ou le prodigieux Nabuchodonosor ravalé, par William Blake (1795), au rang d'un animal féroce, en ont donné des images dramatiques. Babylone est tour à tour assimilée par les protestants à la Rome pervertie au moment de la Réforme, ou, plus tard, à la ville corrompue par la révolution industrielle. En argot des cités d'aujourd'hui, un "babylon" désigne un flic.

Son image positive vient de la période des Lumières. Voltaire qui consacre une tragédie à une de ses reines mythiques, Sémiramis, y voit la cité qui a su rompre avec dieu. Ses jardins suspendus sont considérés comme l'une des sept merveilles du monde et l'architecte américain Frank Lloyd Wright travaille, en 1957, à une extension de Bagdad, pour faire une "Babylone des temps modernes". Sa mort (en 1959) et celle de son commanditaire, Fayçal II d'Irak, assassiné en 1958, interrompt ces travaux, avant qu'ils ne soient repris - en carton-pâte - pour la plus grande gloire de Saddam Hussein.