21 février 2011
Masques du Toit du Monde
Une exposition certainement superbe, qui s'installe à Paris après être passée à Martigny et dont Valentine nous avait parlée sur "Bonjour" il y a quelques temps.
A voir si vous êtes sur Paris !
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L'Espace Durand-Dessert
présente une impressionnante collection
de masques, d'objets d’art rituels, tribaux et chamaniques
de l'Himalaya.

Espace Durand-Dessert
28 rue de Lappe 75011 Paris
jusqu'au 30 avril 2011
Parallèlement à l’engagement de leur galerie dans l’art contemporain, Liliane et Michel Durand-Dessert ont constitué, au fil des ans, une collection d’art primitif.
Un premier aperçu en avait été exposé au musée de Grenoble en 2004 en complément d’une grande rétrospective de leur carrière.
L’art africain, lui, a fait l’objet d’une exposition à l’Hôtel de la Monnaie à Paris en 2008.

Masque de Mleng
Chung Chopoh, fils du chasseur Apa, danse du Yak, Mompa, Arunachal Pradesh, Inde.
Bois, patine noire, traces de laque rouge sur la bouche, fourrure de chèvre sur le front.
C’est maintenant la partie himalayenne de leur collection que nous présentons dans ce lieu historique de la rue de Lappe, où bon nombre de grands noms de l’art contemporain ont été découverts et exposés.

Masque dit « siffleur », sud-ouest du Népal.
Bois, patine noire lustrée recouverte de pigment blanc.
L’ensemble de cette collection est particulièrement remarquable par sa qualité comme par sa diversité.
Parmi les chefs-d’œuvre qu’elle contient, elle offrira au visiteur un ensemble incomparable qu’aucune institution française, voire européenne, n’est en mesure de présenter actuellement.
La statuaire, révélée tardivement, marginalisée dans les collections et tenue à l’écart des grandes expositions, est ici mise à l’honneur.
Des collections particulières françaises ou européennes complètent cet ensemble de l’art himalayen, notamment dans le domaine du chamanisme et des textiles.
Quatre séries de photographies, dont celle intitulée : ‘‘Le Tibet’’ de Jean Mansion, prêtée par le musée Guimet, viennent resituer ces œuvres dans leur contexte.
Prenant le relais de l’exposition Masques de l’Himalaya à Martigny en Suisse, cette exposition bénéficie du soutien de Bernard et Caroline de Watteville, à travers leur fondation, et a pour but de faire progresser la connaissance de l’art himalayen.

Masque Magar (?) Népal occidental.
Bois patine gris fumé mat, métal, peau, poils d’éléphants.
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Photos © Bertrand Holsnyder
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Légendes signées Dominique Poiret pour Libération
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Miss You
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09 novembre 2010
« Lapita, Ancêtres océaniens »
Encore une bien belle et riche exposition dans ce musée décidément parmi mes préférés.

L’exposition
L’exposition LAPITA, Ancêtres océaniens présente un panorama de la tradition céramique Lapita à travers une sélection exceptionnelle d’objets et de fragments d’objets principalement en provenance de Nouvelle-Calédonie et du Vanuatu.
En s’appuyant sur des découvertes archéologiques récentes qui ont permis de réévaluer l’ensemble des connaissances sur l’Océanie préhistorique, l’exposition resitue la céramique Lapita - vieille de 3000 ans - dans son contexte historique et archéologique.
Elle montre les spécificités techniques et la diversité stylistique des objets Lapita, et analyse l’héritage encore présent de ces décors dans les traditions décoratives océaniennes contemporaines.
Première exposition internationale réalisée sur ce sujet, LAPITA, Ancêtres Océaniens témoigne de l’histoire du peuplement de l’Océanie lointaine.
La tradition céramique Lapita est en effet historiquement liée à la première implantation des populations de langues austronésiennes dans le Pacifique sud-ouest dès le milieu du deuxième millénaire avant J.-C. : ces poteries, dont les premiers tessons furent découverts au début du XXe siècle, demeurent le marqueur archéologique le plus identifiable de la progression de ces populations.
La céramique Lapita
L’homogénéité étonnante des poteries décorées de pointillés, et disséminées sur une distance de près de 4500 km en moins de 400 ans, a incité les archéologues à parler d’un « ensemble culturel Lapita » regroupant l’ensemble du Pacifique sud-ouest il y a 3000 ans.
Plus de 300 sites préhistoriques renfermant des tessons Lapita ont été identifiés à ce jour.
Mais la découverte d'une fosse en Nouvelle-Calédonie et d’un cimetière à Téouma au Vanuatu a permis, au cours de la dernière décennie, d’étudier pour la première fois, un ensemble important de récipients Lapita bien conservés et d’apporter une contribution essentielle à la description de cette tradition céramique.
L’une des caractéristiques majeures de cette tradition est la complexité des formes identifiées.
Le remontage des poteries à partir des tessons et les analyses de matériel provenant des fouilles ont permis d’établir une riche typologie d’objets et de montrer que les potiers austronésiens avaient développé une technique particulière de fabrication de céramique.
Les poteries, principalement réalisées avec de l’argile de marais, étaient montées par plaques.
Les motifs, imprimés sur la pâte sèche avant cuisson, étaient réalisés avec des outils dentés.
L’organisation du décor pointillé imprimé sur les poteries se définit par une recherche de symétrie. Ce décor est caractérisé par un ou deux bandeaux centraux constitués de motifs souvent complexes, eux-mêmes bordés de frises aux motifs simples et répétitifs.
Les études identifient une quinzaine de grandes classes de décors. Le développement des fouilles de sites Lapita en Mélanésie a permis d’identifier dans l’ensemble décoratif Lapita, en complément des motifs géométriques, la présence de visages humains plus ou moins stylisés.
(Bien plus encore à découvrir sur le site du Musée.)
• Un long article sur Libé Voyages
• Le très riche site arethpa.ifrance.com consacré à l’art Lapita
• Un autre site www.cdp.nc sur la civilisation Lapita
• Wiki
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Et, pour conclure, un parallèle que je trouve particulièrement intéressant
Poteries Lapita et pétroglyphes de Nouvelle-Calédonie
Les pétroglyphes sont de petits dessins gravés dans la roche.
En Nouvelle-Calédonie, on les trouve aussi bien sur la côte Est que sur la côte Ouest, le plus souvent au bord de rivières.
Ils ont été réalisés en frappant plusieurs fois la roche avec une pierre dure et pointue.

L’eau servait pour polir les motifs.
En Nouvelle-Calédonie, on a trouvé une grande variété de formes de pétroglyphes :
des spirales, des croix, des cercles, des étoiles, des lignes, des polygones, des formes humaines et animales.

Ces pétroglyphes sont difficilement datable.

Cependant, des archéologues pensent que certains ont pu être gravés
dès l’arrivée des premiers hommes en Nouvelle-Calédonie il y a plus 3000 ans.

Les motifs des pétroglyphes rappellent ceux des poteries Lapita.

Texte et photos des pétroglyphes signés Black Spirit.org
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04 octobre 2010
« L'Or des Incas »

Les Incas ont dominé les Andes durant un siècle (1400-1533).

Masque Culture Sicán (800-1350 apr. J.-C.)
Or. Laminé/Repoussé/Soudé
379 x 649 mm
Musée archéologique national Brüning, Lambayeque © Photo : Joaquín Rubio Roach
Masque funéraire en or laminé. Les yeux en amandes et le nez prononcé ;
les boucles d’oreilles et l’ornement nasal (nariguera) seraient ceux d’une divinité Sicán.
Censés représenter les traits du défunts, les masques comme celui-ci faisaient partie de son trousseau funéraire.
[Paloma Carcedo]
Lorsqu’ils s’installent dans la région de Cuzco au XIIIème siècle, dix civilisations s’y sont déjà succédées.

Pectoral Zone de Lambayeque (900 - 1400 apr. J.-C.)
Or. Laminé/Découpé/Cuit
450 x 455 mm
Musée archéologique national Brüning, Lambayeque © Photo : Joaquín Rubio Roach
Pectoral constitué de quatre cent dix plaques carrées d’or laminé, (15 x 15 mm)
et 32 plaques circulaires avec perforation centrale (diam. env. 23 mm).
Toutes présentent de petites perforations permettant de les coudre sur un vêtement. [Luisa Maria Vetter]
Les Incas sont donc les héritiers de traditions sophistiquées élaborées pendant plus de 3000 ans.

Bol cérémoniel Culture Chimú (900-1470 apr. J.-C.)
Or et argent. Laminé/Ciselé/Soudé
82 x 117 x 117 mm
Musée Larco, Lima (ML 100865)
Musée Larco, Lima © Photo : Joaquín Rubio Roach
Le personnage central de la frise et de la base présente un coiffe
et les extrémités des membres terminés en tête de serpent. [Luisa Maria Vetter]
Considéré comme la « sueur » du soleil, divinité suprême du panthéon animiste inca, l’or est étroitement associé au rituel religieux.

Ornement frontal Culture Mochica (100 av. J.-C. - 850 apr. J.-C.)
Alliage or-argent-cuivre. Laminé/Repoussé/Ajouré/Ciselé
224 x 1 x 256 mm
Musée Larco, Lima © Photo : Joaquín Rubio Roach
Décor de félins et d’oiseaux.
Pièce probablement destinée à être cousue sur un tissu, par les trous encadrant le visage.
[Paloma Carcedo]
L’empereur inca étant l’incarnation humaine du soleil, l’or est également central dans la représentation du pouvoir.

Vase-portrait Culture Inca (1440 – 1532 apr. J.-C.)
Argent. Laminé/Repoussé/Embouti
190 x 108 mm
Musées « Or du Pérou »-« Armas del Mundo » - Fondation Miguel Mujica Gallo, Lima © Photo : Manuel Figari Rouillon
Vase-portrait également appelé aquilla en quechua, utilisé par les Incas
pour les libations accompagnant les cérémonies. [Luisa Maria Vetter]
C’est un outil de différenciation sociale pour l’élite et un élément indispensable du trousseau funéraire du défunt.

Tumi (couteau sacrificiel) Culture Sicán (800-1350 apr. J.-C.)
Or. Laminé/Gravé
320 x 137 mm
Musées « Or du Pérou »-« Armas del Mundo » - Fondation Miguel Mujica Gallo, Lima © Photo : Manuel Figari Rouillon
Couteau rituel en or utilisé pour le sacrifice d’êtres humains et d’animaux,
à motifs de personnage mythique entouré par des vagues. [Luisa Maria Vetter]
Il se décline en une grande variété d’objets, tous présents dans l’exposition: couronne, diadème, boucles d’oreilles, ornement nasal, épingle, vaisselle rituelle, pectoral, collier, figurine ou ornement.

Récipients aviformes Culture Inca (1440 – 1532 apr. J.-C.)
Argent. Laminé/Repoussé/Embouti/Soudé
173 x 120 mm
Musées « Or du Pérou »-« Armas del Mundo » - Fondation Miguel Mujica Gallo, Lima © Photo : Manuel Figari Rouillon
Récipient en argent soudé dont l’anse est une tête et un bec d’oiseau. [Luisa Maria Vetter]
Le travail de l’argent, métal associé à la divinité lunaire, est également très répandu dans les Andes et des œuvres de grande qualité sont exposés à travers deux cent cinquante-trois œuvres émanant des plus prestigieux musées péruviens.
Le titre, inutilement racoleur, cache en réalité une exposition de grande qualité.
"L'or des Incas " se voit d'abord comme un épatant voyage au travers de la cordillère des Andes, ne se contentant pas d'évoquer seulement la splendeur de l'Empire inca, lequel s'était développé, avec une exceptionnelle ampleur, en une centaine d'années à peine.

Pectoral (coquillage) Culture Mochica (100 av. J.-C. - 850 apr. J.-C.)
Coquillage. Poli /Découpé
260 x 510 x 8 mm
Musée Larco, Lima © Photo : Joaquín Rubio Roach
Perles cylindriques de spondyle ou mullu (Spontylus Sp.). [Luisa Maria Vetter]
La manifestation examine aussi l'art et l'histoire des différentes cultures qui se sont succédé dans le Pérou ancien avant la fondation de l'Empire inca. Une dizaine d'entre elles, toutes éblouissantes dans la maîtrise d'un certain nombre de techniques, déroulent leurs fastes, sur plus de deux mille cinq cents ans.

Coupe cérémonielle Culture Chimú (900-1470 apr. J.-C.)
Bois, nacre. Sculpté/ Gravé/Pyrogravé/Serti
399 x 167 x 165 mm
Musée Larco, Lima © Photo : Joaquín Rubio Roach
Décor de la coupe : frise de 9 panneaux gravés représentant un personnage
(à longue queue et aux pieds terminés en tête d’oiseau) associé à des êtres zoomorphes (félin)
et à un singe. [Luisa Maria Vetter]
Le travail de l'or, qui a tant excité l'avidité des conquistadors, leur a permis de réaliser toutes sortes d'objets cultuels, par exemple des masques, des pectoraux, des ornements nasaux (nariguera), des couteaux sacrificiels ou encore des coiffes qui permettent d'imaginer la splendeur de cérémonies étroitement associées à la divinité solaire.

Ornement Frontal (oiseau) Culture Chimú (900-1470 apr. J.-C.)
Or. Laminé/Repoussé/Embouti/Incrusté
250 x 55 x 300 mm
Musée Larco, Lima © Photo : Joaquín Rubio Roach
Tête de félin orné de plumes, nez et bec d’oiseau.
Deux singes dans la partie supérieure.
Serpents bicéphales sur la partie inférieure. [Paloma Carcedo]
L'exposition ne se contente pas de vouloir éblouir par la profusion d'or, elle veut démontrer la virtuosité des créateurs dans toutes sortes de techniques. Ainsi peut-on admirer un merveilleux poncho paracas, des bouteilles zoomorphes nazca, ainsi que d'étranges petits personnages chimu en argent aux bras articulés.

Figurine anthropomorphe Culture Chimú (900 – 1470 apr. J.-C.)
Argent et bois. Laminé/Repoussé/Ciselé/Découpé/Soudé/Assemblage mécanique
220 mm
Musée national d’archéologie, d’anthropologie et d’histoire du Pérou, Lima © Photo : Joaquín Rubio Roach
Bois sculpté recouvert de feuilles d’argent.
Certaines parties, comme les bras portant un vase-portrait sont articulées. [Luisa Maria Vetter]
Certaines têtes de félins ornées de plumes ne sont pas sans évoquer le mythique thème du jaguar cher à la plupart des peuples précolombiens. Dans la dernière salle, une terrifiante momie accroupie ica-chincha (900-1470), accompagnée de son trousseau funéraire, rappellera quelques souvenirs aux lecteurs de Tintin...
Ce splendide rassemblement d'objets du Pérou ancien permettra de méditer utilement sur la fin ô combien brutale de ce monde à l'arrivée de quelques conquistadors illettrés comme Pizarre, mais qui disposaient de chevaux et d'armes à feu.

Vase anthropomorphe Culture Huari (500-900 apr. J.-C.)
Céramique.
503 x 330 mm
Musée national d’archéologie, d’anthropologie et d’histoire du Pérou, Lima © Photo : Joaquín Rubio Roach
Le vêtement du personnage semble être réalisé selon la technique du patchwork
et teint selon le principe de la « mise en réserve », consistant à nouer le tissu avant de le plonger dans la teinture.
[Luisa Maria Vetter]
Miss You
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30 mars 2010
« Autres maîtres de l’Inde » au Quai Branly
Vous le savez : j’adore ce musée, n’est-ce pas Sapétille ;-)

Encore une superbe programmation jusqu’au 18 juillet 2010, dans le cadre du festival de l'Inde en France, et une raison de plus de monter à la Capitale d’ici l’été.

Premiers habitants de l'Inde, ces aborigènes sont restés jusqu'à aujourd'hui dans les marges du pays.
S'abritant dans les forêts, les montagnes, hors du système de caste hindouiste, ils sont près de soixante millions.
Une variété infinie de cultures et de langues.
Pire que les intouchables, Gond, Kondh, Naga ou Warli restent des tribus oubliées.
Et pourtant de leurs mains naissent des trésors : masques symbolisant les éléments naturels,
sculptures rituelles de la déesse mère, effigies de bois du culte ancestral des Bhuta au Karnataka...
Le Musée du quai Branly met à jour dans l'exposition "Autres maîtres de l'Inde",
du 30 mars au 18 juillet, près de 400 pièces de tout le pays, des îles Nicobar à l'Etat de Madhya Pradesh.
Figurine votive
© musée du quai Branly
photo Thierry Ollivier et Michel Urtado
Démontrer que ces pièces constituent, au-delà d'un artisanat, de véritables oeuvres d'art.
C'est aussi généreux que délicat … (Source Le Monde)
C’est un autre visage de l’Inde que dévoile cette exposition : l’Inde des populations autochtones et des communautés «folk», dites «Adivasi».
Ces peuples produisent des oeuvres plastiques étonnantes, tant utilitaires que sacrées, bien différentes des standards connus de l’art indien.

Pour la première fois en France, le musée du quai Branly présente, dans une démarche thématique et pluridisciplinaire, les productions matérielles, quotidiennes, artistiques et religieuses les plus représentatives de ces populations indiennes et permet ainsi au public de découvrir une part importante, et encore trop méconnue, de l’art populaire contemporain en Inde.
Répartis sur l’ensemble du territoire et recensés en 1950, ces peuples maintiennent leurs traditions artistiques tout en étant en contact avec le peuple indien dominant. Egalement réputés pour les traditions vivantes comme la danse, la musique ou le théâtre, développées à la marge des grandes communautés hindoues, ils restent pourtant très mal connus des occidentaux.

Les représentations des Adivasi ont longtemps été porteuses d’idées préconçues bien éloignées de la réalité, tant par les Indiens que par les étrangers. L’exposition montre ainsi leur vrai visage, et met en avant leurs surprenantes productions artistiques.

la Mère aux oiseaux
Inde, Assam, vallée du Brahmapoutre
20ème siècle - terre cuite
Musée du Quai Branly
Photographies, peintures murales de la tribu Rathava du Gujarat, figurines tribales en bronze de l’Orissa et du Chattisgarh, éléments architecturaux sculptés du nord est de l’Inde, sculptures en bois du Karnataka ou du Bihar ou bas-reliefs architecturaux réalisés par les femmes artistes de Chattisgarh sont exposés.
L’exposition s’achève sur les monographies d’artistes contemporains mondialement connus, et présents au plus haut niveau du marché de l’art mondial : les peintres Jivya Soma Mashe et Jangarh Singh Shyam, qui ont choisi d’élargir le champ de leur expression afin de refléter leur situation culturelle contemporaine dans leurs oeuvres.
En provenance des collections du musée du quai Branly, de musées européens et indiens, de collections privées ainsi que de commandes spécifiques à des artistes indiens dans le cadre de l’exposition, les objets présentés témoignent de la vigueur des traditions artistiques de ces différentes communautés, de leur évolution et de leur ouverture au monde extérieur.
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Entretien avec Vikas Harish,
historien d’art indien et conseiller scientifique de l’exposition
Vikas Harish
Extraits
[…] Quels stéréotypes pèsent sur les Adivasi ?
Les premiers dessins de ces populations par les Européens véhiculaient des images très angéliques, style « Joseph, Marie et l'enfant Jésus ». Avec l'arrivée en Inde de la photographie, durant la période coloniale, les Anglais se sont mis à constituer une sorte de bestiaire, indexant les différents peuples selon leur taille, leur morphologie. Ils étaient aussi systématiquement associés à leur environnement : le balayeur avec son balai, les agriculteurs avec leurs outils…
A l'indépendance, on a voulu sortir de ces images. Mais si, sur le papier, tout le monde est égal, dans les faits, ce n'est pas le cas : sous couvert de valoriser leurs traditions, on a enfermé les Adivasi dans des visions folkloriques.
Exemple intéressant : les films Bollywood des années 70. A une époque où la nudité n'était pas permise en Inde, quand on souhaitait dévoiler le corps d'une héroïne dans un film, on la mettait dans un village, dans une tenue autochtone. Là, ça devenait possible !
Cette vision exotico-érotique se retrouve dans le travail de certains photographes indiens, via notamment des portraits de jeunes garçons ou de femmes à moitié nues. On montre toujours la jeunesse, la beauté « primitive » des autochtones, jamais leur maturité… L'exposition souligne et décrypte ces clichés.
Qui sont Jangarth Singh Shyam et Jivya Soma Mashe, auxquels la troisième partie est consacrée ?

(Aéroplane de Nankusia Shyam, acrylique sur toile © photo Aditya Arya)
Tous deux ont acquis une reconnaissance internationale sur le marché de l'art contemporain. Jangarh Singh Shyam est le créateur de l'école dite Gond. Il a été repéré dans le Madya Pradesh par un artiste indien. Pour lui, créer est inné : il dit avoir ressenti des frissons dans le cœur la première fois qu'il a trempé un pinceau dans la gouache ! A Bhopal, où l'a conduit son découvreur, au lieu de faire du surréalisme ou du cubisme comme les autres, il est resté dans le registre graphique spécifique des Gond.
C'est ce qui a distingué sa création, lui a permis de percer, en Inde et à l'étranger. Il a ensuite formé d'autres artistes, dont beaucoup de membres de sa famille, qui ont développé leur propre créativité. Jivya Soma Mashe, lui, fait partie de la tribu Warli. Il a commencé à peindre par besoin de s'exprimer – jusque-là, dans son village, cette activité était réservée aux femmes.
Tout en restant fidèle à ses racines, aux personnages blancs filiformes caractéristiques des Warli, il a fait évoluer les thèmes et le médium, peignant non plus à la pâte de riz mais à la gouache, transposant sur papier, puis sur toile, des œuvres jusque-là rituelles, créées à l'occasion des mariages. Son travail est essentiel parce qu'il englobe tout, il fait le lien entre esthétique de l'art contemporain et ancrage spirituel.

(Tarpa, danseurs autour d'un musicien de Jivya Soma Mashe, gouache ocre et bouse de vache sur toile © photo Aditya Arya)
Qui exploite aujourd'hui commercialement l'art des Adivasi ?
Est-ce que ça leur permet d'acquérir un pouvoir économique ?
C'est une bonne question : en octobre 2009, j'ai demandé à Jivya Soma Mashe s'il était au courant des prix de ses toiles en Occident. Non ! Lui vend en Inde à des tarifs très inférieurs. L'aspect commercial ne lui pose pas de problème (ça lui permet de vivre de son art et d'être aujourd'hui l'homme le plus riche de sa communauté), mais il est déconnecté du marché, maîtrisé par les marchands…
La manière dont s'est suicidé Jangarh Singh Shyam en 2001, dans un musée à l'étranger, pose aussi question : quelle est la place de ces créateurs dans un monde de l'art qu'ils ne connaissent pas ? qui exploite leurs œuvres, quel droit de regard, quels retours pour eux et leurs communautés ? […]
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Cycle Inde au Quai Branly

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Conférences au Quai Branly
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Un article intéressant du Monde
« L'art tribal, nouveau terrain de prospection de l'art contemporain »
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Un très beau blog à visiter,
encore et encore,
celui d'Hervé Perdriolle qui invite à découvrir
sa collection d'art contemporain rural de l'Inde
et dont proviennent certaines des photos de cette note.
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La note d'eMmA
Les Adivasi à l'honneur au musée du Quai Branly,
écho d'un blog à l'autre ;-)
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Et, aussi, malheureusement...
Miss You
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05 décembre 2009
Artistes d’Abomey, Dialogue sur un royaume africain

Le musée du quai Branly accueille l’exposition "Artistes d’Abomey, Dialogue sur un royaume africain" du 10 novembre 2009 au 31 janvier 2010.
Une exposition sur l’art de cour au Bénin entre 1600 et 1894 et qui présente, à travers 80 objets et 9 documents graphiques, une sélection d’œuvres du célèbre royaume de Danhomè (1600-1894), l’actuel Bénin.
La capitale Abomey, à la fois vitrine du royaume et joyau de la couronne, s’est caractérisée par un art de cour exceptionnel.
Les artistes, choisis par le roi, appartenaient à une élite.
Cet art officiel, ainsi que les techniques qui y étaient liées, se transmettaient de père en fils dans des familles d’artistes professionnels.
L’exposition rend hommage à ces artistes de cour – anonymes ou identifiés, individuels ou collectifs – dont les œuvres sont le support d’un dialogue avec le pays d’origine.
Le parcours s’achève avec la présentation de trois œuvres contemporaines d’un artiste béninois, Cyprien Tokoudagba.
Après un espace introductif présentant une carte ancienne et une généalogie des rois d’Abomey, l’exposition présente le statut et le rôle de l’artiste au sein de la société danhoméenne en cinq séquences.
Cette séquence présente les sculptures de six artistes identifiés nommément, cas relativement rare dans l’art africain.

© musée du quai Branly, photo Hughes Dubois
Y seront présents quelques chefs d’œuvres de l’art d’Abomey, parmi lesquels la statue du dieu Gou d’Akati Ekplékendo, ou les statues des rois Glélé et Béhanzin, de Sossa Dede.

© musée du quai Branly, photo Fabre
Il sera question dans cette séquence d’expliquer la place des artistes : comment le devient-on ?
Quels sont les avantages du Maître, les indices de l’asservissement ?
Les artistes créaient pour le roi des regalia et narraient ses exploits.
Cette séquence réunira à la fois les emblèmes royaux et les œuvres porteuses de l’histoire officielle.
On y verra notamment une récade précieuse en ivoire, deux trônes marquant le pouvoir du roi de manière imposante.

© musée du quai Branly, photo P.Gries
Des informations sur le terrain ont permis de déterminer l’usage et les emplacements de certaines œuvres dans les palais. Les rois possédaient des objets exotiques, des typologies de sculptures comme les ibeji (statuettes de jumeaux yoruba).
Sous le vocable « trésor de Béhanzin » sont rassemblées certaines de ces pièces saisies par les officiers français.
Une partie de ce « trésor » constitue la quasi-totalité de cette séquence.

Famille Hountondji
© musée du quai Branly, photo Thierry Ollivier, Michel Urtado
Les artistes intervenaient également pour des dignitaires et les soldats, ici les amazones. La possession d’œuvres provenant des ateliers royaux constituait un privilège.

Quatre catégories de personnes étaient ainsi honorées :
• le premier ministre ou migan : très proche du roi, il était notamment chargé d’exécuter les prisonniers pendant les coutumes annuelles destinées à communiquer avec les ancêtres royaux
• les amazones, femmes soldats de l’armée du Danhomè

© musée du quai Branly, photo Thierry Ollivier, Michel Urtado
• le prêtre d’Héviosso (divinité du tonnerre)
• les devins pour lesquels les artistes réalisaient le matériel de géomancie (???)

© musée du quai Branly, photo P.Gries
Cette séquence montre notamment deux couteaux et une tenue que le ministre portait pour les décapitations, ainsi que la précieuse récade du prêtre d’Héviosso.

© musée du quai Branly photo Michel Urtado et Thierry Ollivier
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les oeuvres de Cyprien Tokoudagba
permettent d’aborder la réalité de l’art contemporain à Abomey.
Et toujours des liens :
• Vers l’exposition de 2007 « Des trésors des rois d'Abomey à l'Afrique d'aujourd'hui » au musée d’art et d’histoire Romain Rolland à Clamecy (58)
• Vers un livre « Bas-reliefs d’Abomey – L’histoire racontée sur les murs » de Francesca Piqué et Leslée H. Rainer

• Vers un article très intéressant « Enfin les artistes africains ne sont plus anonymes » du Monde
• Vers le musée historique d’Abomey

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A noter dans les tablettes, toujours au Quai Branly :
Du 22 juin au 3 octobre 2010
Cette exposition proposera à travers 166 objets une découverte des traditions artistiques d’Afrique centrale (principalement Gabon, Congo, RDC).
Des forêts situées au nord du fleuve Congo jusqu’aux savanes du sud, le parcours souligne les liens artistiques existant entre les œuvres produites par les diverses communautés de ces régions, porteuses de cultures et de traditions bien distinctes, mais ayant toutes la langue bantoue en commun.
Au-delà des différences entre les Fang, Hemba, Kwélé ou Kota, il existe en effet des styles ou des usages communs qui permettent de mieux comprendre les chefs-d’œuvre d’Afrique centrale présentés dans cette exposition.
J’en reparlerai probablement ;-)

(c) Musée d'Art et d'Histoire Romain Rolland
Ces statuettes étaient traditionnellement produites pour calmer la colère du blolo bian ou du blolo bla,
le conjoint que chaque être humain possède dans l’autre monde.
Photo
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12 septembre 2009
Trésors de Teotihuacan

L’exposition rassemble environ 450 pièces exceptionnelles de la culture de Teotihuacan, grande cité de l’Ancien Mexique que de récentes découvertes ont permis de mieux connaître.
Les objets sont présentés par thématiques successives permettant aux visiteurs de découvrir cette cité antique, et de comprendre son fonctionnement, le rôle et l’influence qu’elle a eue dans le monde méso-américain.

Cette exposition unique présente des pièces qui, pour la plupart, n’ont jamais été présentées en Europe, et dont certaines étaient encore inédites au Mexique jusqu’à leur présentation à Monterrey de septembre 2008 à janvier 2009.
Les objets sont issus à 95% des collections mexicaines et à 5% des collections européennes (collections des musées ethnographiques allemands et du musée du quai Branly à Paris).

Bien que le jour ne se fût pas levé,
Bien qu'il n'y eût aucune lumière,
Ils se rassemblèrent
Les Dieux se réunirent
Ici à Teotihuacán"
(Source)

Le site précolombien le plus fameux et le plus grandiose est la cité de Teotihuacán dans la vallée de San Juan, à 50 Km au nord-est de Mexico.
Au milieu de la grande plaine s'élèvent les deux pyramides monumentales qui font irrésistiblement penser à leurs cousines égyptiennes. L’"Allée des Morts", large de 45 mètres et longue de 4 kilomètres, est un véritable boulevard qui mène au "Temple de Quetzalcóatl" que l'on nomme aussi la "Citadelle", car effectivement elle ressemble à un fortin.

Sur la gauche, la massive "Pyramide du Soleil", plus petite de quelques mètres que celle de la Lune. De part et d'autre de l'Allée, de nombreux temples et autels, en forme d'escaliers monumentaux, dédiés aux dieux de moindre importance. Ils sont souvent couverts de fresques aux figures stylisées qui sont peu à peu restaurées.

Teotihuacán est un mot Nahuatl, langue que parlaient les Aztèques, et que l'on peut traduire par : "La cité où les hommes se transforment en Dieux".
La légende raconte que c'est là que les Dieux se réunirent pour créer le Soleil et la Lune. Plus précisément, c'est le lieu où Quetzalcóatl et Tezcatlipoca, le Dieu noir de la nuit, ont créé les hommes en mélangeant les os des anciens morts et le sang offert par les autres Dieux.

De ce mélange sont sortis les premiers hommes du "Cinquième Soleil", le dernier cycle avant la fin définitive du monde.
En remerciement pour tant de générosité, les hommes construisirent deux temples à la mesure de cette puissance divine. Il s'agit bien sûr d'un lieu sacré, une ville sacerdotale.
Aujourd'hui, les archéologues n'en savent pas beaucoup plus et émettent diverses hypothèses sur l'origine et la disparition de ce peuple sans nom qui de toute évidence était d'une culture supérieure. Le site fut fondé en 200 avant J.C., (par la réunion de petits hameaux agricoles et surtout par la présence à cet endroit de grottes qui apparemment intéressaient beaucoup ces hommes) et qu'à l'époque de son apogée, en 650, le complexe religieux était entouré d'une ville de plus de 200000 habitants ; peut-être la plus grande ville du monde à cette époque ! L'Europe vivait en plein obscurantisme...

Les sculptures sont les plus anciennes et souvent de grande taille, comme celles ci-dessus représentent Quetzalcóatl et Tlaloc (Le Dieu de la pluie et donc du maïs...).
Elles sont peu à peu remplacées par des fresques peintes sur les murs intérieurs et extérieurs des constructions religieuses et profanes. Les sculptures et les décorations disparaissent pour faire place à cette omniprésence de la couleur sur les bâtiments (rouge, jaune, vert,...). Couleurs souvent très vives qui viennent seulement d'être révélées.

(peut être Tlazolteotl)
Parmi les surprises, il s’avère que les noms du site et de tous les bâtiments ont été attribués par les Aztèques qui découvrirent le site de Teotihuacán, déjà abandonné de toute population depuis déjà trois siècles.
Avec les Aztèques, la cité renaissait une seconde fois de ses cendres pour mieux triompher. Mais pour peu de temps... Les Aztèques choisiront Tenochtitlán à 50 km plus au sud comme capitale surtout pour des raisons pratiques et politiques plus que religieuses. Ce n'est qu'au milieu du siècle dernier que la cité fut redécouverte.

Elle n'avait plus l'aspect d'une ville sacrée car tout avait été recouvert par la végétation, même les pyramides ! Elles ressemblaient alors à de vulgaires collines... C'est ce qui explique que la cité passa inaperçue pendant plus de trois siècle et ne fut donc ni pillée, ni détruite, ni "profanée".
Le site est toujours fouillé et récemment une grotte-sanctuaire a été découverte sous la Pyramide de la Lune.

En 1998, on a découvert, sous la Pyramide de la Lune, dans son "cœur", une tombe. "Uns sépulture miraculeusement intacte. Celle d'un homme seul, issu de l'aristocratie..." On trouva à ses cotés des bijoux, des objets d'apparat, et surtout des jaguars enfermés dans des cages dorées et destinés à être offerts aux Dieux.
(Source du texte)

Quelques liens parmi beaucoup sur le blog :
• Escapade au quai Branly
• Les secrets du jaguar
• L'origine des lunes
• Le serpent, l'oiseau et l'animal cornu
• Celui qui vient en paix
Origine des photos : Google images
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11:30 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : musées, quai branly, archéologie, sculpture, masques
14 juillet 2009
Escapade au Quai Branly

Vendredi dernier, retrouvailles avec Sapétille à la Gare de Lyon puis direction le Musée du Quai Branly pour aller à la rencontre du lieu et de ses trésors, issus des arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques.

Ne le connaissant ni l’une ni l’autre, nous sommes parties curieuses et gourmandes et revenues enchantées et, un peu aussi, étourdies par tant de beauté.

Voici quelques photos pour vous donner une toute petite idée d’un lieu fabuleux et tellement riche qu’il mérite qu’on y vienne et revienne. Après trois heures dans ses allées, ses mezzanines et ses recoins, on a la sensation de n’en avoir aperçu qu’un tout petit peu de tout ce qu’il offre et révèle aux visiteurs.

Avant la bâtisse elle-même et ses couleurs (contemporaine, saisissant écho aux collections premières), le regard s’arrête sur le mur végétal qui tapisse la façade côté Seine. Effleurer du plat de la main les mousses et les feuillages...

S’avancer dans le jardin au cœur duquel le musée est enchâssé, accompagnées par le chant des oiseaux et le bourdonnement des abeilles qui habitent les lieux. Magie et paix après l’agitation de la rue.

L’intérieur ensuite est un incessant jeu de lumières du dehors ou des spots qui jalonnent la visite. Les vitrines, les miroirs et les baies largement ouvertes sur l’extérieur créent des reflets et des superpositions d’ombres à l’infini.

Parmi les gros coups de cœur (et ils furent nombreux), j’ai adoré le fait que certaines réserves habituellement sous-terraines ou loin du regard sont ici exposées au milieu du musée. L’éclairage y est moindre mais le visiteur peut en profiter.
Belle idée, non ?
Parmi les tambours, deux bloggeuses vous saluent bien ;-)

Les allées et îlots du musée s’enroulent autour d’une galerie « tactile », recouverte de panneaux de cuir sur lesquels sont gravés des plans de ville, que le visiteur peut suivre du bout des doigts et où les mots se mêlent à l’écriture braille.

Quelques pièces des collections permanentes, ça vous dit ?
Des boucliers


Une sculpture iniet (spéciale dédicace à Sapotille)

Des gardiens de porte des greniers à riz


Des statuettes funéraires

Des autels

Des stèles

Des tissus, des tapis, des tentures (parmi lesquels, l’arbre de vie)

Des instruments de musique (flutes, tambour de cuivre)


Des rouleaux à contes, que le conteur déroule au fil de son récit


Des scènes du théâtre d’ombre japonais

Des poteries et des ustensiles de terre, de bois

Des portes (ici marocaine)

Parmi les trésors du Musée, un exemplaire original du Codex Borbonicus (calendrier divinatoire mexicain) en papier qui mesure plus de 14 mètres une fois déployé. Initialement pictural, on y découvre des annotations ajoutées par les conquistadors espagnols. L’original d’une très grande fragilité sera remplacé d’ici la fin de l’année par un facsimile.
Emotion pure devant ce témoignage si précieux.

Et pour conclure l’une des pièces de l’exposition temporaire « Planète métisse», une robe par Jean-Paul Gauthier aux allures de masque !

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14:00 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : jardins extraordinaires, musées, quai branly, masques
29 avril 2009
Dialogues inédits

La Fondation Beyeler (à Bâle, en Suisse) fait dialoguer des pièces issues des cultures africaines et océaniques avec un choix de peintures et de sculptures d'artistes comme Monet, Van Gogh, Picasso, Klee, Matisse, Mondrian, Miró, Brancusi et Rothko. Jusqu'au 24 mai.
Le propos, ici, n’est pas d’énoncer une quelconque théorie, d’apporter une nouvelle lecture ou de soulever d’inédites influences.
Comme le revendique le commissaire de l’exposition Oliver Wick, «ce que nous avons voulu placer au cœur de cette exposition, c’est la force et l’efficacité directes de l’image. L’exposition se veut une expérience de la perception, une école du regard, un voyage de découverte…»
Et, de fait, à partir du moment où on accepte de regarder les œuvres uniquement pour leur présence esthétique, leur force plastique, la balade est un vrai plaisir, avec des passages sublimes et de belles révélations.
Le motif de la figure humaine se situe ici au premier plan.
C’est ainsi que les sculptures africaines des Senufo font face aux portraits de Cézanne. Les puissants portraits d’ancêtres des Mundugumor de Nouvelle-Guinée rencontrent les Femmes assises de Picasso des années 1930 et les figures d’esprit presque abstrait de l’atoll de Nukuoro en Micronésie dialoguent avec une toile de Rousseau.

L’Afrique sera également représentée par des sculptures des Dogon, des Mumuye et du Congo. Les autres objets océaniques sont originaires de Nouvelle-Guinée, de l’île de Nouvelle-Irlande, de Vanuatu, des archipels de Polynésie et du détroit australien de Torres. Ils sont mis en relation avec des peintures de Monet, van Gogh, Kandinsky, Braque, Klee, Miró, Matisse, Mondrian, Léger et Rothko.

La contribution irremplaçable de l’Afrique et de l’Océanie à l’histoire mondiale de l’art apparaît ainsi clairement et s’engage dans un dialogue captivant avec la culture occidentale.

Masques africains
Les masques africains interviennent dans le cadre de cérémonies d’inhumation, dans des rituels agricoles, des initiations ou des rituels de purification. L’approche du masque communique le signal suivant: «Attention, la puissance et la force des esprits sont ici.» Les masques se présentent sous un aspect animal, humain ou abstrait, et constituent un costume complet de matériaux végétaux qui enveloppe entièrement le corps, dissimulant de la tête aux pieds le représentant de ce drame sacré.

Le masque ne se limite donc pas, et de loin, à l’objet sculpté qui recouvre le visage; il forme un tout complexe, englobant les matériaux les plus divers aussi bien que des symboles, des gestes et des mouvements. Dans de nombreuses cultures d’Afrique, le masque représente la manifestation la plus «sacrée» et la matérialisation de la force propre à tel ou tel groupe social.

Figures des Senoufo
Les sculptures dogele et poro piibele des Senoufo servaient aux membres de la société secrète du poro dans le cadre des cérémonies d’inhumation et de deuil. Elles permettaient aux morts d’accéder au domaine des ancêtres.
On érigeait alors les poro piibele qui représentaient symboliquement la présence des initiés de la société, des jeunes en cours d’initiation ainsi que de toutes les générations précédentes. Les dogele appartenaient à des groupes d’artisans précis. Ces figures accompagnaient le mort au tombeau. Les anciens du poro s’en servaient comme pilons, martelant rythmiquement le sol devant le cadavre ou à côté de lui pour annoncer l’arrivée du membre défunt de la société dans l’au-delà.

Figures nkisi
Les figures nkisi et nkondi ornées de tiges de fer et de clous remplissaient de très nombreuses fonctions dont les principales étaient la guérison, la protection contre les sortilèges maléfiques et la médiation dans les conflits. Chaque pièce de métal fichée dans le bois correspondait à un accord passé entre les hommes et les puissances spirituelles dont on recherchait l’assistance.

Ces sculptures devaient l’essentiel de leur puissance au bilongo, un «revêtement» de terre, de substances végétales, animales, etc. chargées de pouvoir. Le bilongo était généralement modelé sur le ventre ou dans la tête évidée, à l’intérieur d’un coffret orné de miroirs. C’est lui qui activait le nkisi.

Sculptures de Polynésie
Les représentations figurées de Polynésie constituent, dans leur signification la plus profonde, des métaphores de l’origine et de la lignée. Elles représentent le plus souvent des dieux ou des ancêtres divinisés du panthéon polynésien. Selon les conceptions traditionnelles, la première divinité, ou le premier ancêtre, a créé le monde et toutes les créatures à partir de lui-même — c’est le cas par exemple du dieu A’a, dont le portrait séduit par la présence de trente petites figures dressées.

Les sociétés polynésiennes sont organisées hiérarchiquement, les personnages de haut rang ainsi que leur origine pouvant se rattacher à des ancêtres divins. D’où l’importance des généalogies, qui attestent la succession ininterrompue des générations. Deux des pièces présentées ici se réfèrent iconographiquement à la création du monde à partir d’une origine unique, les encoches taillées sur le bâton que surmonte la figure symbolisant la succession des générations.


Figures tino aitu
Les habitants de l’atoll de Nukuoro, une enclave polynésienne en Micronésie, distinguent deux catégories de divinités: celles qui sont nées d’elles-mêmes (tupua) et quelques ancêtres divinisés datant de l’époque de l’immigration (aitu tanata). Elles sont représentées notamment sous forme de statues de bois, appelées tino aitu; dans le cadre du cycle de fêtes Takatona, on les recouvrait de vêtements rituels, on les ornait de fleurs et on les enduisait d’huile et de curcuma. On leur apportait des offrandes sous la conduite des prêtres. Les semaines suivantes étaient marquées par des festins, des danses, par le tatouage des jeunes femmes, des luttes et par une grande expédition de pêche.

Le lion, ayant faim, se jette sur l’antilope,
1898-1905
Aides de chasse et figures d‘ancêtres du haut Korewori
Découvertes dans les années 1960, les figures d’aides de chasse du haut Korewori n’ont pas tardé à faire sensation auprès des spécialistes, des artistes et des amateurs d’art européens. Les sculptures yipwon et aripa étaient initialement destinées à être érigées dans la maison centrale du culte.

Ces auxiliaires personnels étaient envoyés en délégation dans une pré-expédition spirituelle de chasse chargée d’assurer au chasseur une abondance de gibier. Ils évoluaient ainsi sous forme d’alter ego entre le monde réel et le monde des forces de la création. De petites figures yipwon servant d’amulettes accompagnaient les chasseurs et les guerriers dans leurs expéditions.

Sculptures malagan de Nouvelle-Irlande du Nord
Les sculptures malagan sont réalisées pour des cérémonies d’inhumation et de commémoration des morts, qui permettent aux âmes des défunts de passer dans l’au-delà. Leur force spirituelle se transmet ainsi à la génération suivante.

Un événement central est le dévoilement d’une hutte d’exposition, où sont érigées les sculptures malagan, censées s’animer au moment de leur présentation publique. C’est grâce à elles que les âmes des défunts peuvent s’unir au monde des ancêtres. Aux yeux des habitants de Nouvelle-Irlande, les sculptures ne sont plus que des «enveloppes vides» lorsque la cérémonie s’achève ; on les laisse alors pourrir ou on les vend à des marchands occidentaux.
Figures uli de Nouvelle-Irlande centrale
Quelque 250 sculptures uli sont encore conservées dans des collections publiques. Elles étaient utilisées dans le cadre d’importantes cérémonies à la mémoire des morts, dont la préparation durait plusieurs années. Les cérémonies uli se composaient d’un certain nombre de fêtes indépendantes, au cours desquelles on érigeait ces statues au sommet d’un toit ou à l’intérieur de petites huttes coniques.

Des danses et des festins marquaient la cérémonie publique, tandis que les activités rituelles demeuraient largement secrètes. Contrairement à ce que nous avons observé à propos des sculptures malagan de Nouvelle-Irlande du Nord où l’on créait de nouvelles figures pour chaque cérémonie, ici, on conservait soigneusement les sculptures uli et on les réactivait en les repeignant.


Image en plumes d‘Hawaï
Le regard provocateur de grands yeux en fragments de nacre et une bouche grimaçante et agressive, abondamment pourvue de crocs, prêtent à cette image hawai‘ienne en plumes une expression menaçante, que renforce encore la coloration rouge vif des plumes : un aspect parfaitement approprié pour cette représentation du dieu de la guerre Kuka’ilimoku.
Elle fait partie d’un groupe de huit sculptures en plumes acquises lors du troisième voyage (1776-1780) de James Cook à Hawaï. Les images en plumes étaient fichées sur un bâton et menées en procession en l’honneur des dieux ainsi que lors d’expéditions guerrières.
Elles associaient forces vitales divines et revendication profane du pouvoir.
Sculptures des Mundugumor de la rivière Yuat
Quatre figures dominent l’espace de leur présence puissante, presque écrasante. La force de leur apparence est encore accrue par les grandes têtes aux visages en masques et au menton qui s’abaisse devant le torse. Les volumes de leurs corps sont nettement accentués — observez la combinaison de vue frontale, latérale et dorsale. Ces sculptures plus grandes que nature sont arrivées à Bâle au milieu des années 1950.

Dans leur lieu d’origine, en Nouvelle-Guinée, elles représentaient des héros culturels associés aux plantes bienfaisantes et propices à la fertilité, à la guérison et à la chasse, mais également aux entreprises guerrières. Elles agissaient comme auxiliaires et comme protectrices, auxquelles on apportait de modestes offrandes.
Chaque figure portait un nom particulier qui nous a été transmis, et chacune est travaillée de façon à créer une représentation individuelle d’une personnalité identifiable comme telle, donnant ainsi forme à l’image de personnalités mythiques puissantes. Celles-ci restent ancrées dans un temps antérieur ou extérieur au monde humain réel, dont elles font cependant partie — sous l’aspect matériel des sculptures.

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16:00 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : musées, fondation beyeler, peinture, sculpture, masques
04 mars 2009
Gule Wamkulu, la sortie des masques

Parmi les festivités du 13ème Festival de l’Imaginaire à la Maison des Cultures du Monde à Paris du 03 mars au 10 avril 2009, figurera une danse rituelle des Chewas, peuple vivant au Malawi, au Mozambique et en Zambie.
C'est d’ailleurs du village de Mkaika, à l'est de la Zambie, que viendront les Chewas masqués du gule wamkulu, du 5 au 8 mars à Paris.
• Mais qu'est-ce qu'un gule wamkulu ? Un moment de célébration (wamkulu) où apparaissent des masques (gule, prononcer "goulé").
Les hommes qui les portent viennent s'adresser aux villageois réunis autour de la place.
Fin des récoltes, passage d'une saison à l'autre, de l'enfance à l'âge adulte, de la vie à la mort..., les masques dansants en fibres de sisal et raphia sont là pour marquer ces moments.

• Et tandis que les tambours résonnent et que les femmes entonnent des chants, les masques interpellent les enfants "N'oubliez pas de respecter vos aînés !" ; ils font œuvre pédagogique pour l'éducation à la propreté "On ne jette pas les détritus n'importe où !" ou à la santé "Attention au sida..."
Ils ne se privent pas de commenter aussi l'actualité ou s'attirent les lestes plaisanteries des femmes qui les moquent pour ne même pas savoir succomber à leurs charmes.
• Voilà Maria, au visage blanc, détournement de la Vierge Marie des anciens colons britanniques. Mbiyazo, l'esprit des morts au corps enduit d'argile. L'infirme Amunaach monté sur une seule échasse.
Tout un peuple de personnages symboliques se livre à cette "danse majestueuse" pour que le village resserre ses liens, se défoule, apaise les tensions de la vie quotidienne, pour qu'on ne délaisse pas les humains fous ou au corps diminué et que soit retrouvé, l'espace d'un "gule", ce temps lointain où régnait l'entente entre la nature et l'Homme. (Source Le Monde.fr)
Je vous conseille d'aller jeter un oeil sur le portfolio "La danse des masques" proposé par Le Monde.fr. Il y a des masques superbes.
Et, pour en savoir plus sur « Gule Wamkulu, la sortie de masques», classée "Chef-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité (UNESCO)", le site de la Maison des Cultures du Monde est une mine.

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20:00 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sida, masques
17 décembre 2008
"La terre des hommes rouges"
Avec les fêtes viennent les vacances et ça tombe plutôt bien, plusieurs films à l’écran me tentent bien. Parmi eux, j’ai très envie de voir celui-ci.

Film italo-brésilien de Marco Bechis
Sortie : 17 décembre 2008
Avec : Claudio Santamaria (qui, après avoir débuté au théâtre, commence sous la tutelle de Dino Risi avant d'exploser dans Juste un baiser. Claudio Santamaria s'est notamment produit dans Aspettando il Sole de Ago Panini, Casino Royale de Martin Campbell ou encore Romanzo Criminale de Michele Placido), Chiara Caselli, Matheus Nachtergaele (aujourd'hui l'un des plus importants comédiens du Brésil. Doté d'un talent largement reconnu il enchaîne les apparitions à la scène et sur le grand et le petit écran. Il est apparu dans la plupart des films brésiliens importants de ces dernières années dont "La Cité de Dieu" de Fernando Meirelles’ et "Centro do Brazil" de Walter Salles.).
Durée : 1 h 46.
Le synopsis :
La région du Mato Grosso au Brésil, de nos jours. Après le suicide de l'un des siens, Nadio, chef d'une tribu Guarani-Kaiowa, décide de dresser un campement sur les terres des Blancs. Pour lui, comme pour le chaman, il s'agit de réparer une terrible injustice : récupérer les terres dont ils ont été spoliés autrefois... Malgré les menaces et les intimidations des propriétaires terriens, les Indiens décident de rester sur place pour reprendre leurs droits, coûte que coûte. Désormais, deux mondes se font face, sans jamais cesser de s'observer. Alors qu'une idylle se noue entre la fille d'un riche fermier et Osvaldo, le disciple du chaman, l'hostilité des Blancs monte d'un cran. L'affrontement semble inévitable...
Marco Bechis La Critique du Monde :
"Au coeur de la révolte des Indiens Kaiowa"
Au bord d'un fleuve où glisse une barque emplie de touristes apparaît un groupe d'Indiens, masqués par un bosquet. Ils sont quasi nus, maquillés, apparemment stupéfaits de cette intrusion sur leur territoire. Ils lancent mollement une flèche qui tombe à l'eau. La scène suivante les montre ôtant leurs déguisements et percevant leur salaire de figurants, avant de s'en retourner dans la réserve où ils sont parqués.
Beaucoup de choses sont dites dès cette première scène : l'obligation, pour ces Indiens de la tribu kaiowa du Brésil, de mimer ce qu'ils furent, jusqu'à la caricature. De leur identité, leur image, il ne leur reste plus que cette dérisoire mise en spectacle, une mascarade comme symptôme de ce que le monde attend d'eux, à l'issue de laquelle ils n'ont plus qu'à revêtir le jean et le tee-shirt des inféodés à la société de consommation.

Birdwatchers, le titre original du film de Marco Bechis, donne une autre clé de lecture à ce qui n'est ni fiction ni documentaire : une histoire jouée par d'authentiques Guarani du Brésil, étayée par des faits vrais, par une enquête sur les humiliations subies, la spoliation de leurs terres par les fermiers blancs et la dissipation de leur culture.
Ce titre ironique, Birdwatchers - ceux qui observent les oiseaux - désigne aussi bien les touristes guettant le pittoresque d'un indigène local que les indigènes eux-mêmes, qui ont tant perdu de leurs coutumes dans une forêt dévastée qu'ils savent à peine chasser... sinon le propriétaire, cet oiseau impérialiste.
La chasse la plus pratiquée et la plus efficace, ici, est d'ordre sexuel, c'est celle des garçons lorgnant les filles. D'un côté, un flirt indigne aux yeux des Blancs : l'idylle entre l'adolescent indien et la fille à la Vespa, fille d'un riche fermier. De l'autre, un rapport de force entre prédateur raciste et sauvage affamé : l'acte de luxure qu'un fermier ivre veut imposer à une Indienne qui le traite d'"homme à la belle queue", et qui en profite pour lui dérober son revolver. Ainsi les étreintes se font-elles dorénavant entre occupants et occupés, et sans procréation. C'est la fin des Guarani qui n'ont plus rien à transmettre, et plus personne à initier.

Marco Bechis tourne délibérément le dos aux films ayant déjà montré ces Indiens du Mato Grosso, avec vedettes hollywoodiennes : Fitzcarraldo de Werner Herzog, La Mission de Roland Joffé, Le Nouveau Monde de Terence Malick. Plutôt que de faire de l'explorateur blanc la figure centrale du récit, il peint la révolte de cette tribu qui, contestant la légalité des possessions agricoles, viole les terres qui lui furent volées, dresse un campement hors du périmètre qui lui est dévolu et impose l'intervention du chaman.
La mort qui guette ces Indiens assiégés et brimés est d'autant plus rapide que nombre d'entre eux (les jeunes surtout) se suicident pour échapper à leur souffrance d'ici-bas et revivre ailleurs, dans une autre dimension. Ils croient aux esprits, aux présences maléfiques, à l'éternité de leur âme. Mais ils sont alors maudits par les survivants pour lesquels ils ont déserté, abandonné le combat collectif. La tribu s'éloigne au plus vite des cadavres des pendus, ensevelis avec leur téléphone portable et leurs chaussures de sport, ces fétiches de la société ennemie, signes de leur trahison.
La musique de ce film qui se termine par un cri de fauve est l'ingrédient qui transcende ces strophes de rébellion. Elle est due à Domenico Zipoli, un missionnaire de l'ordre des jésuites mort en 1726. Baroque, majestueuse, tempête de choeurs, elle octroie une dimension mystique.
Par Jean-Luc Douin – Le Monde du 17 décembre 2008
La bande annonce :
Bande annonce du film
Le site du film La terre des hommes rouges où je vous invite à lire les rubriques « Le réalisateur » et « Quelques repères », super intéressantes.
Miss You
18:00 Publié dans Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : biodiversité, chamanisme, masques




























