13 août 2011
Avec le Dalaï Lama à Toulouse

Le Dalaï Lama a récemment transféré son rôle politique à Lobsang Sangay, un juriste de 43 ans, qui a prêté serment le 8 août en tant que nouveau premier ministre du gouvernement tibétain en exil. La cérémonie, présidée par le Dalaï Lama lui-même, s'est déroulée dans le temple Tsuglagkhang, le centre spirituel de Dharamsala, une ville du nord de l'Inde où le gouvernement en exil est basé.
Cela faisait déjà quelques mois que le Dalaï Lama avait annoncé vouloir désormais se consacrer pleinement à son rôle spirituel. C'est dans ce cadre que se tient sa venue à Toulouse du 13 au 15 août. Il s'exprimera principalement en tibétain et sera traduit en français par Matthieu Ricard.
Le programme se divise en deux parties :- Deux jours d'enseignements sur les étapes de la méditation de Kamalashila. Né en Inde au VIIIème siècle, Kamalashila a joué un rôle unique dans la préservation et l’apport au Tibet d’une forme authentique des enseignements du Bouddha.
- Une conférence publique sur le thème "l’Art du Bonheur". Stéphane Hessel, co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l'homme et auteur du livre "Indignez-vous !", introduira cette conférence.
Pour tous ceux qui n'ont pas eu la possibilité de s'inscrire à l'événement, vous pourrez assister gratuitement à la retransmission en direct de la conférence publique et des enseignements. En plus du tibétain, des traductions seront disponibles en français, anglais, allemand, espagnol, italien, portugais, vietnamien, chinois et russe.
Les horaires sont les suivants :
- Enseignements de 9h30 à 11h30 et de 13h30 à 15h30 les 13 et 14 août.
- Conférence de 14h à 16h le 15 août.
Très belle journée à vous
Les illustrations proviennent du site officiel de l'évènement.
08:30 Publié dans Accueil, Coups de coeur, Symboles et croyances, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : dalai lama, matthieu ricard, bouddhisme
23 août 2010
Méditer pour soigner le monde

L'art de la méditation, Matthieu Ricard : Lire la note qui lui est consacrée ici
La leçon de méditation de Matthieu Ricard - Un entretien audio mené par Marc de Smedt.
Qu’est-ce que la méditation ? « C’est tout simplement l’entraînement de l’esprit », nous dit le scientifique et moine bouddhiste Matthieu Ricard, qui veut laïciser l’acte de méditer.
Que vous méditiez façon bouddhiste (faire le vide) ou façon monothéïste (se concentrer sur le divin), la méditation est toujours une question très concrète : il faut commencer par se “rappeler à soi-même” et pour cela, se plier à une discipline, sinon dure, du moins régulière. Voici quelques tuyaux pour y parvenir moins difficilement.
Tout conspire contre la méditation : douleur physique, paresse, somnolence, agitation physique et mentale, ennui et sécheresse sont des obstacles trop bien connus du pratiquant. Lorsqu’une résistance apparaît, c’est que notre “petit moi” se sent menacé. Il faut alors redoubler d’effort : si l’on se décourage et que l’on baisse les bras, il gagne la partie... Un premier conseil : si le flux de vos pensées vous agite, illico, focalisez-vous mentalement sur le flux et le reflux de votre respiration (certains ajoutent : « Et fixez votre regard intérieur sur le point situé entre vos deux sourcils »).

Le lieu
Choisissez un lieu et décidez d’y méditer toujours à la même place : ce lieu se chargera ainsi de vos rencontres précédentes. Élisez de préférence un endroit frais. Le cerveau se déconcentre s’il a trop chaud. Prévoir une fine couverture : il est fréquent que la température du corps baisse pendant la méditation.
Le rythme
Quid de la durée et de la régularité ? La pratique doit être quotidienne, mais il ne s’agit pas de devenir un athlète du jour au lendemain. Les maîtres conseillent aux débutants de méditer cinq minutes chaque jour, sinon on a vite fait de baisser les bras ! L’aurore est une heure idéale : l’esprit n’est pas encore trop encombré. La tombée du jour est également propice : c’est l’occasion de lâcher ses pensées de la journée. Il faut entrer en méditation comme on se rend à un rendez-vous : on s’y prépare intérieurement et l’on se doit d’être ponctuel. On se fixe une heure et une durée, ainsi, on n’écourte pas une méditation ressentie comme “désagréable”, on n’en prolonge pas une autre jugée “agréable” : on prend ce qui est. Ce n’est pas la quantité de méditation qui compte mais sa qualité !

Dilgo Khyentsé Rinpoché
Avec ou sans guide ?
L’aventure spirituelle a beau être solitaire, on ne s’y aventure pas seul. Plus on pénètre ses profondeurs, plus un contrôle s’avère nécessaire : telle posture ou attitude intérieure sera recommandée à un moment, déconseillée à un autre... Pour autant, si le maître agit comme une personne voyante guide un aveugle, il n’en demeure pas moins que le maître véritable est à l’intérieur de nous et qu’il faudra bien, in fine, franchir seul, pas à pas, les obstacles de l’ascension. L’essentiel n’est pas d’”avoir un maître” mais d’ ”être un disciple”.
Nourrissez votre méditation
Purs et digestes, certains aliments apportent beaucoup d’énergie et ont un effet calmant : céréales (riz, blé, orge, millet), tous les fruits, la plupart des légumes (aussi peu cuits que possible), les légumineuses (lentilles, pois secs, soja), noix et graines, légumes secs, lait et produits laitiers, condiments (cannelle, cardamone, clou de girofle, poivre noir).
* Aliments conseillés quotidiennement : laitue, pomme, lait cru, miel (1/2 cuillère à café).
* Aliments qui alourdissent et affaiblissent le corps et le mental : boissons alcoolisées, viande, oignons, ail, aliments fermentés, fritures, conserves et sucreries.
Si vous voulez jeûner
L’abstention de nourriture est une forme pratiquée par les adeptes de nombreuses voies spirituelles. Le jeûne crée un état de conscience non ordinaire et favorise la vigilance nécessaire à la méditation. Quelques conseils pour un jeûne d’une journée :
La veille au soir, dîner légèrement - une pomme, une soupe, un bouillon.
Ne rien manger depuis le réveil le lendemain jusqu’à la même heure le surlendemain.
Boire beaucoup d’eau. Vous pouvez y ajouter une petite cuillérée de miel, une pincée de cannelle. Si vous vous sentez faible, prenez des tisanes de thym ou de sauge. Éviter tout effort violent, le bruit et l’agitation Rompre le jeûne avec du thé ou de la tisane, un yaourt, un fruit. Éviter surtout de trop manger immédiatement après.

À lire :
- Les Étapes de la méditation, éd. Trédaniel (l’un des plus importants manuels de méditation tibétains).
- Le pouvoir du calme, obin Blake, éd. Trédaniel (un petit guide pour apprendre à méditer à la maison en trente jours)
Les autres articles de Sanafraj Bey sur le site de Nouvelles Clés.
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Photos Matthieu Ricard
14:00 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : matthieu ricard, bouddhisme
29 mars 2010
Eloge de la Faiblesse

"Tu seras aimé le jour où tu pourras montrer ta faiblesse, sans que l'autre ne s'en serve pour affirmer sa force..." évoquaient Ramses et Sapotille sur le fil "L'important c'est l'Eros". Ça m'a fait beaucoup sourire à l'intérieur, car j'étais en train de préparer cette note ;-)
Alexandre JollienAlexandre Jollien est né à Savièse, le 26 novembre 1975. Il est le fils de Norbert et Louiselle Jollien. En 2004, il épouse Corine et devient papa de Victorine le 30 octobre 2004 et d'Augustin le 31 mars 2006.
A 4 ans, il suit les cours de l'école primaire à l’Institut Notre Dame de Lourdes, établissement spécialisé pour IMC à Sierre.
A 14 ans, il entre à l'école primaire, puis poursuit en secondaire aux Buissonnets à Sierre
A 18 ans il entre à l'école supérieure de Commerce à Sierre.
A 22 ans, c'est au Lycée-Collège de la Planta à Sion qu'il étudie.
A 23 ans, il entre à la faculté des lettres de l’Université de Fribourg en Suisse où il étudie la philosophie. 2001-2002 Etude de philosophie et de grec ancien au Trinity College à Dublin. Printemps 2004, il obtient sa licence en philosophie à l'Université de Fribourg.
Ainsi, Alexandre consacre sa vie à l'étude de la philosophie et à l'écriture, donne des conférences et participe à des débats et diverses émissions télévisées.
En 1999, il publie l'"Eloge de la faiblesse" et reçoit pour cette oeuvre le prix Prix Mottart de l’Académie Française de soutien à la création littéraire et le prix Montyon de littérature et de philosophie. Il est aussi l'auteur de "Le Métier d'homme" et de "La construction de soi"
Jusque là, un beau parcours certes, mais rien d'extra-ordinaire... sauf qu'Alexandre est handicapé, plus précisément, il est infirme moteur cérébral.
Transformer la faiblesse en force ...
Préface à l'Eloge de la Faiblesse d'Alexandre Jollien
A plus d'un titre, l'ouvrage que le lecteur tient en main est singulier. Ce récit autobiographique, d'une vie singulière, étonnante, relate le cheminement d'Alexandre Jollien, infirme moteur cérébral, qui, en raison de son handicap, était destiné à rouler des cigares et qui se retrouve, au terme d'un long périple, sur les bancs de l'université à étudier la philosophie. Ce qui frappe d'abord le lecteur, c'est, bien entendu, le fait que, grâce à un continuel effort de dépassement de soi, Alexandre Jollien a réussi, "titubant et piéton", à entrer dans l'univers qui, vu de l'institution où il a vécu dix-sept ans, apparaissait comme un "autre monde", celui de la normalité. Très étonnante preuve de la capacité d'adaptation de l'être humain, certes, mais surtout expression de l'obstination inébranlable à "rester debout", à trouver un sens aux expériences de la vie, de la souffrance et de l'effort.
Ce récit est prenant, captivant. Alexandre Jollien refuse toute forme de commisération et de pitié : "Ne pas fuir le handicap", enseigne-t-il. Accepter que "jamais je ne serai normal", affirme-t-il, cela revient à poser la question du sens de la dissemblance. L'auteur, tout en racontant son expérience, parfois difficile et douloureuse mais toujours stimulante, invite de manière insistante à s'interroger sur la distinction entre normal et anormal. Sans proposer de solution lénifiante ou harmonieuse, son propos tend à un questionnement qui renverse ce que nous croyons savoir et qui règle, bien souvent, notre comportement face à ce qui est autre, dissemblable et étranger.
Parce qu'il nous contraint à "regarder autrement", ce livre est authentiquement philosophique. La présence de Socrate dialoguant avec l'auteur n'est que le signe extérieur de la vigueur philosophique qui anime ces pages. L'entretien est socratique non seulement parce que le proto-philosophe y joue le rôle de celui qui interroge en avouant son ignorance ou parce que la discussion révèle et manifeste le problème que l'homme est pour lui-même, mais encore et surtout parce que le dialogue abouti, comme certains écrits platoniciens, à un renversement radical des valeurs : Socrate qui interroge est lui-même questionné, contraint à poser le problème embarrassant de sa propre normalité. La philosophie, en effet, est cet exigeant et continuel effort de "regarder autrement". Aucune figure de philosophe n'incarne de manière plus expressive cette démarche dérangeante que Démocrite, dont il est question dans les lettres pseudo hippocratiques Sur le rire et la folie. Ce recueil instructif d'un imposteur antique raconte que les habitants de la cité d'Abdéra, où demeurait le célèbre philosophe Démocrite, avaient fait appel au médecin le plus renommé de l'antiquité, Hippocrate. Les bonnes gens pensaient que l'illustre philosophe avait perdu la raison: "Démocrite rit de tout". Hippocrate, nous disent ces Lettres, se rendit à Abdéra. La rencontre entre le médecin et le philosophe conduisit à un remarquable renversement : le prétendu fou se révèle être un grand sage car il rit de la déraison des hommes qui s'intéressent à ce qui n'a pas d'intérêt et passent leur vie à entreprendre des choses risibles. Cette fable du philosophe qui rit illustre de manière délibérément amplifiée ce renversement philosophique dont il est aussi question dans le présent ouvrage lorsque le lecteur est engagé à s'interroger sur la normalité.
Un autre aspect philosophique se dégage du texte d'Alexandre Jollien, lequel envisage la philosophie avant tout comme une interrogation libre de tout préjugé, comparable à une loupe qui grossit les traits du réel ; il reconnaît sa dette à l'égard des philosophes qui l'ont aidé à progresser, c'est à dire découvrir au cœur de la faiblesse la grandeur de l'homme. L'appel socratique du "connais-toi toi-même", d'étonnement interrogatif initial sur l'énigme de l'existence humaine, se transforme dans ces conditions en émerveillement devant l'existence de soi-même et d'autrui.
Certains passages de ce livre m'ont rappelé une des plus belles pages de toute l'histoire de la philosophie occidentale (bien qu'elle ne soit pratiquement pas connue !). Je fais allusion aux premières lignes du Livre de la contemplation de Raymond Lulle, Raymond le fou, qui tant et tant de fois, avait eu à combattre la dure épreuve de l'angoisse et de la mélancolie. Le philosophe catalan exprime là sa profonde joie de l'être en être: "Ah, Seigneur Dieu ! Soyez béni et loué, car l'homme doit se réjouir beaucoup de ce qu'il est en être, et qu'il n'en est pas privé. Nous, qui avons la certitude d'être réellement, réjouissons-nous en". Ou encore plus simplement, en quatre mots : "Le philosophe est toujours joyeux" (Philosophus semper est laetus).
Cet ouvrage est également un livre sur la valeur de l'amitié. Sur sa nécessité d'abord : au fil de la lecture, on se rend compte que les amitiés ont rendu supportable la vie dans l'institution; sur ses bienfaits ensuite: l'auteur rapporte cette scène, inoubliable pour lui et émouvante pour le lecteur, où, du fond de son lit, son ami Jérôme qui sait à peine parler s'inquiète du bien-être de son camarade. C'est une scène clé du livre parce qu'elle révèle, au cœur de la faiblesse, la bienveillance qui vivifie; elle parle du regard qui accorde la priorité à autrui.
Le livre d'Alexandre Jollien m'est infiniment précieux parce qu'il apporte un témoignage vivant, sincère et authentique de cette conviction ancienne (puisque aristotélicienne) mais toujours menacée que l'homme est capable d'être, que l'homme est l'ami de l'homme.
RUEDI IMBACH,
professeur de philosophie
à l'université de Fribourg
Alexandre Jollien : Itinéraire d’un miraculé
Le savoir-vivre du bonheur d’Alexandre Jollien
Source site d'Alexandre Jollien.
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19 février 2010
L'art de la méditation

L'Art de la Méditation, voici le manuel très instructif qui m'a tenu compagnie hier soir tandis que je veillais sur notre Mirou après l'avoir récupéré à 1h30 du matin sous la pluie en train de se battre comme un chiffonnier... Il faut dire qu'il avait cessé de s'alimenter depuis plusieurs jours et qu'il n'était pas en position de force face au chat du voisin. On a découvert hier que Mirou avait une énorme infection buccale. Après la visite du vétérinaire et deux piqûres, il a pu au milieu de la nuit, avec force de caresses et de douces paroles, avaler quelques bouchées de poulet coupées rikiki comme tout, sinon il hurlait de douleur ! Le supplice de Tantale !
Donc, j'ai pu lire, enfin au calme et mon choix s'est porté sur ce petit livre de 150 pages et là, première surprise : le maître mot "Enthousiasme" ! Quelques heures à peine plus tôt, je parlais avec Hugo de la publication du livre de Ole "Les choses telles qu'elles sont" et il ne cessait de me répéter qu'il était fasciné par l'enthousiasme que je manifeste pour ce projet (tu parles ! Des années que je rêve de le voir ce livre !). Enthousiasme par ci, enthousiasme par là,enthousiasme dans l'Art de la Méditation. Trop bien ! j'adore sentir le lien ;-)

Dilgo Khyentsé Rinpoché
Pour vous en parler, j'ai trouvé un article d'Olivier Roland on ne peut plus complet, sur le site au titre oh combien parlant :"Des livres pour changer la vie".
Chronique et résumé du livre :
En Occident, du fait du rythme trépidant de nos vies emplies d’activités qui nous occupent du matin au soir, nous avons moins le loisir de nous pencher sur les causes fondamentales du bonheur. Nous sommes nombreux à penser, plus ou moins consciemment, que plus nous multiplions nos activités, plus nos sensations s’intensifient et plus notre insatisfaction s’estompe, alors qu’en réalité, nous sommes nombreux à être déçus et frustrés par le mode de vie contemporain. Malheureusement, nous sommes alors souvent démunis car aucune solution ne semble envisageable, notamment parce que les traditions qui préconisent la transformation de soi sont tombées en désuétude.
Or, les techniques de méditation visent à transformer l’esprit, sans qu’il soit nécessaire de les pratiquer dans un cadre religieux. Chacun de nous a un esprit, chacun de nous peut donc travailler avec celui-ci. Mais est-il souhaitable que nous changions ? Certains préconisent une alchimie particulière entre émotions positives et conflictuelles, qualités et défauts, qui revient à s’accepter ainsi, à s’aimer avec ses défauts et ses qualités. Le risque est alors de vivre dans une insatisfaction chronique alors que l’on pourrait s’améliorer avec un peu d’efforts et de réflexion.
Imaginez que l’on vous propose de passer une journée entière à éprouver de la jalousie. Est-ce que vous l’accepteriez avec plaisir ? C’est peu probable. Au contraire, si l’on vous proposait de passer une journée à avoir le coeur débordant d’amour pour les autres, est-ce que vous l’accepteriez ?
Notre esprit est fréquemment perturbé, et nous sommes souvent tourmentés par des pensées douloureuses, par la colère, par des paroles blessantes que nous adressent les autres. Dans ces moments, qui ne rêverait de pouvoir mieux contrôler ses émotions pour être libre et maître de lui-même ? Très souvent, nous nous passerions volontiers de ces souffrances, mais ne savons pas que c’est possible, car nous croyons que c’est la « nature humaine ». Or, nous pouvons entraîner notre esprit pour cultiver nos émotions positives, développer notre altruisme, notre lucidité, notre paix intérieure et notre amour, et la méditation est une voie royale pour cela.
Cependant, améliorer notre esprit ne se fait pas en jour. Nous trouvons normal de passer des années à apprendre à marcher, lire, écrire, à acquérir des compétences professionnelles, à devenir meilleurs dans des activités aussi diverses que le sport ou l’art. Par quel miracle l’esprit échapperait-il à cette logique et pourrait-il se transformer instantanément et sans efforts ? Cela n’aurait pas plus de sens que de vouloir devenir champion de natation en nageant deux fois pas mois. Nous dépensons beaucoup d’énergie pour améliorer les conditions extérieures de notre existence, mais au final c’est toujours notre esprit qui fait l’expérience du monde et le traduit sous forme de bien-être ou de souffrance. Si nous transformons notre manière de percevoir les choses, nous transformons la qualité de notre vie. Et ce changement résulte d’un entraînement de l’esprit, qui est la méditation.
Note : ce point rejoint la notion de proactivité que j’ai abordé dans mon dernier podcast : Proactivité, Responsabilisation et Crise.

Qu’est-ce que la méditation ? C’est une pratique qui permet de cultiver et développer certaines qualités humaines fondamentales. Il s’agit principalement de se familiariser avec une vision claire et juste des choses, et de cultiver des qualités que nous possédons tous en nous mais qui sont souvent laissés en jachère, à l’état latent. L’idée générale est de s’améliorer, de se transformer soi-même pour mieux transformer le monde.
Une vie bien remplie n’est pas faite d’une succession de sensations plaisantes, mais d’une transformation de la manière dont nous comprenons et traversons les aléas de l’existence. La méditation permet ainsi de remédier aux toxines mentales que sont les émotions négatives comme la haine, l’obsession et la colère, mais aussi d’acquérir une meilleure connaissance de la façon dont l’esprit fonctionne, et une perception plus juste de la réalité.
De plus, la méditation a également une multitude d’effets bénéfiques pour la santé et le bien-être, comme je l’ai indiqué plus haut. Découvrons comment la pratiquer.
Chapitre 2 : Sur quoi méditer ?
L’objet de la méditation est l’esprit, qui est souvent confus, agité, rebelle et soumis à de nombreux conditionnements et automatismes. La méditation a pour but de le rendre plus clair et équilibré.
La méditation est soumise à de nombreux clichés. Or, la méditation ne consiste pas à faire le vide dans son esprit en bloquant ses pensées – ce qui est impossible – ni à engager l’esprit dans des cogitations sans fins pour analyser le passé ou anticiper l’avenir. Ce n’est pas non plus un simple processus de relaxation, bien qu’il y ait un élément de relaxation dans la méditation – mais c’est davantage un soulagement lié au « lâcher prise » sur les attachements et les caprices de l’ego qui nourrissent nos conflits intérieurs.
La méditation consiste à prendre le contrôle de l’esprit, à se familiariser avec une nouvelle compréhension du monde, à cultiver une manière d’être qui nous rend plus libre. Etre libre, c’est être maître de soi-même. Ce n’est pas faire tout et n’importe quoi, c’est s’affranchir de la contrainte des souffrances qui dominent et obscurcissent l’esprit, et prendre sa vie en main, en mettant le cap vers une destination que l’on a choisi en toute connaissance de cause, plutôt que d’être prisonnier d’habitudes destructrices et de la confusion mentale.
La méditation n’est pas un moyen d’échapper à la réalité, c’est un moyen de voir la réalité comme elle est, au plus près de ce que nous vivons, et de démasquer les causes profondes de nos souffrances et de notre confusion mentale. Pour parvenir à une juste vision des choses, on médite, par exemple, sur l’interdépendance de tous les phénomènes, sur leur caractère éphémère, et sur la non-existence de l’ego, alors qu’il est perçu comme une entité solide et autonome à laquelle on s’identifie. Les méditations s’appuient également sur l’expérience de générations de contemplatifs qui ont consacrés leur vie à cette pratique et ont enseignés ensuite un grand nombre de méthodes empiriques pour y parvenir. Comme pour tout apprentissage, il faut néanmoins explorer soi-même la validité de ces méthodes, et vérifier puis s’approprier de l’intérieur les conclusions à laquelles ces sages sont parvenus.
Pour y parvenir, il faut commencer par calmer son esprit turbulent, semblable à un singe captif qui s’agite tant et si bien qu’il s’entrave lui-même et se trouve incapable de défaire ses propres chaînes.

Méditer ne s’apprend pas en lisant mais en pratiquant. Il est utile toutefois d’utiliser les lignes directrices tracées par les sages du passé, qui offrent dans leurs ouvrages des mines d’informations exposant clairement les buts et méthodes de chaque méditation. Matthieu Ricard nous propose dans ce long chapitre – 110 pages sur les 150 qui composent le livre ! – quelques conseils préliminaires pour bien pratiquer la méditation, puis nous résume en les simplifiant, et en extirpant au maximum leur base religieuse sous-jacente, quelques une des nombreuses méthodes de méditation. Pour chacune d’elle, il nous propose un ou plusieurs sujets de méditation, dont je vous livre quelques exemples, ainsi que des citations de grands maîtres de la méditation ou des différents Dalaï-lamas.
Les conditions favorables à la motivation :
* Suivre les conseils d’un guide qualifié : Pour pouvoir méditer, il faut d’abord savoir comment s’y prendre. Un instructeur qualifié est donc essentiel. Dans le meilleur des cas, c’est un maître spirituel authentique, sinon on se contentera d’un instructeur sérieux, ou de textes qui reposent sur des sources fiables.
* Un lieu propice à la méditation : Il est possible et souhaitable de maintenir les bienfaits de la méditation lorsque l’on se trouve plongé dans le flot de la vie courante, mais il est indispensable d’entraîner son esprit dans un environnement propice, notamment lorsque l’on s’initie. Il faut donc un endroit au calme, sans source de distraction et où l’on ne vous dérangera pas.
* Une posture physique appropriée : La posture physique influe sur l’état mental. Une posture appelée vajrasana en sept points est recommandée :
1. Les jambes sont croisées dans la posture du lotus, dans laquelle on commence par replier la jambe droite sur la gauche, puis la gauche sur la droite. Si c’est trop difficile, on peut adopter le « demi-lotus », qui consiste à ramener la jambe droite sous la cuisse gauche, et la jambe gauche sous la cuisse droite.
2. Les mains reposent sur le giron (l’espace qui s’étend de la ceinture aux genoux lorsque l’on est assis), la main droite sur la gauche, l’extrémité des pouces se touchant.
3. Les épaules sont légèrement relevées et penchées vers l’avant.
4. La colonne vertébrale est bien droite, »comme une pile de pièces d’or ».
5. Le menton est légèrement rentré contre la gorge.
6. La pointe de la langue touche le haut du palais.
7. Le regard est dirigé droit devant soi, ou légèrement vers le bas, dans le prolongement du nez, les yeux grands ouverts ou mi-clos.
Être enthousiaste et motivé pour être persévérant. Pour s’intéresser à quelque chose et y consacrer du temps, il faut d’abord en percevoir les avantages, et comprendre qu’il y aura des hauts et des bas pour savoir persévérer lors des moments difficiles. Lisez La Discipline est une illusion; Motivez-vous à la place ou Bougez-vous les fesses : 16 moyens de rester motivé quand vous êtes sur la pente descendante pour approfondir.
Enfin, il est indispensable de pratiquer la méditation régulièrement, même si c’est juste 15 ou 20 minutes, plutôt que de faire de grandes séances de temps à autre. De plus il est important que nous ne soyons ni trop tendus, ni trop relâchés lorsque nous méditons, exactement comme une corde de guitare ne doit être ni trop tendue, ni trop relâchée pour produire la note juste.

Tourner son esprit vers la méditation
Quatre sujets de réflexion doivent retenir notre attention pour renforcer notre détermination à méditer :
La valeur de la vie humaine
A condition de jouir d’un minimum de libertés et d’opportunités, l’existence humaine offre d’extraordinaires occasions de développement intérieur, et elle nous offre une chance unique de réaliser le potentiel que nous possédons tous. Ce potentiel, voilé par notre ignorance et nos émotions perturbatrices, demeurent la plupart du temps enfoui à l’intérieur de nous comme un trésor caché. Note : cela rejoint l’histoire du champ de diamants de Lead the Field.
La nature éphémère de toute chose
La vie humaine, aussi brève soit-elle, est inestimable. La réflexion sur l’impermanence permet d’apprécier la valeur du temps, de se rendre compte que chaque seconde de vie est précieuse alors que d’ordinaire nous laissons le temps s’écouler comme de l’or fin entre les doigts.
Méditation : Pensons à la succession des saisons, des mois et des jours, de chaque instant, et aux changements qui affectent chaque aspect de la vie des êtres ; pensons à la mort enfin, qui est inéluctable mais dont l’heure est incertaine. Qui sait combien de temps il me reste à vivre ? Même si je vis jusqu’à un âge avancé, la fin de ma vie passera aussi rapidement que le début. Il importe donc que je considère, au plus profond de moi-même, ce qui compte vraiment dans l’existence, et que j’utilise le temps qu’il me reste à vivre de la façon la plus fructueuse, pour mon bien et celui des autres. Si j’aspire à méditer et à développer mes qualités intérieures, il n’est jamais trop tôt pour m’y consacrer.
Les comportements qu’il faut adopter et ceux qu’il faut éviter
Le marin en haute mer, le guide de montagne ou l’artisan consciencieux savent que l’on obtient rien de bon en cédant aux caprices du moment. Et c’est d’autant plus vrai si le but que l’on poursuit est la libération de la souffrance. Pour savoir quelle est la bonne manière de procéder, il ne faut pas s’appuyer sur un dogme pour distinguer le bien et le mal ou se conformer à des conventions préétablies, mais il faut respecter avec lucidité les mécanismes du bonheur et de la souffrance tels que nous pouvons nous-même les observer, à condition d’être attentif. Nous ne pouvons pas prévoir toutes les conséquences de nos actions, mais il nous est possible d’examiner notre motivation et le but que nous poursuivons, et de nous assurer que nous recherchons le bonheur véritable et celui d’autrui.
Méditation : Recueillons-nous au plus profond de nous même et reconnaissons que nous désirons être affranchis de la souffrance et trouver le bonheur authentique. Prenons sincèrement conscience du fait que tous les êtres vivants souhaitent la même chose. Considérons les enchaînements de cause et des conséquences qui font que certains type de pensée, de parole et d’action – ceux par exemple, qui sont inspirés par la haine, l’avidité, la jalousie et l’arrogance – engendrent la souffrance et que d’autres qui procèdent de la bienveillance et de la sagesse mènent à une satisfaction profonde. Tirons-en les conclusions qui s’imposent concernant ce qu’il faut faire ou ne pas faire et soyons déterminés à les mettre en pratique.
L’insatisfaction inhérente au monde ordinaire
Notre situation actuelle est souvent loin d’être satisfaisante et une transformation est non seulement désirable, mais possible. Nous pouvons utiliser les nombreuses distractions offertes par notre monde moderne pour oublier les aspects insatisfaisants de l’existence, ou même les masquer sous des déguisements attrayants – activités incessantes, flot d’expériences sensorielles, poursuite de la richesse, du pouvoir, de la reconnaissance, etc. – mais la réalité reviendra toujours se rappeler à nous avec son lot de souffrances. Il est donc préférable de regarder cette réalité en face pour déraciner les véritables causes du malheur et cultiver celles du véritable bonheur.
Autres sujets de méditation
Je vous livre ici quelques autres sujets parmi les nombreux qu’aborde Matthieu Ricard :
Méditation sur la pleine conscience
Nos automatismes de pensée, qui font que nous percevons à peine ce qui se passe à l’instant même, sont aux antipodes de la pleine conscience. Celle-ci consiste à être parfaitement éveillé à tout ce qui surgit en soi et autour de soi, à tout ce que nous voyons, entendons ou ressentons. Le passé n’est plus, l’avenir n’a pas encore surgi, et le présent est à la fois insaisissable et immuable. Comme le disait Schrödinger, « le présent est la seule chose qui n’ait pas de fin« . Cultiver la pleine conscience du moment présent signifie que l’on doit vivre lucidement notre expérience actuelle.
Le calme intérieur
Pour reconnaître la véritable nature de l’esprit, il faut ôter les voiles engendrées par les automatismes de la pensée. Pour cela, il faut commencer par laisser l’esprit devenir clair, calme et attentif. Il existe pour cela deux techniques enseignées par les écoles bouddhistes :
1. Le calme mental ou shamata. C’est l’état d’esprit apaisé, clair et parfaitement concentré sur son objet. Il prépare le terrain en faisant de l’esprit un outil maniable, efficace et précis.
2. La vision pénétrante ou vipashyana. C’est la vision pénétrante de la nature de l’esprit et des phénomènes, à laquelle on parvient en analysant minutieusement la conscience, puis en ayant recours à la pratique contemplative, à l’expérience intérieure. Il libère l’esprit du joug des afflictions mentales et des voiles de l’ignorance.
Notre esprit est la plupart du temps instable, et constamment occupé par son bavardage intérieur qui maintient un bruit de fond dont nous sommes à peine conscient. Or ce dysfonctionnement est une production de l’esprit lui-même ; il est donc logique qu’il soit également lui-même en mesure d’y remédier.
Le shamata vise à apaiser le tourbillon des pensées en se concentrait sur une chose à laquelle nous prêtons rarement attention : le va-et-vient de notre souffle. Puisque nous respirons sans cesse, prendre cet acte comme support de concentration permet de disposer d’un outil précieux disponible en permanence.
Cette pratique comporte trois étapes indispensables :
1. Tourner l’attention vers un objet choisi, ici la respiration.
2. Maintenir l’attention sur cet objet.
3. Être pleinement conscient de ce qui le caractérise.
Méditation : Une méthode pour raviver la concentration lorsqu’elle devient trop ténue consiste à compter les respirations. On peut, par exemple, compter mentalement « un » à la fin d’un cycle complet du souffle, c’est à dire inspiration et expiration, puis « deux » à la fin du cycle suivant, et ainsi de suite jusqu’à 10, et recommencer alors à partir de « un ». Cette façon de procéder nous aide à maintenir l’attention. Si l’on préfère, on peut aussi compter « un » à la fin de l’inspiration, et « deux » à la fin de l’expiration. Cette méthode peut être appliquée de temps à autre en fonction des besoins, mais il n’est pas nécessaire de compter les respirations pendant toute la durée de la méditation.
La progression du calme intérieur
Graduellement, l’esprit s’apaisera. Pourtant au début, c’est tout le contraire qui semble se produire : on a l’impression d’avoir davantage de pensées qu’auparavant. Or, ce n’est pas vraiment leur nombre qui a augmenté, c’est simplement que l’on prend conscience de leur foisonnement. La pacification du tourbillon des pensées se fait selon cinq étapes :
1. La cascade qui se jette d’une falaise : les pensées s’enchaînent sans discontinuer.
2. Le torrent qui dévale des gorges : l’esprit alterne entre périodes de repos et d’activité.
3. Le large fleuve qui s’écoule sans encombres : l’esprit s’agite lorsqu’il est perturbé par les événements, sinon il reste calme.
4. Le lac ridé par quelques vagues : l’esprit est faiblement agité en surface, mais demeure calme et présent en profondeur.
5. L’océan paisible : la concentration inébranlable et sans efforts n’a plus besoin de recourir aux antidotes contre les pensées vagabondes.
Une telle progression ne s’accomplit pas en un jour, mais tôt ou tard l’on constate des progrès.
La vision pénétrante ou vipashyana
Nous surimposons constamment au monde notre vision tronquée de la réalité, et les déformations qui en résultent sont autant de causes de frustration et souffrances. Combien de fois n’avons-nous pas considéré quelqu’un ou quelque chose comme étant totalement désirable ou totalement haïssable ? Avec quelle force nous aggripons-nous au « moi » et au « mien », persuadés de la solidité de ces concepts ?
Imaginons que nous percevions le monde comme un flux dynamique d’évènements interdépendants dont les caractéristiques sans cesse changeantes résultent d’innombrables causes et n’appartiennent pas intrinsèquement aux objets qu’elle définisse. Les concepts de « moi » et de « mien » nous apparaîtraient beaucoup plus fluides et ne feraient plus l’objet de fixations aussi puissantes.
Pour développer cette vision pénétrante, il est nécessaire d’avoir l’esprit clair, concentré et stable, d’où l’importance de l’avoir préparé avec shamata, le calme intérieur. Cependant, shamata permet d’apaiser momentanément les émotions perturbatrices, mais pas de les éradiquer. Il est donc indispensable d’avoir recours à la vision pénétrante pour reconnaître la nature fondamentale de la conscience, la façon dont les émotions surgissent et s’enchaînent, et comment nos fabrications mentales renforcent notre égocentrisme.
Vipashyana peut être pratiqué à différents niveaux, de différentes façons, et a différents aspects, dont notamment :
o Comment arriver à une compréhension plus juste de la réalité.
o Comment s’affranchir des tourments créés par les émotions perturbatrices.
o Comment démasquer l’importante de l’égo et comprendre l’influence exercée par ce concept sur notre souffrance et notre bien-être.
o Comment appréhender la nature fondamentale de l’esprit.
Cessons de nous identifier à nos émotions
Une manière de faire face à nos émotions perturbatrices consiste à nous dissocier mentalement de l’émotion qui nous afflige. Souvent, nous nous identifions complètement à nos émotions. Lorsque nous sommes pris d’un accès de colère, nous ne faisons qu’un avec elle. Or, l’esprit est capable d’examiner ce qui se passe en lui. Il suffit pour cela qu’il observe ses émotions comme nous le ferions pour un évènement extérieur se produisant devant nos yeux. Or, la part de notre esprit qui est consciente de la colère est simplement consciente : elle n’est pas en colère. La pleine conscience n’est pas affectée par l’émotion qu’elle observe.
Comprendre cela permet de prendre du recul, de se rendre compte que cette émotion n’a aucune substance, et de lui laisser l’espace suffisant pour qu’elle se dissolve par elle-même, ce qui permet d’éviter deux extrêmes très préjudiciables : réprimer l’émotion, ce qui la confine dans un coin sombre de notre esprit comme une bombe à retardement, et la laisser exploser, au détriment de ceux qui nous entoure et de notre paix intérieure.
Méditation : Imaginons que nous soyons submergés par une très forte colère. Il nous semble que nous n’avons pas d’autre choix que de nous laisser emporter. Impuissant, notre esprit retourne sans cesse vers l’objet qui a déclenché sa rage, comme du fer vers un aimant. Si quelqu’un nous a insulté, l’image de cette personne et ses paroles nous reviennent constamment à l’esprit. Et à chaque fois que nous y repensons, nous déclenchons une nouvelle flambée de ressentiment qui nourrit le cercle vicieux des pensées et des réactions à ces pensées.
Changeons alors de tactique. Détournons-nous de l’objet de notre colère et contemplons la colère elle-même. C’est un peu comme si l’on regardait un feu tout en cessant de l’alimenter avec du bois. Le feu, aussi violent soit-il, ne tardera pas à s’éteindre tout seul. De même, si nous posons simplement le regard de notre attention sur la colère, il est impossible qu’elle perdure d’elle-même. Toute émotion, aussi intense soit-elle, s’épuise et s’évanouit naturellement lorsque l’on cesse de l’alimenter.
Finalement, d’où vient cette colère ? Où est-elle maintenant ? Où disparaît-elle ? Tout ce que l’on peut affirmer, c’est qu’elle provient de notre esprit, y demeure quelques instants et s’y résorbe ensuite. L’esprit quant à lui est insaisissable, il ne constitue pas à une entité distincte et n’est rien d’autre qu’un flux d’expériences.

Critique du livre :
Ce livre est une merveille. Clair et concis, court et pertinent à la fois, écrit dans un langage simple et accessible adapté à la mentalité Occidentale, bien loin de l’ésotérisme de certains ouvrages comme le Vijnana-Bhairava, et rendu le plus neutre possible d’un point de vue religieux malgré une coloration bouddhique bien naturelle étant donné le positionnement de l’auteur. J’ai à peine commencé à pratiquer la méditation, je ne peux donc vous parler encore des bénéfices – j’écrirai sans doute un article sur le sujet bientôt – mais ce livre en est une excellente introduction et un guide plaisant et pratique pour accompagner nos premiers pas.
Je découvre avec étonnement que de nombreux concepts liés au bouddhisme et à la méditation sont communs à de nombreux livres de développement personnel, comme la nécessité d’être proactif et acteur de sa vie et de sa destinée, la capacité qu’à l’esprit de choisir la réponse qu’il va donner aux contraintes extérieures, comme le théorise le psychologue Viktor Frankl, la nécessité de sans cesse s’améliorer pour parvenir à être un meilleur nous-même, l’efficacité beaucoup plus grande qu’il y a à changer et créer la structure plutôt que de régler les problèmes comme le développe The Path of Least Resistance, etc.
Ce livre m’ouvre néanmoins à un vaste univers totalement nouveau, que j’aborde avec beaucoup d’excitation et de plaisir, comme à chaque fois que je débarque sur un nouveau continent vierge :) . La méditation me semble être une voie extrêmement intéressante à explorer pour devenir un meilleur moi-même, qui semble pouvoir entrer en totale synergie avec mes objectifs et ma vie, et a de plus de nombreux bénéfices prouvés par de multiples études scientifiques.
Le seul reproche que je pourrai lui adresser, c’est qu’il est difficile à résumer, non pas comme certains livres parce qu’il est dense et volumineux, mais parce que Matthieu Ricard écrit de manière tellement concise et précise que j’ai eu souvent du mal à faire autre chose que paraphraser ou reprendre certains passages tels quels pour résumer les concepts :) . Je ne vous ai cependant livré qu’une petite partie de tous les points et méthodes de méditation qu’aborde l’auteur.
Je recommande donc ce livre à toutes les personnes désireuses d’explorer de manière plus approfondie la nature de leur esprit. Ce livre pourrait être la porte vers un nouvel univers à explorer pour beaucoup d’entre nous.
Points forts :
* Clair et concis
* Va droit à l’essentiel
* Le plus neutre possible d’un point de vue religieux – il conviendra donc à tout le monde, quelque soit sa religion ou sa non-religion
* Concepts, méthodes et notions abordées de manière simple et adaptée à la mentalité Occidentale
* Ouvre la porte d’une nouvelle manière de percevoir le monde et nous-même qui peut être extrêmement bénéfique
* Immédiatement applicable au quotidien sans matériel et investissement nécessaire
* Tous les bénéfices liés à la vente de ce livre sont reversés à l’association Karuna, qui gère de nombreux projets humanitaires
Points faibles :
* Je n’en vois pas – et honnêtement c’est rare ;)
Lire plus de commentaires sur L’art de la Méditation sur Amazon.
Ressources :
Olivier Roland.
Absolument d'accord. A mettre entre toutes les mains !
anti
Toutes les photos sont de Matthieu Ricard sauf la fleur de lotus, Dordogne, 2009.
11:29 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : livres, bouddhisme, on se fait du bien, matthieu ricard
17 novembre 2008
Le droit au bonheur

Le « droit au bonheur » inscrit dans une devise nationale ? Vous n'y croyez pas ? Lisez plutôt ce qui suit...
Le cinquième roi du Bhoutan a été couronné jeudi lors d'une cérémonie traditionnelle empreinte de spiritualité bouddhiste ouvrant une nouvelle ère au sein de la plus jeune démocratie de la planète. Jigme Khesar Namgyel Wangchuck, formé à Oxford et âgé de 28 ans, a reçu la couronne de soie rouge et noir à laquelle son père, Jigme Singye Wangchuck, a renoncé fin 2006 après avoir imposé la démocratie à ce territoire enclavé entre Chine et Inde.
Deux années se sont écoulées entre l'abdication du roi et le couronnement de son dauphin, le temps pour les astrologues du royaume himalayen de trouver la date la plus propice à cet événement. "Sa Majesté le roi jouera toujours dans notre pays un rôle très important en tant que force morale", a souligné le Premier ministre Jigmi Thinley, sorti vainqueur en mars des premières élections de l'histoire du pays. "Le roi sera la force qui garantira la stabilité et la résistance de la démocratie." Le Bhoutan, où vivent 635.000 habitants, a connu ces cinquante dernières années un développement radical. D'une société féodale où l'éducation et la santé étaient quasi inexistantes et dont les contacts avec le monde extérieur étaient rarissimes, il est passé à un pays où l'enseignement et les soins sont gratuits.

Le royaume du Bhoutan est un pur joyau himalayen, très préservé mais aussi très méconnu, qui resta longtemps fermé aux touristes et interdit aux photographes. Sauf à l'un d'entre eux : le moine bouddhiste Matthieu Ricard, qui y a vécu durant huit ans et y retourne fréquemment. Il nous livre ici un choix de ses clichés préférés sur ce pays qui ne ressemble à aucun autre et qui s'apprête à couronner, le 6 novembre prochain, son cinquième souverain.
Druk-yul, « le Pays du Dragon Tonnerre », tel est le nom bhoutanais de ce petit royaume encastré au centre de la barrière himalayenne entre les deux géants asiatiques, l'Inde et la Chine. Une nation stable et paisible qui s'apprête à couronner son cinquième monarque après avoir procédé en mars dernier aux premières élections législatives de son histoire. Mais cette double originalité politique le calme et la démocratie, particulièrement remarquables dans une région du monde aussi agitée n'est pourtant rien au regard de tout ce qui le rend par ailleurs extraordinaire.
Situé à la latitude du Maroc et soumis au régime des moussons, le Bhoutan abrite en effet une diversité de paysages et de climats unique au monde : du sud au nord soit en moins de 150 kilomètres au coeur de cet Etat pas plus grand que la Suisse , on traverse d'abord une jungle semi-tropicale, puis des rizières et des plaines richement cultivées, avant de déboucher sur une nature typiquement alpine, recouverte de feuillus, de conifères et de pâturages, d'une beauté minérale à couper le souffle, surplombée par les vertigineux sommets himalayens, dont le Jomolhari qui culmine à 7 326 mètres.
Mais c'est évidemment dans les vallées et les bassins du centre plus facilement habitables, et encore coupés du monde il y a cinquante ans que résident le berceau culturel et le coeur de la civilisation bhoutanaise. Mieux protégés que d'autres et notamment ceux du Tibet , ces replis montagneux abritent de nombreux endroits et monuments qui jouissent d'une renommée quasi mythique chez les bouddhistes himalayens. Dont Taksang, dans la vallée de Paro, avec son monastère accroché au roc, comme par magie, à quelque 2 950 mètres d'altitude, 800 mètres au-dessus du vide. Lorsqu'on le contemple pour la première fois, du bas de la sombre paroi verticale qui l'enserre et le soutient, on l'imagine d'abord inaccessible ; jusqu'à ce que l'on découvre un chemin, tracé par les fidèles au travers d'une forêt suspendue elle-même au flanc de la falaise, qui permet d'y accéder en deux heures de montée.

Le « droit au bonheur » est inscrit dans la devise nationale
De tels sanctuaires abondent au Bhoutan où la spiritualité bouddhiste est profondément ancrée dans la vie quotidienne. Très respectueux de ses ressources naturelles, de son environnement, et de la qualité de vie de ses concitoyens, ce royaume s'est d'ailleurs donné pour devise, il y a déjà trente-cinq ans, d'assurer le meilleur « bonheur national brut » (ou BNB), préféré à l'accroissement d'un PNB (potentiellement nocif pour les hommes et la nature) à ses habitants ; ce qui résume parfaitement l'imprégnation des valeurs du bouddhisme dans la conduite des affaires politiques... mais sans aucun interventionnisme des autorités religieuses, en dépit de leur omniprésence spectaculaire au Bhoutan.
Certains grands monastères, comme celui de Thimbu, la capitale, comptent en effet plus d'un millier de moines. Chaque colline ou presque arbore son petit temple, ceinturé de drapeaux de prières qui flottent au vent. Les torrents font tourner jour et nuit des moulins à prières. Montagnes et forêts regorgent d'ermitages où moines, nonnes et laïcs se consacrent à la méditation. Le calendrier religieux est émaillé de cérémonies majestueuses et de festivals de danses sacrées, ou tcham ; forme de méditation pour les moines, mais aussi occasion de partage spirituel avec la communauté laïque qui vit en symbiose avec eux. Et puis, il y a les dzongs ; superbes et imposants bâtiments, éclatants de blancheur, qui se dressent fièrement au débouché des principales vallées, couronnant une hauteur, s'adossant au flanc d'une montagne, marquant la confluence de deux rivières, protégeant l'accès aux bourgades ou trônant majestueusement en leur coeur. A la fois monastères, forteresses et sièges du gouvernement local, ces édifices constituent le centre vital des 20 provinces ou districts du Pays du Dragon Tonnerre. Mais ce qu'ils symbolisent surtout, c'est l'harmonie et le respect mutuel avec lesquels les deux pouvoirs civil et religieux cohabitent en permanence au Bhoutan. Car les dzongs se composent toujours de deux parties séparées par une tour centrale, qui abrite généralement plusieurs temples ; l'une sert de siège au gouvernement provincial, l'autre est dévolue aux autorités religieuses.

Partout, le civil et le religieux dominent ainsi, ensemble, le reste de l'habitat, généralement très dispersé dans ce pays rural à 80 % qui ne compte qu'une seule grande ville, la capitale Thimbu, peuplée de 70 000 habitants, soit un dixième de la population totale. Pour l'essentiel, les Bhoutanais résident donc dans des bourgades ou des villages, édifiés la plupart du temps au bord d'une rivière ou sur le versant ensoleillé d'une montagne cultivée en rizières, où s'étagent de belles maisons blanchies à la chaux et de robustes corps de fermes décorés de fresques colorées. Et il n'est pas rare de tomber sur des hameaux isolés, généralement nichés au fond d'une combe ou dans le giron brumeux d'un ubac, que l'on repère à leurs fermettes en pierres surmontées de toits de lauses inégaux.
Mais quel que soit l'endroit où ils habitent, la plupart des Bhoutanais vivent encore d'activités traditionnelles : culture du riz, de l'orge ou du sarrasin dans les vallées, élevage de yaks jusqu'à 4 000 mètres d'altitude, tissage de textiles ou artisanat d'art dans les villages. Un artisanat particulièrement bien protégé au Bhoutan où toutes les classes de la société sont invitées à le soutenir ou à le patronner, depuis le roi jusqu'aux moines en passant par le plus modeste des paysans. Treize formes d'art sont dûment répertoriées et encouragées dont la sculpture sur bois, sur pierre ou sur argile, la fonderie, l'orfèvrerie, la maçonnerie, la maroquinerie, la broderie et le tissage. Au même titre que la peinture sacrée des thangka, toutes sont enseignées à Thimbu au sein de l'Institut des treize artisanats, ou zorig tchoussum, spécialement créé par le gouvernement afin que les meilleurs maîtres puissent transmettre leur savoir à des centaines d'apprentis, hommes et femmes.

Une culture séculaire face au défi de la modernité
Parmi ces treize formes d'art, le textile est toutefois réservé aux seules femmes, et d'autant plus qu'elles ont su le porter à un niveau d'excellence artistique inégalé dans le monde himalayen. Les tissus bhoutanais étaient autrefois échangés au Tibet contre des tapis et constituaient jusqu'en 1959 outre le riz, les plantes médicinales et le papier l'un des principaux produits d'échanges commerciaux. De nos jours encore, les principaux motifs utilisés dans leur tissage se retrouvent, avec des variantes, jusqu'en Arunachal Pradesh, en Birmanie ou au Laos ; et les oeuvres des meilleures tisserandes bhoutanaises (celles des districts du Nord-Est : Lhuntse, Tashigang et Bumthang) continuent à propager la renommée du royaume très au-delà de ses frontières.
Un exemple parmi beaucoup d'autres de la façon dont le Bhoutan a su préserver sa culture en exploitant ses richesses naturelles et humaines, mais sans mettre son environnement en danger et sans renoncer à s'ouvrir au reste du monde. Membre de l'ONU depuis 1971, devenu une monarchie parlementaire depuis le printemps dernier, et sur le point de couronner un nouveau roi qui n'a même pas 30 ans, ses nombreux atouts l'autorisent plus que jamais à confirmer l'hommage que lui rendait, il y a déjà longtemps, un haut fonctionnaire canadien des Nations unies : « Le Bhoutan a tout pour ressembler à n'importe quelle autre nation du continent asiatique, mais aucune d'entre elles ne pourra jamais lui ressembler. »
Un article (et photos) de Matthieu Ricard.
Matthieu Ricard qu'on peut voir dans cette très chouette émission en ligne, signalée par Miss You : Thé ou café ?
anti
18:30 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : bouddhisme, matthieu ricard, jigme khesar namgyel wangchuck, bhoutan






