04 avril 2012

Monsanto basta !

Depuis sa création en 1901, Monsanto a multiplié la conception et la diffusion à large échelle de certains des produits les plus dangereux jamais utilisés sur la planète. A son "actif", on peut citer :
- le DDT, un pesticide hautement cancérigène commercialisé à partir des années 40, qui a eu pour seul effet positif, au bout de trois décennies, de donner naissance aux premiers mouvements écologistes avant d'être interdit dans quasiment tous les pays du globe autour de 1970,
- l'agent orange, un défoliant tellement toxique qu'il a été utilisé par l'armée américaine comme une arme chimique contre les Vietnamiens, ses effets cancérigènes et tératogènes durant bien après son épandage
- et, bien entendu, les OGM à but alimentaire dont la dangerosité sanitaire n'a d'égal que la capacité à asservir les paysans en les rendant dépendants puisque les semences ne peuvent pas être ré-utilisées d'une année sur l'autre.

combattre monsanto.jpgBien que Monsanto soit un géant à la puissance considérable, une opposition de plus en plus forte le fait reculer un peu partout dans le monde. Un simple paysan ne pèse quasiment rien, mais quand ils sont plusieurs milliers à dire non, ils remportent des victoires.

Un rapport disponible en ligne recense tous les combats qui ont fait reculer cet empoisonneur planétaire. Il a été rédigé sosu l'égide des ONG Les Amis de la Terre, Via Campesina et Combat Monsanto.

«Là où Monsanto est présente, les semences locales deviennent illégales, la biodiversité disparaît, les terres sont polluées, les paysans et ouvriers agricoles empoisonnés, criminalisés, expulsés de leurs terres» peut-on y lire. «Ce rapport démontre que les fortes objections des mouvements sociaux et des organisations de la société civile ont un impact sur les décideurs politiques chargés d'encadrer le secteur agroalimentaire et d'édicter les règles en matière de pesticides et de cultures transgéniques».

Les Européens sont en majorité opposés à la production d'aliments à partir d'OGM. Dans les pays émergents, le combat est plus difficile mais a pourtant fait connaître quelques défaites cuisantes au géant américain.

En Inde, un moratoire a été imposé sur une variété OGM de l'aubergine, sans parler de tous les autres fronts sur lesquels Vandana Shiva a mené ses actions en faveur des semences traditionnelles sans utilisation de pesticides.

En Haïti, après le tremblement de terre, Monsanto a proposé sous couvert d'aide humanitaire d'offrir des tonnes de semences OGM qui ont été refusées par la population grâce à une mobilisation massive malgré la précarité extrême dans laquelle se trouvaient des centaines de milliers d'Haïtiens.

Au Guatemala, des regroupements de paysans anti-OGM on des réseaux anti-OGM se sont opposés à des projets de législation et d'adoption de programmes favorisant les semences transgéniques.

En Afrique, une alliance pour la souveraineté alimentaire milite afin qu'aucun autre pays ne suive le mauvais exemple de l'Afrique du Sud, seul à avoir adopté les OGM alors que «les variétés de plantes transgéniques en question (...) ne résistent ni à la sécheresse ni aux inondations».

Pour autant, Monsanto ne désarme pas. Ses opposants non plus.


Le rapport en français peut être téléchargé ici : Combattre Monsanto

18 février 2012

Pesticides : 800 000 professionnels vont devoir retourner à l'école

Nous vous parlions dernièrement de la condamnation de deux empoisonneurs (Monsanto et Eternit condamnés, sale temps pour les empoisonneurs). De nombreux lecteurs du blog sont intéressés par un monde plus respectueux de la nature aussi je vous recommande le site : Bioaddict.fr, très riche, dont voici un article tout à fait dans l'air du temps.

logo-bg2.pngPesticides : 800 000 professionnels vont devoir retourner à l'école, un article de Mathilde Emery.

800 000 professionnels concernés par les produits phytosanitaires, dont les agriculteurs, les distributeurs, et les conseillers, vont devoir suivre obligatoirement une formation ou une évaluation. L'objectif est de réduire le recours aux pesticides, de mieux sécuriser leur utilisation et de diminuer les risques pour la santé et l'environnement.

Beaucoup d'agriculteurs se plaignent de ne pas avoir été, et de ne toujours pas être, bien informés sur la toxicité des pesticides et le bon usage de ces produits. Cette mésinformation, qui n'est pas innocente de la part de certains industriels, a indiscutablement entrainé des utilisations abusives et inconsidérées de pesticides, qui ont ainsi mis, et continuent à mettre notre santé en péril, et la leur aussi. Monsanto vient ainsi d'être reconnu coupable de l'intoxication d'un agriculteur qui avait utilisé le Lasso, un herbicide très puissant.

Dans le cadre du Grenelle de l'Environnement, les ministères de l'Ecologie et de l'Agriculture ont donc mis en place en 2008 le plan " Ecophyto 2018 " avec pour objectif réduire progressivement l'usage des pesticides de 50% d'ici 2018. Ce plan prévoyait une formation adaptée des professionnels avec la remise d'un " certificat individuel produits phytopharmaceutiques " (dénommé Certiphyto) validant la formation (mais ce n'est pas un diplôme). Et il s'inscrit dans le cadre européen d'une utilisation des pesticides compatible avec le développement durable.

800 000 professionnels à évaluer et à former

Plus de 140 000 professionnels ont ainsi pu bénéficier de la formation entre 2009 et 2010. Mais c'est très insuffisant.

Le dispositif Certiphyto a donc été généralisé début janvier 2012 auprès de tous les professionnels qui ont un lien avec les produits phytopharmaceutiques. Et c'est donc 800 000 personnes qui vont devoir se former rapidement : les distributeurs, les conseillers et les utilisateurs professionnels. Ces derniers représentent la catégorie la plus nombreuse notamment composée des agriculteurs qu'ils soient exploitants agricoles ou salariés, sans oublier ceux qui sont dans les dispositifs d'entraide et les professionnels qui travaillent en CUMA ( Coopératives d'Utilisation de Matériel Agricole). Sont concernés aussi les professionnels des entreprises des territoires qui font des travaux agricoles ou forestiers, les entreprises d'application professionnelle, les entreprises du paysage et aussi les entreprises qu'on appelle " les grands comptes " et qui ont un lien avec les pesticides, la SNCF par exemple qui assure l'entretien des voies. Et enfin, les personnes qui travaillent dans les collectivités territoriales devront également être formées. La formation porte sur la réglementation des produits phytopharmaceutiques, la préservation de la santé et de l'environnement et les techniques alternatives.

" Le certificat individuel, va donc devenir obligatoire à court terme pour utiliser à titre professionnel les produits phytopharmaceutiques, les vendre ou conseiller leur utilisation. Et ce certificat, qui concourt à l'agrément des entreprises, sera également obligatoire pour acheter les produits phytopharmaceutiques à usage professionnel" indiquent les ministères de l'Ecologie et de l'Agriculture.

Bien entendu un délai est accordé pour acquérir la formation. Ainsi les personnes en activité dans les entreprises soumises à agrément pour les activités d'application en prestation de service, de distribution ou de conseil à l'utilisation de produits phytopharmaceutiques, auront jusqu'au 1er octobre 2013 pour obtenir le certificat.
Pour les professionnels des secteurs dont les entreprises ne sont pas soumises à agrément la date limite a été fixée au 1er octobre 2014.

Comment obtenir le certificat ?

Plusieurs voies d'accès au certificat ont été retenues afin de répondre à la diversité des professionnels :

La première est celle de la formation d'une durée de deux à quatre jours, sur quatre thèmes : la réglementation, la santé, la protection de l'environnement et les techniques alternatives.

Une deuxième voie est réservée aux personnes qui ont déjà des connaissances avérées en la matière, qui ont suivi des stages, par exemple, ou qui, dans le cadre de leur activité professionnelle, on suivi l'actualité en matière de réglementation, en matière de travaux de recherche, en matière d'évolution de technologie. Pour obtenir le certificat un test suffira. Il portera sur les 4 mêmes thèmes que la formation.

Enfin, bien entendu, les personnes qui ont obtenu des titres ou diplômes depuis moins de 5 ans seront exemptées.

Où s'adresser ?

En pratique la demande de certificat doit être effectuée par téléprocédure en se connectant sur le site www.mon.service-public.fr et en suivant les instructions.
La formation est assurée par les 300 organismes habilités par les DRAAF et accessibles sur les sites des différentes DRAAF ou DAAF.
C'est la DRAAF ou la DAAF qui instruit le dossier. Le directeur de la DRAAF ou de la DAAF délivre le certificat qui est ensuite édité et expédié au bénéficiaire par FranceAgriMer, un établissement public du ministère de l'Agriculture.
Enfin la durée de validité du certificat est de seulement 5 ans, mais elle est portée à 10 ans pour les personnes qui travaillent en exploitation agricole
Nul doute que ces actions de formation et de sensibilisation vont ouvrir les yeux de beaucoup de ceux qui doutaient de la toxicité des pesticides, ou qui ne voulaient pas savoir.

Mathilde Emery


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14 février 2012

Monsanto et Eternit condamnés, sale temps pour les empoisonneurs

Deux excellentes nouvelles sont tombées hier : les condamnations de deux empoisonneurs notoires de la planète en général et de l'humanité en particulier, celles de Monsanto en France et des dirigeants d'Eternit en Italie.

Après la condamnation pour escroquerie d'un autre empoisonneur - mental, celui-là - il y a quelques jours, je veux parler de la Scientologie, on a comme la sensation d'un grand bol d'air frais qui repousse le plus loin possible les miasmes d'organisations délétères qui sont prêtes à toutes les horreurs pourvu que leur profit augmente.

Monsanto condamné pour intoxication à l'herbicide d'un agriculteur français

| Photo de Paul François supprimée à la demande de son auteurC'est le tribunal de grande instance de Lyon qui a prononcé la sentence : «Monsanto est responsable du préjudice de Paul François suite à l'inhalation du produit Lasso».

Le 27 avril 2004, Paul François, céréalier dans les Charentes, avait inhalé des vapeurs de Lasso, un désherbant produit par le leader mondial de l'agrochimie, en ouvrant la cuve d'un pulvérisateur. Une cascade de problèmes de santé lui tombe dessus : nausées, évanouissements, puis très vite des troubles neurologiques l'obligeant à cesser toute activité pendant un an - bégaiements, vertiges, maux de tête, troubles musculaires.

Un an après son exposition aux vapeurs toxiques, des analyses retrouvent dans son corps des traces de monochlorobenzène, un solvant qui représente 50% de la composition du Lasso, dont le principe actif est l'anachlore.

Trois ans plus tard, il parvient à lancer une procédure en responsabilité civile contre Monsanto. Le 12 décembre dernier, son avocat reproche à Monsanto d'avoir «tout fait pour laisser le Lasso sur le marché» alors que sa dangerosité est établie dès les années 1980.

monsanto979.jpgLe pesticide est d'ailleurs interdit au Canada, en Angleterre et en Belgique. Monsanto continue pourtant sans hésiter à le commercialiser ailleurs, en toute connaissance de cause. Il n'est interdit en France qu'en 2007. Pire, tant que le produit est commercialisé, aucune mention sur son emballage n'indique la composition du produit ni n'avertit de risques liés à son inhalation, ni même de l'obligation de porter un masque.

Que répond l'avocat de Monsanto ? Qu'il n'y a eu aucun témoin de l'incident. Que rien ne prouve qu'il y ait eu intoxication. Il ajoute même que le monochlorobenzène est très vite évacué par l'organisme et qu'il ne peut donc être responsable des ennuis de santé de Paul François. Sauf qu'on a bien retrouvé de cette substance dans l'organisme de l'agriculteur plus d'un an après son exposition aux vapeurs du produit.

Le tribunal a conclu que le Lasso est bien la cause des troubles physiques qui ont affecté Paul François. Des examens médicaux vont maintenant évaluer son degré d'invalidité pour établir le montant de dommages et intérêts qu'il sera autorisé à réclamer.

Eternit: deux condamnations à 16 ans de prison ferme pour les responsables

Eternit, c'est l'entreprise qui produisait du fibrociment à base d'amiante. La petite ville de Casale Monferrato en Italie a eu le triste privilège d’accueillir l'une de ses principales usines de fabrication dans les années 70.

eternit casale.jpgLes ouvriers qui y ont travaillé ont été exposés aux fibres mortelles pendant des années sans aucune protection ni même précaution, inhalant les poussières soulevées à longueur de journées. Environ 1800 d'entre eux sont morts rien que dans cette commune et un nombre incalculable d'autres sont probablement contaminés sans aucun espoir de pouvoir en réchapper.

Pourtant, une règlementation protectrice a existé très vite mais elle n'a jamais été mise en œuvre pour ne pas faire baisser le profit de l'entreprise. Les deux richissimes propriétaires d'Eternit ont estimé que leurs bénéfices personnels avaient bien plus d'importance que ces vies bousillées après des agonies effarantes. D'ailleurs, ils n'ont pas non plus jugé utile de se présenter au procès.

Le tribunal de Turin les a condamnés à 16 ans de prison ferme, à l'issue du plus grand procès jamais organisé et le premier au pénal sur le drame de l'amiante. Pendant toute l'enquête, l’État a été aux côtés des victimes à tous les niveaux institutionnels.

Le milliardaire suisse Stephan Schmidheiny, 64 ans, et le baron belge Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne, 90 ans, jugés par contumace, ont été considérés comme responsables de la mort de près de 3 000 personnes en Italie, ouvriers ou habitants de villes où Eternit Italie avait des usines.

eternit italie.jpgLors de la lecture de la condamnation, toute l'assistance était debout, dans un silence total. Certains ont pleuré. Après la sentence, le président du tribunal a énuméré pendant trois heures les noms des parties civiles qui recevront des dédommagements, chiffrés à plus de 250 millions d'euros.

"Eternit connaissait les dangers de l'amiante, n'a adopté aucune mesure pour protéger les salariés, a refusé de prendre ses responsabilités même lorsqu'elle était au pied du mur et a engagé des structures de lobbying pour endormir les pouvoirs publics", s'insurge l'avocat de l'Association française des victimes de l'amiante (Andeva) qui dénonce le contraste insupportable entre la situation en France et en Italie. Alors qu'en Italie, la justice a été rendue, le procès des responsables n'a même pas commencé dans l'Hexagone. Quinze ans après les premières plaintes en France, une catastrophe sanitaire qui va faire plus de 100.000 morts n'a toujours ni responsable ni coupable, a déploré l'association.

En 2007, plus de 2 millions de tonnes d'amiante étaient encore consommées dans le monde. La Chine en est le principal utilisateur (30%), suivie de l'Inde (15%), de la Russie (13%), du Kazakhstan et du Brésil (5%).

Ce n'est qu'un début, le combat continue

Monsanto a fait appel. Le fait que leur produit soit interdit dans un nombre croissant de pays n'a pas l'air de les troubler beaucoup, puisqu'ils persistent à prétendre que ce n'est pas lui qui a détérioré la santé de Paul François et de bien d'autres agriculteurs exposés au même poison.

Pour Eternit, même son de cloche. Les avocats des accusés vont faire appel, procédure qui peut durer plusieurs années. Leur argument est que les deux condamnés n'ont pas eu de responsabilité directe dans cette tragédie. Si on les comprend bien, ce ne sont pas les responsables de l'entreprise qui sont coupables, c'est l'amiante.

Il n'empêche, la pression est désormais sur ces marchands de mort et les sentences prononcées hier sont un encouragement pour toutes les autres victimes d'entreprises nocives de par le monde. Vandana Shiva a fait fermer un nombre grandissant d'usines Coca Cola polluantes en Inde, Monsanto s'est fait jeter hors d'Haïti lorsqu'ils ont proposé leur "aide" après le tremblement de terre, Chevron a écopé de 18 milliards d'amende en Équateur, Shell a été condamné au Nigeria, Monsanto encore s'est vu interdire un nombre croissant de ses produits néfastes dans certains pays.

D'autres procédures, d'autres actions sont en cours. Ce n'est qu'un début, le combat continue.


Photos :
- Paul François (Reuters) - photo supprimée à la demande de son auteur
- Banderole devant le siège de Monsanto à Bron en 2005 (AFP)
- L'usine Eternit de Casale Monferrato fermée en 2009 (AFP)
- "L'être humain a plus de valeur que l'amiante et le profit du monde" (AFP)

17 janvier 2012

Pressions pro-OGM des US sur l'Europe

Des nouveaux messages révélés par Wikileaks montrent une offensive de grande ampleur contre l'Europe de diplomates américains pro-OGM aux côtés de Monsanto, allant jusqu'à des représailles sur les pays "coupables" comme la France. De nombreuses manœuvres et pressions ont également été organisées pour tenter d'obtenir du pape une déclaration de soutien aux OGM.

Diplomates américains et responsables de Monsanto main dans la main pour faire fléchir l'Europe

Les documents rendus publics établissent que diplomates, gouvernement américain et dirigeants de Monsanto travaillent main dans la main sur ce sujet qualifié de « stratégique » par les USA.

Un article du Guardian repris par Contre Info en expose les principaux détails.

Sanctions envisagées des US sur l'Europe si les OGM restent interdits

C'est à la suite du refus de la France d'autoriser le maïs OGM de Monsanto en 2007 - décision confirmée à nouveau il y a quelques jours après quelques rebondissements - que Craig Stapleton, ambassadeur US et ami de George Bush a demandé à Washington de pénaliser l’Union européenne et en particulier les pays qui n’approuvent pas l’utilisation des cultures OGM.

« L’équipe de Paris recommande que nous élaborions une liste de représailles ciblées, qui provoqueraient quelques douleurs à l’UE - puisqu’il s’agit d’une responsabilité collective - mais qui se focaliseraient également en partie sur les pires coupables. » a écrit Stapleton dans l'un de ses messages.

« Cette liste devrait [inclure des propositions] qui soient mesurées plutôt que brutales et pouvant être durable sur le long terme, car nous ne devons pas nous attendre à une victoire rapide. En effectuant des représailles, il sera clair que la voie suivie actuellement implique des coûts réels pour les intérêts européens, et cela pourrait aider à renforcer les voix européennes qui sont en faveur des biotechnologies ».

L’Espagne a apporté son soutien actif aux différentes actions menées par les US et par Monsanto, étant très en faveur des OGM.

Pressions pour obtenir une déclaration du pape favorable aux OGM

Par ailleurs, face à l'opposition farouche d'un grand nombre d’évêques catholiques aux OGM dans les pays en développement, les USA ont organisé une campagne intense de pressions sur les conseillers du pape pour tenter de lui faire déclarer publiquement son soutien aux OGM.

« Il existe des possibilités de faire avancer cette question avec le Vatican, et ensuite d’influencer un large part de la population en Europe et dans le monde en développement », indique l'un des câbles dévoilés par Wikileaks.

... mais échec total des manœuvres pro-OGM

Fort heureusement, l'activité de ces lobbyistes reste pour l'instant inefficace malgré l'ampleur des moyens qu'ils ont mis en œuvre. Le fait que BASF vienne d'annoncer l'arrêt du développement et de la commercialisation de ses OGM en Europe ne fait que confirmer la solidité du front anti-OGM qui prévaut chez nous.

29 septembre 2011

Vandana Shiva, la victoire des Neuf Graines

J'ai lu, que dis-je, j'ai dévoré le weekend dernier un livre passionnant de Lionel Astruc préfacé par José Bové. Il retrace les combats et les victoires de Vandana Shiva contre le pillage de la biodiversité, en particulier dans son pays, l'Inde.

vandana shiva couverture.jpgVandana Shiva est née en 1952 dans l'Uttar Pradesh, au nord de l'Inde, dans les contreforts de l'Himalaya. Son père, initialement ingénieur dans l'armée avec salaire confortable, avait tout plaqué pour devenir un modeste garde-forestier par amour pour sa mère, femme cultivée ayant choisi de devenir agricultrice par conviction philosophique. Très influencée par l'exemple de Gandhi qui filait son propre coton pour se vêtir, elle donnait à ceux qui s'étonnaient de son choix la même réponse que lui : "Pourquoi d'autres devraient-ils le faire à ma place?".

Le grand-père de Vandana a succombé à une grève de la faim lorsqu'elle avait 4 ans. Pour lui, l'instruction était la base de l'émancipation et il refusait l'idée dominante à cette époque interdisant aux femmes de suivre des études. Avec l'appui de tout son village, il avait alors cessé de se nourrir et de boire pour obtenir l'ouverture d'une école pour filles là où il vivait. Les dignitaires cédèrent, malheureusement trop tard pour qu'il puisse voir sa victoire. Aujourd'hui, l'école Chotty Ram existe toujours et accueille 3000 jeunes filles.

L'impasse du nucléaire

Vandana Shiva, profondément motivée par ces influences fortes, se lança dans des études brillantes et apprit la relativité et la mécanique quantique avec un professeur particulier pendant qu'elle suivait les cours de son collège. Arrivée à l'âge de 20 ans, elle était considérée comme une physicienne de haut niveau et grâce à l'obtention d'une bourse prestigieuse, devint au début des années 70 la seule femme employée à la Commission de l'énergie atomique indienne, aux côtés de l'élite du domaine. Jusqu'au jour où sa sœur Mira, qui s'était lancée dans la médecine, lui posa la question : "Sais-tu quels risques tu cours avec ce travail ? Sais-tu par exemple à quel niveau de radiations tu t'exposes ? Sais-tu que tu peux un jour accoucher d'enfants déformés si tu continues ?"

Avec une sincérité totale, Vandana alla directement poser ces questions à ses collègues, qui lui répondirent des banalités. Elle raconte encore aujourd'hui : "Je ne supporte pas que l'on fasse obstruction au progrès de la connaissance ! J'ai été profondément choquée mais aussi effrayée de voir que cette discipline en laquelle je croyais tant pouvait être à ce point instrumentalisée." Elle claque la porte de la Commission et quitte l'Inde pour le Canada, où elle se lance dans des études théoriques sur la mécanique quantique.

DSCN5687.jpgEnlacer les arbres

Elle avait entretemps rejoint un mouvement de femmes indiennes nommé Chipko, ce qui signifie "enlacer les arbres". Ce mouvement s'était créer spontanément en 1973 dans certains villages pour s'opposer à la déforestation de leurs terres menée par certaines firmes. Les femmes encerclaient de leurs bras les arbres par groupes de trois, malgré les intimidations et parfois les coups.

C'est de cette époque que provient une conviction profonde de Vandana : à ses yeux, les seuls "experts reconnus" de la Nature sont les paysans et en particulier les femmes qui connaissent chaque graine, chaque plante, chaque arbre, chaque écosystème dans tous leurs détails. En Inde, les femmes travaillent trois fois plus longtemps que les hommes dans une ferme et elles sont, là-bas comme ailleurs, les plus conscientes des nécessités fondamentales de la vie.

Ainsi est né le concept d'écoféminisme, central au reste de son action.

A peine sa thèse en mécanique quantique soutenue dans l'Ontario en 1978, elle revient en Inde pour agir au quotidien aux côtés de Chipko. Son premier succès est remporté contre une industrie minière qui détruit des collines et pollue gravement l'eau près de son village natal. Elle réunit tellement de données démontrant la nocivité des carrières en question qu'elle parvient à traîner l'entreprise minière en justice devant le Cour suprême de l'Inde et à la faire condamner. Le verdict stipule que "quand le commerce détruit la vie, alors ce commerce doit cesser et la vie continuer."

Les neuf graines

En 1987, elle assiste à un séminaire dont les médias n'ont jamais parlé. Il se tient à Bogève, village minuscule de Haute-Savoie. Il rassemble des représentants d'entreprises, d'associations, ainsi que des activistes et des scientifiques venus d'une vingtaine de pays, qui s'intéressent à l'impact des biotechnologies sur la santé et l'environnement dans le tiers-monde. Il s'agit du premier de tous les débats mondiaux sur les organismes génétiquement modifiés et la question des brevets sur le vivant.

DSCN5688.jpgCe qui va lancer le vrai combat de Vandana Shiva, ce ne sont pas les déclarations des activistes mais des industriels présents. Ces derniers évoquent leurs plans pour développer les OGM et prendre le contrôle des semences par le dépôt massif de brevets. Ils ajoutent qu'une concentration de leurs entreprises sera indispensable pour qu'il ne reste que quelques multinationales hyper-puissantes. C'est exactement ce qui s'est produit dans les années qui ont suivi, avec entre autres le rachat de de presque tous les semenciers de la planète par Monsanto.

Dans l'avion qui la ramène en Inde, Vandana essaie de résumer les choses avec un graphique. Elle voit dans l'histoire récente de l'humanité trois révolutions majeures : la révolution industrielle, la révolution chimique et celle qu'elle entrevoit, la révolution des graines. Elle va poser les bases de son combat en ces termes : de quel droit allait-on empêcher les paysans de reproduire eux-mêmes leurs semences ? Et pourquoi devraient-ils payer ce que la Terre leur offre gratuitement ?

Dans les mois et les années qui suivent, elle va créer et donner de l'ampleur une association qu'elle nomme Navdanya, ce qui signifie en hindi les neuf graines mais aussi le don renouvelé. Ce nom fait référence à une coutume paysanne. Pour savoir quelles semences planter pour la saison à venir, ils plantent neuf graines dans un pot le premier jour de la saison et regardent celles qui se développent le mieux au bout de neuf jours.

Le but de Navdanya va être de collecter, protéger et reproduire les multiples semences anciennes connues de tout temps par les paysans et de faciliter leur diffusion à qui en veut, plutôt que de recourir aux semences industrielles de bien moindre qualité et qui, de plus, rendraient les paysans esclaves des multinationales. Ils sont aujourd'hui plus de 500 000 à bénéficier en Inde de ce système d'échange basé sur le partage.

DSCN5684.jpgLes autres combats

Vandana Shiva est rapidement devenue l'une des altermondialistes les plus connues, aux côtés de José Bové, Teddy Goldsmith (créateur en 1969 de la revue The Ecologist), Maude Barlow qui lutte depuis 1990 sur la préservation de l'eau et le rôle central de la femme, et Jerry Mander, auteur de nombreux livres contre la croissance depuis les années 70. Ils ont mené plusieurs combats ensemble, faisant plier Coca-Cola qui implantait des usines polluantes en Inde ou manifestant contre l'OMC à Seattle en 1999.

Le livre sur Vandana raconte bien d'autres histoires, plus passionnantes et porteuses d'espoir les unes que les autres, en particulier sur le rôle de Darwan, jeune assistant de Vandana devenu son plus proche second grâce à ses réussites remarquables auprès de paysans à qui il a redonné non seulement leur savoir ancestral mais leur dignité, après une vague de suicides effarante dans leurs rangs (40 000 en 20 ans), liée à la diffusion de semences industrielles et de pesticides qui finissaient par ruiner des familles par dizaines de milliers.

Je vous en recommande la lecture avec la plus grande force.

Très belle journée à vous

DSCN5686.jpgVandana Shiva, victoires d'une Indienne contre le pillage de la biodiversité
Un livre de Lionel Astruc, préfacé par José Bové.
Editions Terre Vivante www.terrevivante.org
Prix : 18 €, 190 pages
ISBN 978-2-36098-043-7

Vandana Shiva sur Twitter : http://twitter.com/#!/drvandanashiva
Le site de Navdanya : http://www.navdanya.org

Les photos qui illustrent cet article sont tirées du livre.

18 janvier 2011

Un viticulteur meurt d'une "maladie professionnelle" due aux pesticides

214142_14545999_460x306.jpgPhoto Paul François, l'agriculteur intoxiqué par les produits chimiques, aux côtés de son ami Benoît Biteau, élu régional en Poitou-Charentes et éleveur de races menacées de disparition. Photo DR - Source Sud Ouest

Vous vous en souvenez peut-être, Jean-Paul Jaud est une personne dont j'admire les engagements et dont j'ai parlé à plusieurs reprise sur le blog (lire Severn, la voix de nos enfants, Nos enfants nous accuseront, le DVD et Nos enfants nous accuseront).

J'ai reçu cette information de sa part hier et comme je suis convaincue qu'il n'y a pas de vain combat, je vous livre les choses telles qu'elles sont, parce que plus nous serons au courant, plus nous pourrons agir pour les générations à venir.

Un viticulteur meurt d'une "maladie professionnelle" due aux pesticides

Yannick Chénet, 45 ans, viticulteur à Saujon (Charente-Maritime) s'est éteint samedi soir des suites d'une leucémie reconnue comme maladie professionnelle par la Mutualité sociale agricole. Il avait notamment témoigné dans le film "Severn" de Jean-Paul Jaud sur le danger des pesticides.

Dans ce long métrage, Yannick Chénet livrait un témoignage poignant sur sa maladie : « Les produits qui m'ont empoisonné et ceux qu'on me donne pour me guérir sont fabriqués par une seule et unique firme. »

« Severn », l'ode à la vie en guerre contre l'agriculture intensive

Le cinéaste Jean-Paul Jaud est parti en guerre contre l'agriculture intensive. Son second film sur ce sujet, tourné en partie dans notre région, tape juste. Et fort.

Tous les amateurs de football connaissent Jean-Paul Jaud, l'homme qui, aux débuts de Canal+, a apporté une vraie révolution dans l'art et la manière de retransmettre les matches.

Par contre, beaucoup d'entre eux ignorent que cet individu entier a toujours refusé de devenir salarié de la chaîne, tenant trop à sa liberté. Une liberté lui ayant permis de mener à sa guise son métier de cinéaste et de réaliser nombre de documentaires basés sur la même trame, celle des saisons. Sa série des « Quatre saisons » l'a conduit dans maints univers : le bassin de Marennes-Oléron, pays de son enfance, les cuisines du chef étoilé Guy Savoy, les vignes et les chais de Château d'Yquem.

Il s'est également penché avec délice sur les variations de la vie d'un berger pyrénéen, selon que le soleil brille ou que tombe la neige. Le berger de Jaud, devenu son ami, avait une drôle d'habitude. À longueur de temps, il se régalait d'oignons crus cultivés dans son propre jardin, sans autre ajout qu'un compost naturel. Le cinéaste, séduit par ce régime, a pris l'habitude, dès son retour à Paris, de faire provision d'oignons au supermarché du coin.

Le jour où il a appris qu'il souffrait d'un cancer, il a hurlé à l'injustice. Comment un homme comme lui, incapable du moindre excès de table, sobre comme un chameau, non-fumeur, sportif, avait-il pu être ciblé par la maladie ? Au fil de ses discussions avec les médecins, il s'est persuadé - et on ne lui a pas dit le contraire - que les produits chimiques de l'agriculture intensive déversés sur sa plante potagère préférée étaient la cause de son malheur. Il s'est soigné. On lui a assuré qu'il était guéri. Il a alors pu entamer sa croisade. Avec son arme de destruction massive : sa caméra.

Succès inespéré

C'est ainsi que, voilà deux ans, est sorti « Nos enfants nous accuseront », terrible réquisitoire contre les pesticides, les herbicides et autres saloperies du même tonneau. En fait, un film d'espoir, puisque son fil rouge racontait l'arrivée tranquille des produits bio à la table de la cantine scolaire de Barjac, petit village du Gard. Quel contraste avec les images d'agriculteurs déversant des tonnes de produits toxiques sur leurs arbres fruitiers et venant confier en pleurant qu'après chaque épandage, ils étaient victimes de saignements de nez des semaines durant. Ce documentaire a réalisé une performance formidable. Un succès inespéré : 300 000 entrées pour une sortie avec seulement vingt copies dans toute la France ! Preuve que lorsque le bouche-à-oreille s'y met…

Le 10 novembre prochain, une nouvelle attaque virulente est programmée avec la sortie du second étage de la fusée, un film titré « Severn, la voix de nos enfants ». Mais, déjà, Jean-Paul Jaud a repris son bâton de pèlerin, sillonnant le pays pour des projections en avant-première suivies de débats. La Rochelle, Saintes, Marmande (1) ont constitué quelques-unes de ses étapes dans notre région.



Autant le dire tout de suite, « Severn » tape encore plus fort que la réalisation précédente. Il est construit de la même façon. Critiques virulentes des pratiques d'un monde marchant sur la tête avec en face des messages d'espoir venant de partout sur notre planète et montrant qu'il est possible d'envisager les choses autrement.

Yannick, poignant

Là aussi, il y a un fil rouge. Particulièrement émouvant. Celle qui revient sans cesse, fabuleux leitmotiv, s'appelle Severn Cullis-Suzuki. Elle avait 12 ans, en 1992, lorsqu'elle s'est adressée aux puissants, aux chefs d'État et de gouvernement réunis à Rio pour le Sommet de la Terre. Elle les a copieusement enguirlandés à cause de la couche d'ozone, des animaux et des plantes s'éteignant tous les jours, disparus à jamais. « Ce que vous faites me fait pleurer la nuit ! » s'était alors exclamée cette gamine que Jean-Paul Jaud a retrouvée dans son île canadienne. Elle est devenue une femme ayant donné la vie à un petit garçon durant le tournage…

Espoir. Jaud montre quantité de raisons d'espérer dans « Severn ». Depuis le Japon, le Canada, la France. Avec des images superbes. Mais partout, crûment, il filme des désastres, des catastrophes. On n'en retiendra que deux, parce que proches. La première victime s'appelle Paul François. C'est un agriculteur de Charente touché par une grave intoxication après avoir respiré le solvant d'un herbicide produit par Monsanto (voir le tag OGM et surtout, si on a le coeur : Le Monde selon Monsanto).

Seconde victime, Yannick Chénet, viticulteur de Charente-Maritime, frappé par une leucémie causée par les produits liés au traitement de la vigne - cela a fini par être prouvé. Yannick a été guéri après une greffe de moelle osseuse. Aujourd'hui, le rejet de cette greffe est cause de multiples malheurs.

Et soudain, dans le film, il lâche cette phrase terrible : « Les produits qui m'ont empoisonné et ceux qu'on me donne pour me guérir sont fabriqués par une seule et unique firme. »

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11 juillet 2010

Monsanto condamné aux USA

monsanto_ogm_coton.jpgLes USA sont majoritairement pour les OGM depuis longtemps. L'évènement prend donc une signification particulière : Monsanto a été condamnée à une amende de 2,5 millions de dollars pour vente non autorisée de coton OGM dans ce pays.

L'Agence de protection de l'environnement (EPA) reproche au leader mondial des OGM d'avoir violé plus de 1 700 fois la législation lui interdisant de vendre des cotons génétiquement modifiés dans certaines régions du Texas, où, par crainte d'une résistance aux pesticides, ces variétés avaient été interdites.

Les cotons Monsanto Bollgard et Bollgard II ont été vendus entre 2002 et 2007 sans respecter les mises en garde sur les étiquettes et dans les manuels d'utilisation, relève l'administration américaine.

Monsanto s'est dit d'accord pour s'acquitter de l'amende et l'administration américaine s'est empressée de communiquer sur le fait que « quand une société viole la loi en distribuant des pesticides mal étiquetés, l'EPA réagit. »

Pour Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l'environnement, cette décision représente un « tournant dans l'histoire des OGM voire un coup de tonnerre… » Il détaille son analyse à Rue89 :

« Je ne dis pas qu'on est passés de la lune de miel au divorce, mais il y a une modification des rapports entre l'administration américaine et cette société-là, dans un contexte marqué par la marée noire de BP et la perte de confiance dans la parole de ces grandes sociétés. »

Le juriste souligne le décalage entre le droit américain qui laisse l'administration Obama impuissante face à la marée noire de BP, mais qui est très ferme lorsqu'on se trouve sur terre.

Bientôt une police de l'environnement chez nous ?

L'Agence de protection de l'environnement (EPA) a des pouvoirs d'enquête, de contrôle et de sanction, bref c'est une vraie « police de l'environnement » comme il n'en existe pas en France.

L'ancien porte-parole de France Nature Environnement confie d'ailleurs :

« Une réflexion existe en France parmi les responsables environnementaux pour savoir si on ne devrait pas se doter d'une agence équivalente à l'EPA. Je pense que cette décision va accélérer les choses. Pendant longtemps, l'administration française était dans une grande misère vis-à-vis des OGM, alors que si on se dotait d'une telle agence, on aurait une vraie force de contrôle. »

La sanction infligée à Monsanto illustre parfaitement l'un des paradoxes américains qui est, « contrairement à nous, Européens, de faire a priori confiance au progrès scientifique, mais ensuite d'être beaucoup plus sévère dans l'application des règles », remarque encore le juriste.


Source : Rue 89
Photo : un champ de coton au Texas (Kimberley Vaderman/Flickr)

29 mai 2010

Monsanto veut faire main basse sur Haïti

Monsanto a proposé il y a quelques semaines d'offrir 476 tonnes de semences à Haïti. Il s'agit, on s'en doute, de graines dites "hybrides". Autrement dit, elles sont impossibles à resemer et mettent les paysans dans l'obligation d'en racheter tous les ans. Une pure pratique de dealer : on offre la première dose et ensuite, quand le client est en dépendance, on lui vend les autres au prix fort et à vie.

monsanto31.jpgCe don pseudo-humanitaire est soutenu par le programme d'aide au développement américain Winner, qui vise à reconstruire l'infrastructure agricole en Haïti.

La bonne nouvelle ? Les paysans haïtiens ne sont pas stupides. La proposition de Monsanto a déclenché une vague d'indignation, suite à un article du curé Jean-Yves Urfié qui dénonce le « cadeau empoisonné » de Monsanto.

Le ministre de l'Agriculture Joana Gué et Monsanto ont cependant démenti qu'il s'agissait de graines OGM. Mais Jean-Yves Urfié ne désarme pas et prédit la « fin de l'indépendance des agriculteurs » haïtiens :

« En Haïti, il n'y aura bientôt plus que des semences Monsanto. […] La multinationale fait toute une publicité autour de ce don de semences qui serait un cadeau généreux. Mais les agriculteurs haïtiens qui voudront disposer du droit de resemer pour leurs récoltes futures devront payer des royalties à Monsanto. »

Beverly Bell, de l'association Other Worlds, qui travaille à la reconstruction d'un « Haïti plus juste », explique à Rue89 les enjeux cachés de ce don :

« Le don de Monsanto n'est pas destiné à aider les Haïtiens, c'est un cheval de Troie de la firme dans le but de contrôler le futur agricole d'Haiti. Après le tremblement de terre, 500 000 personnes ont été déplacées vers la campagne. Des appels aux dons ont été faits pour combler le manque de nourriture. Il n'est pas surprenant que Monsanto ait profité de l'espace libre pour exploiter les besoins des Haïtiens et exporter ses graines. »

le-monde-selon-monsanto.jpgEn effet, les graines de maïs de Monsanto ne pouvant être resemées, les agriculteurs devront en racheter à Monsanto les années suivantes.

Toujours dans le même article de Rue89, Jean-Pierre Ricot explique qu'il s'agit d'une logique de marché inadéquate avec la culture paysanne d'Haïti. Ricot est économiste à la PAPDA (Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif) :

« Les paysans haïtiens ont traditionnellement la capacité de produire et de reproduire leur propre semence, organique et créole, à destination de leur famille et du marché local. Monsanto veut intégrer les agriculteurs sur un marché qu'ils ne contrôlent pas en matière de qualité de semence et de prix. Les paysans devront racheter les graines à replanter, les pesticides et les engrais de Monsanto [nécessaires à la productivité de ces graines], alors qu'ils n'ont pas de ressources. Monsanto veut faire du paysan haïtien un assisté plutôt qu'un producteur. »

Jean-Baptiste Chavannes, leader du Mouvement paysan papaye (MPP) a qualifié le don de Monsanto de « nouveau tremblement de terre », enjoignant les agriculteurs à brûler toutes les graines de maïs provenant du ministère de l'Agriculture. Une marche de protestation est prévue pour le 4 juin.

Pour Beverly Bell, il y a un risque que ces graines hybrides laissent place à des OGM les années suivantes, comme cela a été le cas dans d'autre pays : « Les paysans seront obligés de racheter des graines même si ce sont des OGM. »

L'inquiétude est d'autant plus justifiée que Monsanto a souvent eu recours à ce genre de pratiques partout dans le monde, comme le montre le documentaire « Le monde selon Monsanto ».

En outre, les Haïtiens n'ont pas manqué de remarquer que le directeur général du projet Winner n'est autre que Jean-Robert Estimé, ancien ministre des Affaires étrangères pendant 29 ans sous la dictature des Duvalier.


Les éléments de cette note proviennent de l'article de Jérôme Brisson paru dans Rue89 : Le futur agricole d'Haïti selon l'américain Monsanto
L'affiche Monsantoland est tirée de l'article La philanthropie de Monsanto: comment défendre les pauvres ? (Mecanopolis)

29 avril 2010

Les OGM rendent des mammifères stériles

rats ogm.gifUne nouvelle étude menée par une équipe de chercheurs russes sur des hamsters pendant deux ans montre que la consommation de soja OGM conduit à une diminution rapide de la fertilité, voire sa disparition totale. Les résultats ont été présentés à la presse en Russie dans le cadre de l'ouverture dans ce pays des Journées de Défense contre les Risques Environnementaux.

L'étude a été menée par l'Association Nationale pour la Sécurité Génétique et l'Institut de l'Écologie et de l'Évolution. L'espèce de hamsters a été choisie pour deux raisons : il s'agit de mammifères et leur taux de reproduction est élevé.

Quatre groupes d'animaux ont été créés. Le premier était nourri avec des aliments sans soja. Le second avait une nourriture contenant du soja conventionnel. Le troisième a été alimenté avec en complément du soja OGM. Le quatrième groupe a eu la même alimentation mais avec une proportion plus élevée de soja OGM que le troisième.

Les quatre groupes ont eu en tout 140 petits, formant une deuxième génération. Et eux-mêmes ont eu des petits de troisième génération. Ceux de cette dernière génération qui n'ont jamais consommé de soja ont eu 52 naissances. Ceux qui ont consommé du soja traditionnel, 78. Ceux du troisième groupe nourri au soja OGM n'ont eu que 40 petits dont 25% sont morts peu après leur naissance. Dans ceux du quatrième groupe (haute dose d'OGM), une seule femelle a donné naissance à 16 petits dont 20% sont morts rapidement. De plus, certains des nouveaux-nés des groupes OGM avaient des poils sur l'intérieur de la bouche, ce qui ne se produit pas de façon naturelle.

Les résultats de cette étude sont en bon accord avec d'autres du même genre menées en France et en Autriche. Les études françaises qui ont conclu au danger potentiel de maïs OGM (le Monsanto Mon810) pour les mammifères sur une durée beaucoup plus restreinte ont conduit à une interdiction immédiate de ce produit dans notre pays. Il va être intéressant de voir ce que sera l'impact de l'étude russe, de bien plus grande ampleur, sur l'ensemble de l'industrie des OGM.


Source : Russia says genetically modified foods are harmful


15 mars 2010

OGM autorisés en Europe, demandons un moratoire

Nous relayons ci-dessous un message d'Avaaz. La Commission Européenne vient d'autoriser la culture de plantes génétiquement modifiées, plaçant les profits du lobby OGM avant les préoccupations sanitaires des citoyens. Cliquez ci-dessous pour signer la grande pétition citoyenne et nous aider à atteindre 1 million de signatures appelant à une recherche scientifique indépendante et à une forte régulation des OGM

Chers amis,

Signez la pétition!

La Commission Européenne vient d'autoriser la culture d'organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l'Union Européenne pour la première fois depuis 12 ans!

Cédant au lobby pro-OGM, la commission a ignoré l'avis de 60% des Européens qui estiment que nous devons d'abord établir les faits avant de cultiver des plantes qui pourraient menacer notre santé et notre environnement.

Une nouvelle initiative permet à 1 million de citoyens européens de présenter officiellement des propositions de loi à la Commission Européenne. Rassemblons un million de voix pour demander un moratoire sur les plantes OGM jusqu'à ce que la recherche soit menée à terme. Cet appel sera remis au Président de la Commission Européenne Barroso. Signez la pétition et faites suivre ce message à vos amis et vos proches:

http://www.avaaz.org/fr/eu_health_and_biodiversity/?vl

Les associations de défense des consommateurs, de l'environnement, de la santé publique et les syndicats paysans se mobilisent depuis longtemps contre l'emprise exercée par les multinationales productrices d'OGM sur l'agriculture européenne. Les préoccupations liées à la culture de plantes génétiquement modifiées incluent: la contamination des cultures biologiques et du reste de l'environnement; l'impact sur le climat en raison d'un besoin excessif en pesticides; la destruction de la biodiversité et de l'agriculture locale; et enfin les effets des plantes OGM sur la santé.

Certains États membres de l'Union ont fait part de leur vive opposition à la décision prise il y a quelques jours et qui autorise la culture de la pomme de terre produite par BASF et de variétés de maïs Monsanto. L'Italie et l'Autriche s'y opposent et la France a demandé la poursuite de la recherche scientifique.

Il n'y a toujours pas de consensus quant aux effets des OGM sur le long terme. Et c'est l'industrie des OGM, faisant passer le profit avant la santé publique, qui finance la recherche scientifique et influence le cadre réglementaire. C'est pour cela que les citoyens européens réclament l'indépendance de la recherche et davantage de tests et de précautions avant que ces plantes ne soient dispersées dans la nature.

Aujourd'hui, "l'Initiative Citoyenne Européenne" donne à 1 million de citoyens européens la possibilité de soumettre à la Commission Européenne des propositions de loi et nous offre une chance unique de contrer l'influence des lobbyistes.

Faisons entendre 1 million de voix pour obtenir un moratoire sur l'introduction de plantes génétiquement modifiées en Europe et mettre en place un organisme éthique et scientifique indépendant chargé de mener à bien la recherche et la régulation des OGM. Signez la pétition maintenant et diffusez largement l'appel:

http://www.avaaz.org/fr/eu_health_and_biodiversity/?vl

Avec détermination,

Alice, Benjamin, Ricken, Raluca, Luis, Graziela et toute l'équipe d'Avaaz.

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