06 mai 2011

Muhammad Yunus et le social business

Passionnante interview ce matin sur France-Info de Muhammad Yunus, pionnier du micro-crédit et prix Nobel de la Paix. A l'occasion de son passage à Paris où il est arrivé il y a une quinzaine de jours, il a vanté les mérites du social business, que l'on peut traduire en français par entrepreneuriat social. Par ce biais, les grandes entreprises peuvent contribuer au bien-être de populations défavorisées aux côtés des initiatives individuelles bien plus modestes.

muhammad-yunus.jpgMuhammad Yunus a expliqué que le "social business" visait à trouver des solutions à des grands problèmes de santé publique ou d'environnement mais sans l'objectif de faire du profit. Deux entreprises françaises de premier plan se sont impliquées au Bangladesh : Veolia, qui y produit à très bas prix une eau potable de première qualité et Danone, qui diffuse à prix coûtant des yaourts enrichis en nutriments essentiels aux enfants.

Dans les deux cas, des coentreprises ont été créées avec la Grameen Bank.

Grameen Veolia Water (détenue à 75% par Veolia) fournit de l'eau potable par traitement de l'eau de rivière dans le village de Goalmari, une région où l'eau des puits est contaminée par l'arsenic.

"Beaucoup de systèmes d'accès à l'eau se sont effondrés par l'arrêt d'aides extérieures. L'idée est donc d'un équilibre économique, sans subvention, mais en contrepartie de ne pas attendre de profit à court terme", a précisé Antoine Frérot, PDG de Veolia. "Pas de pertes, mais pas de dividendes", a-t-il résumé.

C'est Muhamad Yunus qui a fixé le prix maximal de l'eau afin qu'elle soit accessible aux habitants. Sur cette base, Veolia vise à compenser ses investissements et à être à l'équilibre d'ici 2014-2015.

Il en est de même pour Grameen Danone, dont la création a été décidée par Frank Riboud, le PDG de Danone, à la suite d'une rencontre faite avec Muhamad Yunus. Le but a été de répondre aux problèmes majeurs de malnutrition des enfants du Bangladesh. Les yaourts produits contiennent des éléments nutritifs qui compensent la plupart des déficiences alimentaires et favorisent ainsi un développement physique normal des enfants. Là encore, les yaourts sont vendus à très bas prix et ne rapportent aucun bénéfice à Danone.

D'autres projets montés par Muhamad Yunus ont concerné des entreprises allemandes (BASF, Adidas), japonaises (Uniqlo) ou américaines (Intel).

17 mars 2009

Une économie basée sur le désintéressement

1141636057.jpgLe prix Nobel de la Paix, Muhammad Yunus, appelle à profiter de la crise économique mondiale pour créer un système financier "pour le peuple" et pas "pour les plus riches". Selon lui, à la tourmente financière s'ajoutent les crises alimentaire, énergétique et climatique, plus anciennes mais passées au second plan. "Toutes ces crises ont la même origine, elles sont nées des failles structurelles de notre système", selon Muhammad Yunus, pour qui "l'économie actuelle est exclusivement tournée vers la maximisation des profits".

"Tant que les choses fonctionnent à peu près, personne ne veut rien changer, mais maintenant que ça ne marche plus, c'est le bon moment" pour réformer le système, a estimé le prix Nobel. "Le système financier doit être entièrement repensé. Il ne fonctionne pas pour le peuple de toute façon! Pour les riches, oui! Les grandes entreprises, oui! Mais pas pour le peuple", a-t-il martelé.

Evoquant les financiers américains, il a relevé qu'un "petit nombre de personnes d'un seul pays avaient crée une situation désastreuse pour le monde entier", un paradoxe qui démontre "la fragilité du système" capitaliste actuel. "Les vrais victimes de cette crise sont des gens qui n'y sont pour rien. Ceux sont eux qui vont perdre leurs emplois, revenus et gagne-pain", a-t-il souligné. "Il n'y a pas de plan de sauvetage pour eux!". Muhammad Yunus a proposé de fonder un nouveau système "basé sur le concret et non pas sur les rêves" de certains professionnels de la finance.

Il a donné l'exemple de la banque du micro-crédit qu'il a fondée en 1976 pour financer les projets de villageoises bangladaises n'ayant pas accès aux crédits bancaire habituels. Trente ans après le lancement du concept, les prêts accordés sans conditions de ressources sont remboursés dans 98% des cas.

"L'économie mondiale a aujourd'hui une capacité technologique sans précédent dans l'histoire humaine, mais qui ne sert qu'à faire de l'argent", a déploré Muhammad Yunus. Il a suggéré que les richesses produites par les entreprises soient réinjectées dans une "économie sociale, pour changer le monde". "L'économie actuelle ne s'appuie que sur l'égoïsme des hommes", a-t-il déploré, appelant à construire en parallèle "une économie basée sur le désintéressement".


Source : E24.fr


A lire aussi, les notes :

Economie verte et emploi et Un geste d'amour.


30 septembre 2008

Economie verte et emploi

Rapport de l'OIT : L'économie "verte" promet des millions d'emplois

La croissance verte n'est pas l'ennemie de l'emploi. Au contraire. Le jugement est rendu par l'arbitre le plus intraitable en la matière, l'Organisation internationale du travail (OIT), et s'appuie sur l'inventaire le plus exhaustif jamais réalisé des emplois verts dans le monde.

Ce rapport, intitulé "Pour un travail décent dans un monde durable à faibles émissions de carbone", publié mercredi 24 septembre, a été élaboré conjointement avec le Programme des Nations unies pour l'environnement et le Worldwatch Institute. Il évalue à l'horizon 2030 le potentiel d'emplois que porte la mutation - encore timide - vers une économie moins polluante.

Ces "emplois verts" à venir, qui "contribuent à la préservation ou au rétablissement de la qualité de l'environnement", selon la définition retenue, se comptent en dizaines de millions. Si, comme dans toute transition, il y aura entre les différents secteurs d'activité des gagnants et des perdants, le bilan sera au bout du compte positif, affirme le rapport. "C'est notre contribution à la négociation internationale sur le climat, résume Peter Poschen, conseiller pour le développement durable à l'OIT.

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Ce rapport montre qu'une mutation vers une économie pauvre en carbone n'est pas un danger pour l'emploi." Autrement dit, les gouvernements ne peuvent avancer cet argument pour se soustraire à l'effort collectif que réclament la lutte contre le changement climatique et la dégradation de l'environnement.

Environ une centaine de millions d'emplois sont aujourd'hui générés par les énergies renouvelables, les activités de recyclage, de traitements des déchets, les nouveaux modes de construction... C'est peu au regard des 3 milliards d'actifs que compte la planète mais toutes ces activités sont en forte croissance.

Le marché des produits et des services environnementaux est évalué à 1 370 milliards de dollars par an aujourd'hui. Il devrait doubler d'ici à 2020. En Allemagne, le secteur des technologies de l'environnement devrait quadrupler pour atteindre 16 % de la production industrielle d'ici à 2030. Il fournirait alors plus d'emplois que les secteurs de l'automobile et de la machine-outil réunis, les deux vitrines de l'industrie outre-Rhin.

Dans son plaidoyer, l'OIT montre qu'abandonner les énergies fossiles ou mettre en oeuvre une politique d'économies d'énergie dans l'habitat tout en s'attaquant à deux des principales sources d'émissions de gaz à effet de serre se traduiraient par une croissance plus riche en emplois. Le secteur des énergies renouvelables crée déjà, au niveau mondial, plus de nouveaux postes que ceux générés chaque année par les secteurs produisant de l'énergie à partir de ressources fossiles.

"Les centrales à charbon sont de plus en plus gigantesques et utilisent de moins en moins de main d'oeuvre", observe le rapport. En Chine, par exemple, là où 1 000 ouvriers étaient autrefois nécessaires pour produire 100 mégawatts, il n'en faut plus que 270 pour une production dix fois supérieure.

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A l'inverse, toutes les études réalisées sur les énergies renouvelables démontrent une plus forte intensité en main-d'oeuvre, le "premier prix" revenant à la production d'énergie solaire photovoltaïque. Cette technologie a en plus, aux yeux de l'OIT, le mérite d'être accessible aux populations pauvres privées d'électricité. "Nous cherchons depuis vingt ans comment dépasser le coût insurmontable que représente, dans les régions déshéritées, le coût d'un raccordement à des réseaux électriques classiques.

Les renouvelables nous donnent une des clés de la solution. Et lèvent ainsi un des principaux obstacles au développement", observe Peter Poschen. Au Bangladesh, le fondateur du microcrédit et Prix Nobel de la paix, Muhammad Yunus, a aidé 100 000 foyers ruraux à s'équiper de systèmes solaires domestiques. Un million de familles pourraient en bénéficier d'ici à 2015.

Pour autant, l'OIT ne verse pas dans une vision angélique de l'économie verte. La défense des droits du travail reste le fondement de sa mission, et elle sait pointer les pratiques condamnables observées dans le secteur des agrocarburants ou dans les métiers du recyclage qui emploient des millions de personnes dans les pays en développement.

Elle reconnaît que cette révolution verte se heurte déjà à deux problèmes : son financement et une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée dont se plaignent l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l'Australie, le Brésil, la Chine... La crise financière mondiale risque, qui plus est, de geler bon nombre d'investissements.

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A moins que les gouvernements ne décident qu'ils auraient finalement tout à gagner à relancer l'économie en traitant les maux de la planète. Il y a quelques jours, des chercheurs de l'université du Massachusetts ont suggéré à George Bush d'opter pour une relance verte. Avec de solides arguments en ces temps de campagne électorale. Pour 100 milliards de dollars investis dans des technologies propres, ces chercheurs promettent d'ici deux ans, outre une moindre dépendance énergétique du pays, 2 millions d'emplois, soit quatre fois plus, disent-ils, que si cet argent était investi dans l'industrie pétrolière, et 300 000 de plus que s'il était distribué sous forme de baisse d'impôts aux contribuables.

Quelques chiffres :

2,3 millions d'emplois ont été créés dans le secteur des énergies renouvelables au cours des dernières années. Les prévisions tablent sur 20 millions d'emplois supplémentaires d'ici à 2030, principalement pour des énergies issues de la biomasse ou du solaire.

2 à 3,5 millions d'emplois pourraient être créés aux Etats-Unis et en Europe si des grands chantiers d'efficacité énergétiques dans le secteur de la construction étaient lancés.

148 milliards de dollars ont été investis dans les technologies propres en 2007, un chiffre en hausse de 60 % sur un an.
19 %, c'est la part du capital-risque investi dans les technologies propres en Chine. Leur part a doublé en quelques années. Aux Etats-Unis, les technologies bénéfiques à l'environnement sont le troisième secteur privilégié par les investisseurs derrière les communications et les biotechnologies.


Laurence Caramel
(Source Le Monde.fr du 25 septembre 2008)






Miss You

31 mars 2008

Un geste d'Amour

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Sampang parlait de Angun, de sa chanson "Un geste d'amour", Angun qui est la marraine du prix Micro environnement qui fait en ce moment des affiches superbes que je voulais utiliser pour illustrer cette note...

En fait, ce matin, j'ai lu ce bel article, passeur d'espoir :

Muhammad Yunus, un Nobel "prêteur d'espoir"

"On peut éradiquer la pauvreté"


Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix 2006, rencontre aujourd'hui le président de la République. Dans son dernier livre, Vers un nouveau capitalisme, aux éditions JC Lattès, celui qui a été surnommé "le banquier des pauvres" pense qu'il est possible de faire rimer altruisme et efficacité économique. Utopie ? Oui, certainement. Mais une utopie que l'on prend au sérieux, quand elle sort de la bouche de celui qui a sauvé des millions de personnes de la pauvreté.

Après le microcrédit, c'est une nouvelle révolution que vous nous proposez...
En quelque sorte... Les gens ont du mal à comprendre le concept du "social business" simplement parce qu'ils ne comprennent pas que l'on puisse entreprendre sans chercher à gagner de l'argent. Mais dans toutes les activités que j'ai développées, et notamment le microcrédit, je n'ai jamais cherché à faire de l'argent, et je m'en porte très bien. Il y a un manque cruel dans notre système économique actuel, puisqu'il ne permet pas aux gens de faire de "bonnes actions" et de développer leur côté altruiste.

Vous pensez vraiment que les gens vont travailler sans chercher à faire de l'argent ?
Ils le font tous les jours ! L'être humain n'est pas qu'une machine à faire de l'argent, comme nous le suggèrent la plupart des théories économiques ! L'être humain est multidimentionnel. Prenez la peinture : des personnes dédient leur vie à la peinture, sans jamais réussir à en vivre. Et ce n'est pas parce que cette personne ne correspond pas aux critères habituels d'une économie de marché qu'elle est folle. C'est ce nouveau domaine que j'essaie de mettre en oeuvre, afin de faire reconnaître la " multidimensionnalité" de l'être humain.

En quoi consiste un "social business" ?
Un "social business" est une entreprise comme une autre. Sauf qu'une entreprise normale n'a qu'un but : gagner de l'argent, et en gagner encore plus. Un "social business" obéit à un objectif social. La société se donne comme objectif de réduire la malnutrition, par exemple, ou d'apporter l'eau ou l'électricité dans des zones reculées d'un pays. Ou encore de faire reculer le nombre d'analphabètes. Bien sûr, comme toute entreprise, elle devra réfléchir à la manière de gagner de l'argent et d'équilibrer ses comptes, afin d'être financièrement viable. Mais ce n'est pas son objectif premier, et elle ne cherchera pas à maximiser ses profits au détriment de l'objectif "social" qu' elle s'est fixée.

Il y a déjà des organisations qui s'occupent de développement social...
Oui. Mais dans notre monde libéral, aider les autres va à l'encontre de nos principes économiques. On relègue ces questions aux gouvernements, à la charité. Je pense qu'il y a une autre voie possible. On peut améliorer le sort de son prochain grâce à une entreprise aux objectifs différents. Elle pourrait elle aussi attirer des investisseurs, qui recouvreront leurs investissements, puisqu'un "social business" est une entreprise qui doit être rentable. Par contre, une fois que les investisseurs ont recouvré leur mise, les bénéfices restent au sein de la société, afin qu'elle finance son développement.

Concrètement, un "social business", ça serait quoi ?
Regardez la joint-venture que Grameen Trust a créée avec Danone en 2006. Au Bangladesh, cette société, la Grameen Danone, s'est donné pour objectif de réduire la malnutrition infantile. Pour cela, nous avons développé un yoghourt enrichi. Danone a contruit une petite usine, contrairement à ses habitudes. Ainsi, nous nous fournissons auprès des producteurs de lait locaux. Nous avons même accordé des microcrédits afin que des personnes puissent se payeer une vache pour vendre leur lait à l'usine. La distribution des yoghourts est locale, assurée par des femmes qui ont obtenu un microcrédit pour devenir "vendeuses-yoghourt".

L'entreprise est rentable ?
Nous avons réduits les coûts au minimum, afin d'assurer la rentabilité de l'usine. Cet objectif est atteint. Mais nous avons besoin d'un peu plus de temps pour savoir si notre social-business a atteint son but premier : réduire la malnultrition infantile.

Microcrédit, social business... et après ?
Je veux que chaque pays érige son musée de la pauvreté, quand il aura éradiqué la pauvreté à l'intérieur de ses frontières. Cela semble fou, mais il est possible d'éradiquer la pauvreté. Si nous le voulons tous, on peut y arriver.

http://www.metrofrance.com/x/metro/2008/03/30/rieOUE1w8qE...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Muhammad_Yunus