11 octobre 2010

Hommage à Desmond Tutu

J’ai lu avec beaucoup d'émotion le très bel hommage rendu par Pierre Haski sur Rue89 à l’un des hommes que j’admire le plus au monde,
Mgr Desmond Tutu, Archevêque du Cap et Prix Nobel de la Paix, pourfendeur de toutes les injustices, au sourire aussi grand que le coeur,
au moment où cette belle âme quitte la vie publique.

Je dépose ici les mots de Pierre Haski.




C'est l'un des hommes les plus extraordinaires, au sens littéral du terme, qu'il m'ait été donné de rencontrer en tant que journaliste.

Desmond Tutu, prix Nobel de la paix 1984 et, avec Nelson Mandela, l'un des personnages-clés de la résistance à l'apartheid et de la naissance d'une autre Afrique du Sud, a annoncé mercredi 6 octobre qu'il se retirait définitivement de la vie publique.

A 79 ans, et avec une vie bien remplie…





Je l'ai rencontré pour la première fois en 1976 à Johannesburg, prélat anglican déjà engagé dans la lutte contre l'apartheid. Chaque dimanche, il réunissait des foules considérables à l'église Regina Mundi de Soweto, haut lieu de rassemblement anti-apartheid, où des milliers de personnes se retrouvaient pour prendre, en l'écoutant, un bol d'énergie et de combattivité.

Desmond Tutu avait deux armes invincibles : un humour à toute épreuve, et une talent d'orateur dont il ne se départira jamais. Il pouvait faire hurler de rire les milliers de personnes réunies dans cette vaste église, et l'autorité du pouvoir afrikaner s'en trouvait affaiblie.



« God is on our side »

En homme d'église, il y ajoutait une foi inébranlable et, avec la fougue d'un prédicateur noir américain, il soulevait les foules en proclamant : « God is on our side » (« Dieu est de notre côté »), sa réponse aux Afrikaners qui faisaient une lecture biaisée de la Bible pour justifier les discriminations raciales, et se considérait, lui aussi, comme un « peuple élu ».

Un jour, la police commit l'erreur de l'arrêter à l'issue d'une manifestation un peu mouvementée. Il était alors président de la Conseil des églises d'Afrique du Sud, regroupant toutes les confessions sauf l'église réformée hollandaise blanche (car cette église avait poussé la logique jusqu'à séparer ses branches selon la couleur de la peau).





En tenue d'évêque, Tutu fut emmené avec des dizaines d'autres protestataires, et passa la nuit en prison. Il en sortit le lendemain matin, radieux, en brandissant comme un trophée la brosse à dents que lui avait fournie la police, et avec un rire qu'on pourrait qualifier de démoniaque s'il ne provenait d'un prélat…

Pendant ces années-là, Nelson Mandela croupissait à Robben Island et nul ne pouvait imaginer qu'il en sortirait vraiment vivant pour conduire le pays. Desmond Tutu, Winnie Mandela, alors l'épouse du dirigeant de l'African National Congress (ANC), et bien d'autres, incarnaient l'espoir pour des millions de Sud-Africains, et surent conduire une lutte désespérée contre un pouvoir implacable.

Le prix Nobel de la paix, en 1984, a justement récompensé un homme qui a su donner l'inspiration à cette résistance, et empêcher que la violence croissante ne débouche sur un bain de sang.






La conscience morale de l'Afrique du Sud

Le rôle de Desmond Tutu ne s'arrêta pas avec la fin de l'apartheid et l'émergence d'une Afrique du Sud démocratique.
Alors que Mandela prenait en main le destin du pays, il créa et présida la Commission vérité et réconciliation (TRC), un processus quasi unique au monde qui permit d'exorciser les démons du passé, et d'assurer une réconciliation peut-être illusoire, mais suffisante pour assurer une transition pacifique et sans règlements de compte. (Voir cette vidéo, en anglais, qui retrace son parcours)







Desmond Tutu est resté, au cours des deux dernières décennies, la véritable conscience morale de l'Afrique du Sud, et même au-delà. Plus libre dans sa parole que Nelson Mandela, tenu par la discipline de son parti et sa promesse de ne pas gêner ses successeurs au pouvoir, même quand ils erraient.

Mais on retiendra surtout de cet homme son incroyable capacité à rester lui-même, jovial, optimiste même quand les illusions arc-en-ciel se dissipent et se transforment en réalité moins enthousiasmante, voire carrément inquiétante comme les actuelles menaces sur la presse sud-africaine.

Jusqu'à cette performance en « live » sur la planète entière, le soir de la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde de football, à Johannesburg en juin, lorsque le prix Nobel, affublé comme un supporter de base des Bafana Bafana, a fait un show jubilatoire mémorable. (Voir la vidéo capturée ici sur France2 par FHDR via LePost)






Desmond Tutu tire sa révérence à un moment délicat pour l'Afrique du Sud.

Incontestablement, il manquera à son pays.

Et au monde.


Hommage signé Pierre Haski


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(Source photo)


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Un autre bel hommage, celui de Miles Davis









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Merci Monseigneur, infiniment !


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21 avril 2010

Les "bifurcations" d’André Brink

Voici une autobiographie (j’en lis assez peu) que je vais lire cet été.

D’abord pour son auteur, André Brink, à qui je dois mon premier coup de cœur pour l’Afrique du Sud, en découvrant, adolescente, « Une saison blanche et sèche ».

Ensuite pour le pays qu’il aime tellement fort et qu’il sait faire aimer malgré tout.

Enfin, pour toutes les rencontres qu’il a pu faire, et les combats que cet Afrikaner a menés pour contribuer à ce que son pays devienne la nation arc-en-ciel.


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"Post-scriptum, avril 2009 : depuis peu, les événements en Afrique du Sud se succèdent à une vitesse faramineuse et chacun affecte les relations entre les communautés blanche et noire."

Un an plus tard, les lignes qui referment les mémoires d'André Brink, descendant de colons boers arrivés en Afrique il y a des siècles, collent douloureusement à l'actualité violente de son pays natal : "Les vieux clivages entre Noirs et Blancs sont encore au coeur du problème."




Une semaine après l'assassinat du leader suprématiste blanc Terre'Blanche , et à quelques mois de la Coupe du monde de football, l'écrivain afrikaner, sans le perdre tout à fait, est revenu du grand espoir si bien traduit par le film Invictus.

"Ces dernières années, on pourrait même parler d'une résurgence du racisme. La tragédie est qu'elle est encouragée non seulement par l'attitude butée de Blancs d'extrême droite, mais aussi par les actions et l'attitude de certains dans le camp même de l'ANC ", écrit Brink, qui poursuit : "L'ANC est devenu l'ennemi du peuple" ; "Les hooligans ont pris le pouvoir".

Et il est plus radical encore à l'égard du président Jacob Zuma...




Les mémoires de l'auteur de "L'amour et l'oubli" sont une lecture irremplaçable pour pénétrer la complexe, douloureuse et passionnante histoire contemporaine de son pays, en suivant ce qu'il nomme ses "bifurcations".

C'est à Paris en 1960, où ce fou de Camus découvre qu'il peut partager un repas avec des étudiants noirs, que le regard qu'il porte sur son pays se transforme radicalement.

À partir de 1968, où il se trouve de nouveau en France en pleine révolution de mai, il va s'engager, dans son pays, contre l'apartheid.

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"Retour au jardin du Luxembourg"
(Préface de Nelson Mandela)



L'itinéraire d'une conscience a souvent été abordé dans son oeuvre romanesque, mais ici cette conscience s'incarne à la première personne avec une sincérité crue : Brink ne cache rien de son enfance blanche, bourgeoise, où le Noir n'existe pas, où la violence imprègne déjà les relations entre les êtres, ne cache rien, non plus, de son soutien aux débuts de l'apartheid, en conformité avec son milieu afrikaner.

Comment ce chemin l'a mené vers le militantisme anti-apartheid que l'on sait, quelles en furent les rencontres fondamentales (sa grande amitié avec Breyten Breytenbach, peintre et poète emprisonné), tout vient dans le désordre des souvenirs, sous la forme de confidences, de récit de voyages, d'un moment romanesque, d'un extrait de journal...




Brink y dévoile aussi la genèse de ses romans, y compris ceux qu'il n'a pas publiés, la censure (il faut lire comment, envers et contre tout, "Une saison blanche et sèche" est sorti de l'imprimerie !), mais encore l'exil de compatriotes.

L'auteur vit toujours en Afrique du Sud, où il est né en 1935, et semble avoir cédé non pas tant à ses éditeurs qu'à sa quatrième et jeune épouse, Karina, pour mettre au jour une vie qu'il raconte ici entre intime et collectif.




C'est que Brink est un homme à femmes, ou plutôt s'est beaucoup transformé par elles. Elles l'inspirent toujours, comme le prouvent admirablement quelques-unes des plus belles pages de son livre : sur la poétesse Ingrid Jonker, qui a failli le "rendre fou".

Ou sur "H", rencontrée en 1966, et qui a beaucoup joué sur sa conscience politique.

S'il est impossible de résumer plus de 500 pages de mémoires, on peut en revanche vivement recommander la lecture d'un livre qui réussit à donner la "texture" d'une vie vouée à la littérature et à son pays.









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05 janvier 2010

Pourquoi j’irai voir « Invictus » ?

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Pourquoi ?

Parce que le personnage principal est l’un des hommes que j’admire le plus au monde : Nelson Mandela (TAG), et que j’aime découvrir de nouveaux aspects de sa vie, ses engagements, son histoire.

Parce que le film est interprété notamment par Morgan Freeman, un acteur qui sait m’emporter chaque fois, quel que soit le rôle qu’il interprète et quel que soit le registre choisi.

Parce que l'action se déroule dans un pays, l’Afrique du Sud, qui me fascine et surtout qui a surmonté l’apartheid, les différences entre les peuples et entre les hommes, dans la paix.

Parce que le réalisateur du film est Clint Eastwood et chacun de ses films a été une véritable surprise, un fort moment d’émotion (Bird, Impitoyable, Sur la route de Madison, Minuit dans le jardin du bien et du mal, Mystic River, Million dollar baby, Mémoires de nos pères et Grand Torino).


Pourquoi irai-je alors que l’un des thèmes est le sport, et plus précisément le rugby, alors que je ne suis ni fan ni même familière de ce sport ?

Parce que, autour d’un évènement sportif, il existe parfois une ferveur, un rassemblement des hommes et des femmes que je trouve émouvant (souvenez-vous de la Coupe du monde de 1998 et de l’émotion suscitée chez beaucoup d’entre nous).

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J’aime le partage que cette union fait naître même s’il est éphémère. Au moment où les cœurs se rassemblent, il n’y a plus ni méfiances, ni couleurs de peau, ni différences, ni divergences.

Il y a seulement une joie infinie et une communauté qui se retrouve, et je trouve ça magique.


Aussi, parce que j’aimerais être certaine d'être le capitaine de mon âme...








Invictus est un court poème de l'écrivain William Ernest Henley qui fut cité à de très nombreuses reprises dans la culture populaire et qui contribua à le rendre célèbre.

Le titre latin signifie « invaincu, dont on ne triomphe pas, invincible » et se fonde sur la propre expérience de l'auteur puisque ce poème fut écrit en 1875 sur son lit d'hôpital, suite à son amputation du pied. A l’origine, ce poème ne possédait pas de titre, celui-ci fut ajouté par Arthur Quiller-Couch en 1900.

William Henley disait lui-même que ce poème était une démonstration de sa résistance à la douleur consécutive à son amputation.

"Invictus"

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbow'd.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.



Traduction littérale

Hors de la nuit qui me recouvre,
Noire comme un puits d'un pôle à l'autre,
Je remercie les dieux, quoi qu'ils puissent être
Pour mon âme indomptable.

Tombé dans l'étreinte des circonstances
Je n'ai pas gémi ni pleuré à voix haute.
Sous les coups de la fortune
Ma tête est ensanglantée, mais redressée.

Au-delà de ce monde de colère et de pleurs
Ne plane que l'Horreur de l'ombre.
Et pourtant la menace du temps
Me trouve et me trouvera, sans peur.

Peu importe l'étroitesse de la porte,
Le nombre des punitions sur le parchemin,
Je suis le maître de mon destin:
Je suis le capitaine de mon âme
.



Sur la page Wiki, trois traductions sont proposées. J’ai retenu la deuxième, moins poétique que la première mais plus fidèle au texte anglais original. La 3ème, sans contraintes poétiques ni littérales, serait plus proche de l’esprit original du poème. Je vous laisse en juger.


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Le film



Date de sortie cinéma : 13 janvier 2010

Réalisé par Clint Eastwood

Avec Morgan Freeman, Matt Damon, Scott Eastwood, et ... casting complet.

Genre : Drame, Biopic

Durée : 2h12 min






Synopsis :

En 1994, l'élection de Nelson Mandela consacre la fin de l'Apartheid, mais l'Afrique du Sud reste une nation profondément divisée sur le plan racial et économique.

Pour unifier le pays et donner à chaque citoyen un motif de fierté, Mandela mise sur le sport, et fait cause commune avec le capitaine de la modeste équipe de rugby sud-africaine. Leur pari : se présenter au Championnat du Monde 1995...


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Secrets de tournage

Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Invictus" et de son tournage !



Un Anglais devient sud-africain
Après s'être lancés à la recherche d'un acteur anglais connu, pour interpréter le rôle du père de François Pienaar, les producteurs se sont finalement rabattus sur un comédien sud-africain moins connu, Patrick Lyster en l'occurence.

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Logoland
C'est la version 1984 du logo de la Warner qui est utilisée dans Invictus.

Retrouvailles sous l'égide de Nelson Mandela
Nelson Mandela ayant affirmé qu'il ne voyait personne d'autre que Morgan Freeman pour l'interpréter, le comédien fut le premier engagé sur le film, son troisième sous la direction de Clint Eastwood après Impitoyable et Million Dollar Baby, qui lui avaient tous deux valu l'Oscar du Meilleur Second Rôle Masculin.

Entraînement intensif
Afin de se préparer au rôle de François Pienaar, Matt Damon a suivi un entraînement au Gardens Rugby Club, sous la houlette de Chester Williams, qui avait porté les couleurs de l'Afrique du Sud en 1995, lors de la Coupe du Monde de rugby, et n'est autre que le premier joueur de couleur à avoir été appelé en sélection après l'aboltion de l'Apartheid (et le troisième de l'Histoire du pays).

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D'une coupe du Monde à l'autre...
Hasard des calendriers : Invictus, qui évoque la Coupe du Monde de rugby organisée en Afrique du Sud en 1995, sort l'année où le pays accueille le Mondial de football.

Sans Chabal...
Le rugbyman Sébastien Chabal a avoué avoir refusé un rôle dans Invictus.

La trentaine
Invictus est le trentième long métrage réalisé par Clint Eastwood.

D'après une histoire vraie... et un livre
Si Invictus est tiré d'une histoire vraie, son scénario se base sur le livre "Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation" de John Carlin.


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Bonne séance !

Miss You

21 novembre 2009

« Même Ousmane Sow a été petit »

Cette semaine, je me suis offerte un cadeau : un livre sur un sculpteur -Ousmane Sow- que j’adore, grand par la taille et encore plus par le talent, un homme que je trouve d’une infinie humanité, un livre dont le titre m’a séduite et fait rêver, un livre dont le contenu et les illustrations m’ont plu et ému à la fois. Bref, un vrai moment plaisir.


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D’abord destiné aux enfants, c’est un petit bijou qui rassemble des textes, des souvenirs, des photos, des dessins, des gouaches, des collages, qui propose aux petits comme aux grands une réflexion sur l’éducation, sur la vie et l’art en général.


On y apprend notamment qu’Ousmane Sow est tombé amoureux de la lune à l’âge de trois ans, on y découvre une enfance heureuse puis ballotée, des débuts à Paris dans la plus grande pauvreté (il dormait dans les commissariats la nuit et réussissait à s’y faire offrir une baguette tous les matins) mais aussi dans la fantaisie (il a couru le marathon de Vincennes en charentaises).


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On découvre aussi un homme qui n’a peur de rien ni de personne, qui s’est enrichi de ses rencontres et notamment Boris Dolto (le mari de Françoise) qui lui a enseigné la kiné.


On croise au fil des pages les hommes dont il dit qu’ils l’ont aidé à ne jamais désespérer du genre humain (parmi les lesquels Martin Luther King, Gandhi, Mandela, Victor Hugo, De Gaulle, Mohamed Ali, et d’abord et avant tout son propre père).

C’est un très joli livre, plein de tendresse et de poésie, une jolie rencontre avec ce sculpteur dont je suis fan depuis que j’ai découvert son travail au Pont des Arts en 1999 et que j’ai eu le bonheur de retrouver à Arles il y a deux ans.


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(Illustration tirée du livre)







Ce nouvel ouvrage de Béatrice Soulé est sorti en mai 2009, à l'occasion du dixième anniversaire de l'exposition des oeuvres d'Ousmane Sow sur le Pont des Arts, et déjà ré-imprimé en septembre dernier.


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(Illustration tirée du livre)



Compagne du sculpteur sénégalais, Béatrice dresse le portrait de cet artiste en retraçant sa vie, de son enfance à sa dernière création, en passant par le Pont des Arts à Paris, où son exposition attira, en 1999, plus de trois millions de visiteurs.

Le livre raconte l’homme à travers, “ des anecdotes drôles, insolites, émouvantes et parfois dramatiques, inscrites sur une page d’histoire entre le Sénégal et la France…” et revient sur les pas d’un “ parcours atypique d’un enfant sénégalais devenu un homme et un artiste hors du commun grâce à la confiance d’un père qui n’a jamais cessé de le fasciner”.


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Les premières lignes du livre soulignent un passage du poème de Victor Hugo, “Mon père ce héros…”, qu’Ousmane a appris à l’école, et mentionnent vers la fin, sa dernière création intitulée “Merci”, en hommage à des monuments qui l’ont aidé à ne pas désespérer du genre humain : Victor Hugo, Nelson Mandela, le Général de Gaulle, Mohamed Ali, Gandhi, Martin Luther King et son propre père, ce héros, dont la sculpture, qui vient de naître à Dakar, figure en quatrième de couverture du livre.







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Arles 2007

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Bio express de l'artiste


Ousmane Sow est né à Dakar le 10 octobre 1935. En 1962, il devient kinésithérapeute, en France et à Dakar, avant de se consacrer entièrement à la sculpture. En 1987, le public s’enthousiasme pour les premières expositions de ses Noubas à Dakar, puis en France et au Japon. En 1999, les Parisiens sont émerveillés par l’inoubliable rétrospective sur le pont des Arts où ils se promènent, éblouis, entre les Sioux, les Cheyennes, les soldats du général Custer, les Masais, les Zoulous et les Peuls.


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(Illustration tirée du livre)



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Un portrait à lire ou relire
Ousmane Sow, sculpteur monumental





Entre un père vénéré et une mère si jeune, si belle, mon enfance à Dakar était la douceur même. Jusqu’à ce matin de 1942 où les bombes sont tombées. Le sang, la mort et l’exil, loin de celui qui fut mon héros....

Enfant, j’habitais une immense maison de dix-neuf pièces, que ma famille partageait avec d’autres locataires, et qui était située au centre de Dakar. J’étais un petit garçon très heureux, follement aimé de mes parents et entouré de mes neuf frères et sœurs. A la fin de la journée, nous avions l’habitude de savourer la fraîcheur du soir sous la grande véranda. J’aimais rester blotti dans les bras de mon père, pendant que ma mère, si jeune, si belle, racontait les mille et une anecdotes du jour. A l’école, je n’étais pas vraiment un bon élève mais j’étais doué pour les activités artistiques.

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Un jour, j’ai réalisé une petite sculpture de marin avec un des blocs de pierre que nous ramenions de la plage. Je m’étais appliqué et je me souviens encore de chaque détail : le pompon, le costume, peints à l’encre rouge et violette des plumes Sergent-Major que nous utilisions à l’époque. J’étais fier car mon père m’avait complimenté et mon instituteur avait -exposé ma statuette sur l’armoire de la classe.

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C’était l’époque bénie de l’enfance insouciante. Mais en 1942, en pleine guerre mondiale, cette douceur a été balayée ; je n’avais que 7 ans mais je me souviens très bien de ces semaines qui m’ont fait grandir prématurément. Les bombardements sur Dakar s’intensifiaient, faisant de nombreuses victimes, surtout dans notre quartier.

Un jour, j’ai vu un homme à vélo se faire déchiqueter par un éclat d’obus. Il était pratiquement décapité. C’était atroce... Pour la première fois, j’étais confronté à la mort dans ce qu’elle peut avoir de plus sanglant et d’inhumain pour un enfant. Pour moi, c’était la fin de l’innocence...

Ce jour-là, mon père prend la décision de nous expédier loin de Dakar. Dès le lendemain, il nous conduit au train. Lui estime de son devoir de rester. Au fur et à mesure que le train m’éloigne de mon père adoré, mon cœur d’enfant se serre : vais-je le revoir ? Va-t-il mourir lui aussi ? Combien de temps notre exil va-t-il durer ?


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Mon père a alors 63 ans, et ma mère 29. Elle est bien jeune pour s’occuper d’une si grande famille. Mais ma grand-mère, à Saint-Louis, nous fait de la place dans la case familiale et nous inscrit à l’école. Je vois tout ça d’un mauvais œil ; cela veut dire que je ne suis pas près de revoir mon père...

Nous manquons de nourriture à cause de la guerre et, avec mes frères et sœurs, nous maraudons mangues et figues de Barbarie dans les champs abandonnés. Nous ramassons des graines de nénuphar que notre grand-mère cuisine. Je ne pense qu’à l’absence de mon héros. Je m’inquiète énormément pour lui. Les mois se succèdent, interminables...


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Jusqu’à un matin, où je suis en train de jouer dans la cour de l’école. A travers la grille, j’aperçois quelqu’un qui court au coin de la rue en venant vers nous. Même démarche, même allure que mon père. Ce n’est pas possible... Je m’approche, le cœur battant ; c’est lui ! Je me jette dans ses bras, fou de bonheur, incrédule... Je ressens une joie extraordinaire. C’est le plus beau jour de ma vie. Mon père m’embrasse et me serre fort contre lui ; il me dit, en me caressant les cheveux : «On rentre à la maison, c’est fini

Nous avons pris le train et nous sommes retournés à Dakar. Dans la grande maison désertée, où mon père était seul pendant ces longs mois, un gros éclat d’obus avait sérieusement endommagé la véranda où j’avais passé tant de soirées heureuses. Si nous étions restés, nous serions peut-être morts... J’ai pris conscience du danger que mon père avait affronté. De cela, comme de la Croix de guerre dont il avait été décoré pour avoir combattu en France pendant la Première Guerre mondiale, mon père n’a jamais reparlé.


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De ce qu’il avait fait pour les autres, toute sa vie, il ne disait rien. Sa pudeur n’avait d’égale que sa ¬générosité. Quand il avait senti la guerre arriver, il avait entreposé des vivres dans une pièce de la maison. Lorsque j’allais chez nos voisins et que je voyais les marmites retournées, ce qui voulait dire que les gens n’allaient pas manger ce jour-là, il m’ordonnait : «Va leur porter du riz.» A ce rythme, nos provisions ont vite été épuisées... Mais mon père n’aurait pas toléré que nous mangions à notre faim devant les autres.

Lorsqu’il est mort, d’une hémiplégie foudroyante, j’avais 21 ans. La douleur m’a fait partir du Sénégal. Je ne voulais pas vivre dans l’ombre de son souvenir. En France, j’ai connu la pauvreté et la tristesse de l’exil, même si des gens extraordinaires m’ont aidé. J’ai appris le métier de kinésithérapeute, mais je consacrais tout mon temps libre à la sculpture, une passion dévorante.

Aujourd’hui, je veux rendre hommage, à travers mes œuvres, aux grands hommes qui m’ont aidé à ne pas désespérer des êtres humains.

Victor Hugo, Nelson Mandela, le général de Gaulle ont déjà vu le jour. Maintenant, je vais commencer la sculpture de celui qui a le plus compté pour moi : mon père. Il rejoindra cette sorte de «club» de gens honnêtes.

Et quand mes «grands hommes» seront achevés, j’aurai le sentiment d’être purifié, d’avoir payé ma dette à la société. Je les réunirai dans un musée au Sénégal, et ce sera comme un temple où j’irai m’oxygéner. (Source Paris Match)

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• Interview-vidéo d’Ousmane Sow sur France24 (à partir de la 4ème minute)

Ousmane Sow magnifie la dignité des sans-papiers

• Rencontre Collage Ousmane Sow et JR :





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03 janvier 2009

Helen Suzman, l'indomptable

Envie aujourd’hui de vous parler d’une femme que je trouve exceptionnelle de courage et de convictions. Une grande dame : Helen Suzman.


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Née en 1917 à Johannesburg, elle aura longtemps été la seule députée blanche opposée au régime ségrégationniste d'apartheid en Afrique du Sud.


Elle entre en politique en se faisant élire en 1953 députée dans la banlieue de Johannesburg, sous les couleurs du Parti uni (Parti libéral et conservateur, partisan de la réconciliation et de la coopération entre anglophones et Afrikaners).

Beaucoup plus radicale que ses collègues du parti qu'elle juge trop timorés dans leurs critiques de l'apartheid, elle quitte ce parti avec d'autres dissidents pour former le Parti progressiste (Progressive Party - PP) dont elle est la seule élue au parlement entre 1961 et 1974.

Durant cette période, elle intervient sans relâche pour défendre la liberté d'expression de tous les Sud-africains et combattre les textes législatifs organisant la séparation des races.


En 1967, elle fut la première députée à rendre visite au héros de la lutte anti-apartheid, Nelson Mandela dans sa cellule de l'île de Robben Island, et à alerter le monde sur les conditions de détention des prisonniers politiques (pour en savoir plus sur Robben Island : Goodbye Bafana).



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AP/John Parkin
Helen Suzman avec Nelson Mandela, le 26 février 1990, à Soweto.


En 1989, Suzman renonce à se représenter mais demeure très active dans la politique sud-africaine, notamment grâce à sa Fondation, qui participe à la promotion de la démocratie libérale en Afrique du Sud.


Faite docteur honoris causa pour son combat contre l'apartheid par 27 Universités, dont celles d'Oxford, Cambridge, Yale, Columbia et de Harvard, elle a reçu la médaille des droits de l'homme aux Nations unies en 1978 et la médaille de l'héroïsme en 1980.

Après son élection à la Présidence de l'Afrique du Sud, Nelson Mandela lui avait décerné en 1997 la médaille d'or de l'Ordre du mérite.

"Son courage, sa probité et son engagement pour les principes de justice l'ont désignée comme l'une des figures de proue dans l'histoire de l'Afrique du Sud", avait-il déclaré en 2007, pour le 90e anniversaire d'Helen Suzman.


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Ca c'est Super Suzman !



Helen Suzman, a continué de critiquer les politiciens actuels d'Afrique du Sud, notamment le président Thabo Mbeki pour ses positions sur le SIDA et le Zimbabwe.

Elle avait ouvertement déploré les limites enregistrées par l'Afrique du Sud post-apartheid en matière de lutte contre le crime, la pauvreté et le chômage, tout en se disant particulièrement fière d'être déclarée en 2001 «Ennemie de l'Etat» par le régime zimbabwéen de Robert Mugabe.


Lors de son 90ème anniversaire en 2007, elle appelait « au renforcement de l'opposition dans une démocratie encore en construction », estimant que ce qui a remplacé l'apartheid n'est pas très satisfaisant.

Elle déclare ainsi qu'au moment où elle était la seule députée progressiste, entre 1961 et 1974, elle avait « toujours eu la possibilité d'exprimer ses opinions » mais qu'en 2007, « c'est beaucoup plus difficile, le rôle de l'opposition n'est pas reconnu. Les questions restent sans réponse, elles sont déclarées invalides ».


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Helen Suzman et Adelaide Tambo, veuve d’Oliver Tambo,
juste avant leur remise d’un prix en Californie
pour leur action anti apartheid.




En 2004, Helen Suzman s'est vue attribuer par le public la 24e place sur la liste des 100 plus grands Sud-Africains de tous les temps.

Ses positions ne lui ont pas valu que des amis. "Je m'en fiche. Ce que je dis est la vérité", avait déclaré à l'AFP la "vieille dame indigne". Et d'ajouter: "je ne m'intéresse pas à ceux qui me critiquent, mais à ce qui se passe" dans le pays.

"J'ai eu l'opportunité exceptionnelle d'utiliser la scène du Parlement pour attirer l'attention du monde sur ce qui était en train de se passer".

Elle s’est éteinte paisiblement, à 91 ans, chez elle, le 1er janvier 2009.


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Le Nobel de la Paix sud-africain Desmond Tutu a demandé vendredi l'organisation de funérailles officielles pour Helen Suzman, jugeant que le pays avait "une immense dette" envers cette "héroïne".

"L'esprit indomptable d'Helen Suzman était un cadeau pour l'Afrique du Sud et le monde", affirme l'ancien archevêque anglican.

"Pilier de la lutte anti-apartheid, elle fut une réelle héroïne", poursuit Mgr Desmond Tutu. En luttant "avec dignité et fermeté" contre le régime d'apartheid, elle a "fait briller une lumière pour la justice et la responsabilité".

"Nous avons une immense dette envers elle. Le moins qu'une grande Nation puisse faire est de manifester sa reconnaissance en organisant des funérailles officielles", estime-t-il.


(Sources : Wiki, Fondation Helen Suzman, Agence de Presse Afrique)


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10 novembre 2008

Mama Africa s'est tue cette nuit

Miriam Makeba décède d'une crise cardiaque à l'issue d'un concert en Italie


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Miriam Makeba lors de son dernier concert le 9 novembre 2008 à Castelvolturno près de Naples
©AFP - Carlo Hermann


ROME (AFP) - La chanteuse sud-africaine Miriam Makeba, connue dans le monde entier comme "Mama Africa", est décédée dans la nuit de dimanche à lundi à l'âge de 76 ans d'une crise cardiaque après avoir chanté pour l'écrivain menacé de mort par la mafia Roberto Saviano près de Naples (sud).

Voix légendaire du continent africain et devenue un des symboles de la lutte anti-apartheid, Miriam Makeba a été prise d'un malaise alors qu'elle venait de chanter pendant une demi-heure lors d'un concert dédié au jeune auteur de "Gomorra" à Castel Volturno près de Naples.

Miriam Makeba était née le 4 mars 1932 à Johannesburg. Elle commence à chanter dans les années 1950 avec le groupe "Manhattan Brothers" et écrit en 1956 la chanson qui deviendra son plus grand succès: "Pata, Pata".

Elle sera ensuite contrainte à l'exil pendant 31 ans en raison de son apparition dans un film anti-apartheid "Come back Africa".

En 1966, Makeba reçoit un Grammy Award pour son disque An evening with Harry Belafonte and Miriam Makeba et devient la première Sud-Africaine à obtenir cette récompense.

En 1987 elle rencontre à nouveau le succès grâce à sa collaboration avec Paul Simon dans l'album Graceland. Peu après, elle publie son autobiographie Makeba : My Story.

Son mariage en 1969 avec le militant des droits civils afro-américain Stokely Carmichael, chef des Black Panthers, lui cause des ennuis aux États-Unis. Elle s'exile à nouveau et s'installe en Guinée.

Elle est décorée par la France au titre de Commandeur des Arts et Lettres en 1985 et obtient la nationalité française en 1990. Cette même année, Nelson Mandela la persuade de rentrer en Afrique du Sud.


En 1992, elle interprète le rôle de la mère (Angelina) dans le film Sarafina! qui raconte les émeutes de Soweto en 1976.

En 2002, elle partage le Polar Music Prize avec Sofia Gubaidulina.


AFP du 10 novembre 2008







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08 octobre 2008

Ousmane Sow, sculpteur monumental

Je viens de lire le beau portrait d’un artiste que j’aime particulièrement et dont on a déjà parlé sur le blog, impossible pourtant de retrouver où. Peut être était-ce dans un ailleurs ? Peu importe en fait.

J’ai eu la chance de voir deux de ses expositions, l’une sur le Pont des Arts à Paris en 1999, la seconde en Arles l’an dernier, et ça a été chaque fois un enchantement, un dépaysement, une échappée magique.


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L'article : "Ousmane Sow, sculpteur monumental"

Son Charles de Gaulle, en guêtres et culotte de cheval, est plus grand que nature, ce qui n'est pas peu dire. Surtout, il a les poches plates. Ousmane Sow y tient. "De Gaulle ne traînait pas de casseroles. Il n'a rien mis dans ses poches, contrairement à certains chefs d'Etat africains. Ceux-là, si je les sculptais, c'est des besaces pleines que je leur ferais, et des deux côtés", s'amuse le sculpteur sénégalais, en sirotant un jus de gingembre.

C'est ici, à Dakar, qu'Ousmane Sow a inventé sa mixture secrète, faite d'une vingtaine de produits (colle, sable, peinture...), plus ou moins longtemps macérés, potion mythique avec laquelle il "gâche" ses statues. C'est ici, dans la cour-atelier de sa maison de Yoff, quartier résidentiel de la capitale sénégalaise, qu'ont surgi ses premiers grands hommes : après Victor Hugo (une commande de Médecins du monde, dont la copie a été installée cette année à Besançon, la ville natale du poète), après Nelson Mandela (acheté par l'homme d'affaires François Pinault), Charles de Gaulle à son tour a émigré. La monumentale statue du grand cavalier à poches plates s'est posée à Versailles, dans la cour du conseil général - dont le président, Pierre Bédier, avait eu l'occasion d'apprécier le travail du sculpteur, lors d'une exposition à Saint-Germain-en-Laye.


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Ousmane Sow lui-même est un géant. Adepte de culture physique, qu'il pratique chaque matin, il a une taille de basketteur et un gabarit de lutteur, à l'instar des Peuls, Massaï ou Indiens Sioux, tous ces grands balaises aux yeux tristes qu'il a fait naître de ses mains. Le pont des Arts avait accueilli, en 1999, quelques-uns de ces guerriers songeurs, gigantesques et peu vêtus. Ils avaient transformé la Seine en décor de western et propulsé Ousmane Sow au sommet de la notoriété. Ce succès a "ouvert les yeux de beaucoup d'Européens sur la réalité de l'art africain contemporain", estime le sculpteur Ndary Lô.

"La boursouflure boueuse", des corps nus, selon les mots de Germain Viatte, dans le livre collectif consacré au sculpteur (Actes Sud, 2006), le mouvement, la violence et la sensualité exprimées par les silhouettes terreuses, ruisselantes, calcinées, des acteurs de Little Big Horn, retraçant la victoire des Sioux sur les troupes du lieutenant-colonel Custer, en 1876, avaient séduit plus de 3 millions de visiteurs. Une performance réalisée grâce à la productrice Béatrice Soulé, compagne du sculpteur. "Je suis le prolongement de sa main", résume-t-elle. "Béa, c'est une professionnelle", corrige le peintre Soly Cissé, sans cacher son admiration pour cette femme d'affaires hors pair. Egalement photographe et cinéaste, elle prépare un livre pour enfants sur son grand homme à elle : Même Ousmane Sow a été petit devrait raconter la vie de l'ancien kinésithérapeute devenu un artiste coté.


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Enfermé dans son immense villa, qu'il a baptisée Le Sphinx, Ousmane Sow a une réputation d'ermite. De "misanthrope ostentatoire", insistent ses détracteurs. Le sculpteur s'en défend. Le Sphinx, dit-il, n'est en rien une tour d'ivoire. "Les rumeurs de l'extérieur me parviennent. Le Sénégal va mal, et on ne peut pas ne pas l'entendre, ajoute-t-il. Mais j'ai un caractère entier. Je ne suis pas du genre à faire la cour aux puissants, au président Wade ou à je ne sais qui. Il vaut mieux que je sois à l'écart."


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Agé de bientôt 73 ans, il a toujours détesté la foule et les mondanités. "Pour me reposer, je travaille", assure-t-il. Et il ne plaisante pas. En cinq mois, il a fait trois sculptures : Mandela, De Gaulle et L'Immigré (commandé par la ville de Genève). Quant à son père, Moctar, qu'il compte faire figurer dans sa série des "Grands hommes", il a mis un mois pour réussir à faire son visage. Pour mener à bien ce travail de mémoire et de re-création, Ousmane Sow ne disposait que d'une photo de passeport et de ses propres souvenirs.

"Mon père, c'est l'homme le plus accompli que j'ai rencontré", dit-il. Patron d'une société de transport, Moctar Sow appartenait à la génération des soldats de 1914-1918. Parmi les autres "Grands hommes" qui devraient naître dans la cour-atelier du Sphinx : le boxeur Cassius Clay, alias Muhammad Ali, et une femme, Rosa Parks, célèbre militante pour les droits civiques des Noirs américains, qui refusa, en 1955, de céder sa place à un passager blanc dans un bus, et fut, pour cela, arrêtée par la police. "Même s'il ne reste qu'une oeuvre ou deux, ça ne fait rien. Chacun, sur terre, a quelque chose à accomplir. Si les crapules laissent la trace de leurs mensonges, il faut qu'on sache aussi qu'il y a eu des gens de bonne volonté, des gens qui ont préféré mourir plutôt que de vivre à genoux", explique le sculpteur.

C'est sur les plages dakaroises de l'Atlantique, dans les années 1940, que l'histoire d'Ousmane Sow commence. Enfant, il sculpte des blocs de calcaire, ramassés au bord de l'eau. Il s'amuse, avec ses copains, à en faire des figurines. "D'abord, on les frottait sur le sol, pour les arrondir, puis on travaillait à la lame, pour donner une forme. On faisait des marins, des chevaux..." En grandissant, ses copains lâchent la sculpture pour le football. Pas lui.


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Plus de trente années passent, pourtant, avant qu'il puisse vivre de son art. "Je n'étais pas parti pour ça", remarque-t-il, évoquant son départ pour la France, en 1957, après le choc causé, un an plus tôt, par la mort de son père. A Paris, Ousmane Sow obtient un diplôme de kinésithérapeute, métier qu'il va exercer pendant plus de vingt-cinq ans. Sur ses patients, dos tordus, chevilles pataudes, genoux enflés, l'apprenti sculpteur fait ses gammes. "La kiné m'a libéré du corps parfait. Je peux me bander les yeux et faire un corps humain de la tête aux pieds", dit-il aujourd'hui.

Il a été "le premier au Sénégal à faire de la sculpture monumentale", comme le relève son amie Aïssa Dione, styliste-designer, spécialiste des textiles. Cela a-t-il suscité des jalousies ? Sûrement. Certains l'accusent d'être "trop français", coupé de la société sénégalaise. La remarque fait sourire le peintre Soly Cissé, dont les oeuvres, elles aussi, voyagent loin de Dakar. "Les gens sont tissés par le temps, un pied au nord, un pied au sud, observe-t-il. On se croit africain, on ne l'est pas forcément. On est façonné par le destin et, aujourd'hui, le destin est multiple."

Ousmane Sow rêve de créer un musée, afin d'y rassembler ses oeuvres. Au Sénégal, bien sûr, mais pas dans la capitale. A ce jour, hormis une statue en bronze, Le Lanceur (série "Zoulou"), devant le lycée Mermoz de Dakar, aucune de ses sculptures n'est visible au Sénégal.

Par Catherine Simon
(Source Le Monde.fr du 08 octobre 2008)


Son site : ousmane sow.com


Deux livres :

• « Ousmane Sow Le Soleil en face » par Ousmane Sow, Béatrice Soulé et Emmanuel Daydé Editions Actes Sud (3ème édition de 2001)

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• « Ousmane Sow » par Béatrice Soulé, Jacques-A Bertrand, Germain Viatte, et Emmanuel Daydé Editions Actes Sud (octobre 2006)

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26 juin 2008

46664

Vendredi prochain 27 juin aura lieu à Hyde Park à Londres un nouveau méga concert intitulé « 46664 » destiné à collecter des fonds en faveur de la fondation Nelson Mandela, dans le cadre de la lutte contre le sida. Ce concert figure parmi les évènements qui célèbrent cette année les 90 ans d’un homme que j’admire énormément, Nelson Mandela, tant pour la beauté et la force de ses convictions que pour son humanité.



"Vaincre la pauvreté n'est pas un geste de charité. C'est un acte de justice."
Discours de Nelson Mandela pour la réception du prix Ambassadeur de la conscience remis par Amnesty International.






Pourquoi 46664 ?

46664 était le numéro de prisonnier de Nelson Mandela depuis le début de sa détention en 1964 jusqu'à sa libération en 1990. C'est aussi le titre donné à une série de concert organisé par la Fondation Nelson-Mandela en faveur de la lutte contre le SIDA ayant comme slogan: "Aids is no longer just a disease, it is a human rights issue" (Le sida n'est plus une simple maladie, c'est un enjeux des droits de l'Homme). Ce numéro est encore utilisé comme référence honorifique à l'ancien prisonnier Nelson Mandela, victime du système de l'Apartheid. La Fondation Nelson-Mandela a choisie 46664.com pour l'adresse de son site internet. Ce numéro n'est pas une simple référence, Mandela était le 466e prisonnier incarcéré à la prison de Robben Island en 1964.



L’homme :

Nelson Rolihlahla Mandela, né le 18 juillet 1918 à Mvezo à l'est de la province du Cap (actuel Cap-Oriental), est un ancien président de l'Afrique du Sud et fut l'un des dirigeants de la lutte contre l'apartheid.
En 1993, il reçoit avec le président sud-africain de l'époque, Frederik Willem de Klerk, le Prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l'apartheid et l'établissement de la démocratie dans le pays.
Suite à ce combat et à celui qu'il mène actuellement contre le SIDA, c'est une personnalité écoutée, particulièrement en Afrique.




Famille et études :

Fils d'une famille royale Thembu Xhosa, Rolihlahla Mandela est né le 18 juillet 1918 dans le village de Qunu, au bord de la rivière Mbashe au Transkei (Cap-Oriental).

Son père était Hendry Mphakanyiswa Gadla, chef de tribu Xhosa de Tembu. À l'âge de sept ans, Rolihlahla Mandela devint le premier membre de la famille à suivre une scolarité. C'est un professeur méthodiste qui lui donne le prénom occidental de Nelson.
Son père décède d'une tuberculose alors qu'il n'a que neuf ans, sa mère l'accompagne à Mqhekezweni afin qu'il se fasse élever par un régent qui le considérera comme son propre fils.

Selon la coutume Xhosa, il est initié à l'âge de seize ans et poursuit ses études avec succès à la Clarkebury Boarding Institute. Il obtient son certificat scolaire en deux ans (au lieu de trois habituellement).

En 1934, Mandela s'inscrit au Collège Wesleyan de Fort Beaufort.

Diplômé, il rejoint l'université de Fort Hare où il fait la connaissance d'Oliver Tambo, qui devient son ami et collègue. À la fin de sa première année, membre du conseil représentatif des étudiants, il est impliqué dans le boycott du règlement universitaire. Il est alors renvoyé de l'université.

Suite à un mariage arrangé non souhaité, il s'enfuit à Johannesburg où il passe sa licence par correspondance à l'université d'Afrique du Sud (UNISA) puis débute des études de droit à l'université du Witwatersrand.


Activité politique :

C'est en 1942 que Nelson Mandela rejoint le Congrès national africain (ANC), membre de l'Internationale Socialiste, afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche. En 1944, avec Walter Sisulu et Oliver Tambo, il fonde la plus dynamique ligue de jeunesse de l'ANC.
Aux élections générales de 1948, la victoire du Parti national Afrikaner entraîne la mise en place de sa nouvelle politique qui fut appelée apartheid.
En 1952, Mandela, par ailleurs avocat, monte la campagne de défiance contre le gouvernement de Daniel Malan.
En 1955, alors que le Parti National semble appelé à durer au gouvernement, Mandela participe à la rédaction de la charte de la liberté dont le programme fondamental est la lutte contre la ségrégation raciale et l'apartheid. À cette époque, Mandela et Tambo se sont associés au sein de leur propre cabinet et prodiguent des conseils juridiques gratuits aux noirs les plus pauvres.




Le 5 décembre 1956, Mandela et 150 autres personnes sont arrêtés et accusés de trahison. Ils sont au bout du compte tous acquittés, grâce aux plaidoiries des avocats et au légalisme pointilleux des tribunaux sud-africains en 1961.

Après le massacre de Sharpeville où il y a eu 79 morts et 178 blessés en 1960, les appels à la lutte armée sont plus pressants d'autant plus que l'ANC et le Congrès panafricain sont interdits, ses leaders emprisonnés ou assignés à résidence. La stratégie non-violente de l'ANC est abandonnée par Nelson Mandela qui fonde Umkhonto we Sizwe, réseau prônant l'action armée.


Prisonnier politique :

Il fut emprisonné en 1962 puis condamné à cinq ans de prison en 1963, et, après un procès où il contesta la justice d'apartheid, condamné à la détention à perpétuité en 1964 dans le pénitencier de Robben Island 1 en raison de ses activités politiques clandestines, devenant au fil des années, le plus célèbre et l'un des plus anciens prisonniers politiques.

Il fut en partie libéré le 7 décembre 1988 et mis en résidence surveillée. Le 5 juillet 1989, il rencontre au Cap le président Pieter Botha. Il fut définitivement libéré le 11 février 1990 sur ordre de Frederik de Klerk qui, pour des raisons politiques, mit fin à la clandestinité de l'ANC, et le sollicita pour maintenir la paix civile en Afrique du Sud. Les deux hommes ont travaillé ensemble pour instaurer la fin de l'apartheid et un régime de transition.


Timbre soviétique (1988) à l'effigie de Nelson Mandela à l'occasion de son 70ème anniversaire passé au pénitencier de Robben Island


Combat pour la paix et la non-violence :

Il se vit décerner le Prix Nobel de la paix avec le président Frederik de Klerk en 1993. En 1979, il avait reçu le Prix Nehru pour la Paix et en 1989, le Prix Kadhafi des droits de l'Homme.


Président d'Afrique du Sud :

À la suite des premières élections démocratiques du 27 avril 1994, remportées largement par l'ANC, Nelson Mandela est élu Président de la république d'Afrique du Sud et prête serment à Pretoria le 10 mai 1994 devant tout le gotha politique international, d'Al Gore à Fidel Castro.
Il préside au premier gouvernement non racial du pays, en l'occurrence un gouvernement d'union nationale entre l'ANC, le Parti National et le parti zoulou Inkhata.
Ses deux vice-présidents sont alors Thabo Mbeki et Frederik de Klerk.





Conformément aux négociations de la période de transition, une commission « vérité et réconciliation » est créée pour entendre des exactions et des crimes commis sous l'apartheid par le gouvernement, les forces de sécurité mais également par les mouvements de libération 2. Il s'agit de confronter le passé afin de tourner la page historique douloureuse et non de juger les crimes ou exactions constatées qui, le cas échéant, en l'absence de regrets des protagonistes, seront toujours du ressort des tribunaux pénaux.

Président, Nelson Mandela est davantage un chef d'état qu'un chef de gouvernement: il confie ce rôle à Thabo Mbeki.

Prônant la réconciliation nationale, il se rend même à Orania pour rencontrer Madame Hendrik Verwoerd et organise une tea party à Pretoria réunissant les épouses des anciens premiers ministres et présidents du pays avec les épouses des anciens prisonniers de Robben Island.
Internationalement, il redonne une légitimité à l'Afrique du Sud qu'il donne en exemple en matière de réconciliation nationale.

Son autobiographie Un long chemin vers la liberté est publiée en 1995 et raconte son enfance, son engagement politique, ses longues années de prison et son accession au pouvoir.

En 1996, le Parti National quitte le gouvernement peu après l'adoption d'une nouvelle constitution.

Il accepte d'être médiateur de plusieurs négociations de paix, notamment dans l'Afrique des grands lacs.
En 1997, Mandela quitte la présidence de l'ANC qui échoit à Thabo Mbeki.

À la fin de son mandat, certains radicaux critiquent l'absence d'efficacité de la politique de son gouvernement dans la lutte contre le SIDA, dans la lutte contre les inégalités raciales ou encore la lenteur des procédures d'indemnisations des noirs spoliés sous l'apartheid.
En 1999, Thabo Mbeki lui succède à la présidence de la république. Comme il s'y était engagé lors de son élection, Nelson Mandela n'est pas candidat à un second mandat et quitte la vie politique. Pour continuer de lutter pour les valeurs qui lui tiennent à cœur, il fonde la Fondation Nelson-Mandela.


Après sa présidence :

Après son divorce avec Winnie Mandela, Nelson Mandela s'est remarié avec Graça Machel, veuve de l'ancien président du Mozambique, Samora Machel.
En janvier 2003, lors d'un discours au International Women's Forum, Mandela s'oppose fermement à l'attaque des États-Unis et du Royaume-Uni contre l'Irak sans l'aval des Nations unies. Il accuse le président George W. Bush de vouloir « plonger le monde dans l'holocauste » 3.
En septembre 2004, il fut plébiscité en tant que première personnalité sud-africaine.


aujourd’hui


Lutte contre le SIDA :

Nelson Mandela se consacre aujourd'hui à la lutte contre le SIDA.
Le 6 janvier 2005, il annonce publiquement le décès de son fils, Makgatho Mandela âgé de 54 ans, des suites du SIDA. Par ce geste, il veut montrer qu'il est temps de briser le tabou qui entoure cette maladie dans de nombreux pays. Il déclare à ce sujet : « Nous ne devons pas dissimuler la cause de la mort des membres de nos familles, que nous respectons, car c'est le seul moyen de pouvoir faire comprendre à la population que le Sida est une maladie ordinaire. C'est pourquoi nous vous avons aujourd'hui fait venir pour annoncer que mon fils était mort du SIDA ».
De nombreuses personnalités et hommes politiques ont vu des membres de leur famille mourir du SIDA, mais ils l'ont caché, car cette maladie est considérée comme une honte. Parmi les citoyens lambda, il arrive très souvent que les personnes atteintes soient rejetées par leur entourage, condamnées à mourir seules et isolées.

(source : Wiki)


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