14 décembre 2009
Onze sculptures d'Ousmane Sow aux enchères chez Christie's

Artiste particulièrement apprécié sur ce blog, des nouvelles du sculpteur sénégalais :
Onze sculptures d'Ousmane Sow aux enchères chez Christie's
Les sculptures de l'artiste sénégalais avaient créé l'événement sur le pont des Arts, à Paris, il y a dix ans déjà. Sa présence, le 2 décembre dernier, au musée Dapper pour une rencontre exceptionnelle autour du livre Même Ousmane Sow a été petit, de Béatrice Soulé (éditions Le P'tit Jardin), fut un succès.
Et voilà maintenant que ses mythiques Nouba et sa série Massaï ont été mis en vente aux enchères chez Christie's, le 8 décembre dernier, dans une section spéciale Ousmane Sow. Un événement pour un artiste qui refusa toujours de vendre ces pièces originales.

Sculpteur populaire qui a toujours voulu rester indépendant, l'artiste sénégalais Ousmane Sow n'a pas fait recette mardi chez Christie's où il mettait en vente dix de ses œuvres originales exposées en 1999 sur le Pont des Arts à Paris.
Seules deux sculptures ont trouvé preneur, a indiqué à l'AFP la maison d'enchères Christie's.
Désireux d'édifier un "musée des grands hommes" dans son pays, le sculpteur sénégalais Ousmane Sow, 74 ans, avait accepté de vendre aux enchères dix de ses oeuvres originales exposées en 1999 sur le Pont des Arts.

Guerriers Masaï du Kenya, lutteurs de l'ethnie Nouba du sud Soudan, Zoulous d'Afrique du Sud: ces grandes statues, au souffle épique, chantant les grands peuples africains, avaient été vues par plus de trois millions de visiteurs cette année-là.
Le "Guerrier debout" (1989) de la série des Masaï, haut de 2,60 mètres, a été vendu 121.000 euros (avec frais), a indiqué Christie's. Il était estimé entre 100.000 et 150.000 euros (hors frais).

Le "Couple de lutteurs aux bâtons" de la série des Nouba, réalisé entre 1984 et 1987, a été adjugé 73.000 euros (avec frais). Il était estimé entre 70.000 et 90.000 euros (hors frais).

Pour les autres oeuvres, le prix de réserve n'a pas été atteint. Ainsi le "Lutteur debout" de la série des Nouba, qui a été présenté à la Documenta de Kassel en 1992, n'a pas trouvé preneur.
"Ousmane Sow est un artiste qui jouit d'une très grande popularité", a souligné Christophe Durand-Ruel, spécialiste de l'art contemporain chez Christie's. "Il n'a jamais joué la carte du marché de l'art. Il a toujours souhaité rester indépendant du système des galeries et dont a fortiori du second marché que constituent les enchères", a-t-il expliqué.
"Nous avions quelque espoir que sa popularité ferait la différence mais le le marché n'a pas répondu présent", a ajouté l'expert.

La taille de ses sculptures monumentales a pu gêner les acheteurs. Ces oeuvres orignales, réalisées en technique mixte, avec des matériaux tenus secrets par l'artiste, ne peuvent rester à long terme en extérieur.

Ousmane Sow vendait ces oeuvres pour réaliser un projet qui lui est cher: un "musée des grands hommes", à 70 km de Dakar, en pleine campagne.

Ce musée accueillera entre autres les sculptures du général de Gaulle, de Victor Hugo, de Nelson Mandela. Et surtout celle de Moctar Sow, son père, décédé en 1956.

Ousmane Sow est un sage. Il sait prendre son temps et ne se donne pas de date pour l'ouverture de ce musée dont il est en train de réaliser lui-même la maquette. (Source Le Point)

Les grands hommes du sculpteur Ousmane Sow : Hugo, De Gaulle, Mandela... Entretien avec l’artiste
De ses mains, sont déjà nés des hommes et des femmes d’Afrique, des Indiens d’Amérique. Inspiré par le souvenir de son père, l’artiste a décidé d’entreprendre une nouvelle série de sculptures représentant ceux qui l’ont aidé à ne pas désespérer du genre humain. Ses grands hommes s’appellent Victor Hugo, Nelson Mandela, le Général De Gaulle, Gandhi, Moctar Sow ... Ousmane Sow fait vivre ces héros, figures illustres, méconnues ou anonymes de l’histoire par ses sculptures géantes, grands bronzes colorés, métissés de forces, loin du monumental et de la gloire pour mieux nous aider à en voir la grandeur d’âme.

En 2002, à la demande de Médecins du Monde, pour la Journée du refus de l’exclusion et de la misère, Ousmane Sow a créé une grande sculpture du poète, dont un bronze a été commandé et installé en 2003 par la municipalité de Besançon, ville natale du grand écrivain.
De même qu’il se souvient de son père qui a fait la guerre de 1914/1918, il a représenté De Gaulle, dont le nom est pourtant davantage attaché à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, en uniforme de la "Der des Der", à ses yeux, symbole d’un homme debout tout au long de sa vie.
« Je lui suis reconnaissant d’avoir éviter à l’Afrique noire francophone une guerre d’indépendance » dit Ousmane Sow.
En hommage aux grands hommes qui ont marqué sa vie, il entreprend une série d’effigies monumentales, dans le sillage de cette sculpture de Victor Hugo et celle de De Gaulle déjà réalisées.
Dans cet entretien, il évoque simplement ceux qu’il a choisis de représenter, en hommage à leur courage, celui de son père, ou celui d’un pompier qui sauve des vies. Pour l’instant, dans cette série qui s’intitulera Merci, seules les sculptures de De Gaulle, de Victor Hugo, de Nelson Mandela, de son père sont nées de ses mains.
Gandhi, Mohammed Ali (Cassius Clay), Martin Luther King, Rosa Luxemburg, une résistante sénégalaise à la colonisation Aline Sitoé Diatta , et d’autres encore, les rejoindront. L’ensemble sera installé à Dakar, dans un musée conçu par l’artiste.
A écouter ICI, une émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze.
A parcourir, le site de Ousmane Sow.
anti
Photos t plus de détails sur le diaporama Le Point, Victor Hugoe
11:00 Publié dans L'Univers d'Anti | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : sculpture, ousmane sow, musées
21 novembre 2009
« Même Ousmane Sow a été petit »
Cette semaine, je me suis offerte un cadeau : un livre sur un sculpteur -Ousmane Sow- que j’adore, grand par la taille et encore plus par le talent, un homme que je trouve d’une infinie humanité, un livre dont le titre m’a séduite et fait rêver, un livre dont le contenu et les illustrations m’ont plu et ému à la fois. Bref, un vrai moment plaisir.

D’abord destiné aux enfants, c’est un petit bijou qui rassemble des textes, des souvenirs, des photos, des dessins, des gouaches, des collages, qui propose aux petits comme aux grands une réflexion sur l’éducation, sur la vie et l’art en général.
On y apprend notamment qu’Ousmane Sow est tombé amoureux de la lune à l’âge de trois ans, on y découvre une enfance heureuse puis ballotée, des débuts à Paris dans la plus grande pauvreté (il dormait dans les commissariats la nuit et réussissait à s’y faire offrir une baguette tous les matins) mais aussi dans la fantaisie (il a couru le marathon de Vincennes en charentaises).

On découvre aussi un homme qui n’a peur de rien ni de personne, qui s’est enrichi de ses rencontres et notamment Boris Dolto (le mari de Françoise) qui lui a enseigné la kiné.
On croise au fil des pages les hommes dont il dit qu’ils l’ont aidé à ne jamais désespérer du genre humain (parmi les lesquels Martin Luther King, Gandhi, Mandela, Victor Hugo, De Gaulle, Mohamed Ali, et d’abord et avant tout son propre père).
C’est un très joli livre, plein de tendresse et de poésie, une jolie rencontre avec ce sculpteur dont je suis fan depuis que j’ai découvert son travail au Pont des Arts en 1999 et que j’ai eu le bonheur de retrouver à Arles il y a deux ans.

Ce nouvel ouvrage de Béatrice Soulé est sorti en mai 2009, à l'occasion du dixième anniversaire de l'exposition des oeuvres d'Ousmane Sow sur le Pont des Arts, et déjà ré-imprimé en septembre dernier.

Compagne du sculpteur sénégalais, Béatrice dresse le portrait de cet artiste en retraçant sa vie, de son enfance à sa dernière création, en passant par le Pont des Arts à Paris, où son exposition attira, en 1999, plus de trois millions de visiteurs.
Le livre raconte l’homme à travers, “ des anecdotes drôles, insolites, émouvantes et parfois dramatiques, inscrites sur une page d’histoire entre le Sénégal et la France…” et revient sur les pas d’un “ parcours atypique d’un enfant sénégalais devenu un homme et un artiste hors du commun grâce à la confiance d’un père qui n’a jamais cessé de le fasciner”.

Les premières lignes du livre soulignent un passage du poème de Victor Hugo, “Mon père ce héros…”, qu’Ousmane a appris à l’école, et mentionnent vers la fin, sa dernière création intitulée “Merci”, en hommage à des monuments qui l’ont aidé à ne pas désespérer du genre humain : Victor Hugo, Nelson Mandela, le Général de Gaulle, Mohamed Ali, Gandhi, Martin Luther King et son propre père, ce héros, dont la sculpture, qui vient de naître à Dakar, figure en quatrième de couverture du livre.

*
Bio express de l'artiste
Ousmane Sow est né à Dakar le 10 octobre 1935. En 1962, il devient kinésithérapeute, en France et à Dakar, avant de se consacrer entièrement à la sculpture. En 1987, le public s’enthousiasme pour les premières expositions de ses Noubas à Dakar, puis en France et au Japon. En 1999, les Parisiens sont émerveillés par l’inoubliable rétrospective sur le pont des Arts où ils se promènent, éblouis, entre les Sioux, les Cheyennes, les soldats du général Custer, les Masais, les Zoulous et les Peuls.

Ousmane Sow, sculpteur monumental
Entre un père vénéré et une mère si jeune, si belle, mon enfance à Dakar était la douceur même. Jusqu’à ce matin de 1942 où les bombes sont tombées. Le sang, la mort et l’exil, loin de celui qui fut mon héros....
Enfant, j’habitais une immense maison de dix-neuf pièces, que ma famille partageait avec d’autres locataires, et qui était située au centre de Dakar. J’étais un petit garçon très heureux, follement aimé de mes parents et entouré de mes neuf frères et sœurs. A la fin de la journée, nous avions l’habitude de savourer la fraîcheur du soir sous la grande véranda. J’aimais rester blotti dans les bras de mon père, pendant que ma mère, si jeune, si belle, racontait les mille et une anecdotes du jour. A l’école, je n’étais pas vraiment un bon élève mais j’étais doué pour les activités artistiques.

Un jour, j’ai réalisé une petite sculpture de marin avec un des blocs de pierre que nous ramenions de la plage. Je m’étais appliqué et je me souviens encore de chaque détail : le pompon, le costume, peints à l’encre rouge et violette des plumes Sergent-Major que nous utilisions à l’époque. J’étais fier car mon père m’avait complimenté et mon instituteur avait -exposé ma statuette sur l’armoire de la classe.

C’était l’époque bénie de l’enfance insouciante. Mais en 1942, en pleine guerre mondiale, cette douceur a été balayée ; je n’avais que 7 ans mais je me souviens très bien de ces semaines qui m’ont fait grandir prématurément. Les bombardements sur Dakar s’intensifiaient, faisant de nombreuses victimes, surtout dans notre quartier.
Un jour, j’ai vu un homme à vélo se faire déchiqueter par un éclat d’obus. Il était pratiquement décapité. C’était atroce... Pour la première fois, j’étais confronté à la mort dans ce qu’elle peut avoir de plus sanglant et d’inhumain pour un enfant. Pour moi, c’était la fin de l’innocence...
Ce jour-là, mon père prend la décision de nous expédier loin de Dakar. Dès le lendemain, il nous conduit au train. Lui estime de son devoir de rester. Au fur et à mesure que le train m’éloigne de mon père adoré, mon cœur d’enfant se serre : vais-je le revoir ? Va-t-il mourir lui aussi ? Combien de temps notre exil va-t-il durer ?

Mon père a alors 63 ans, et ma mère 29. Elle est bien jeune pour s’occuper d’une si grande famille. Mais ma grand-mère, à Saint-Louis, nous fait de la place dans la case familiale et nous inscrit à l’école. Je vois tout ça d’un mauvais œil ; cela veut dire que je ne suis pas près de revoir mon père...
Nous manquons de nourriture à cause de la guerre et, avec mes frères et sœurs, nous maraudons mangues et figues de Barbarie dans les champs abandonnés. Nous ramassons des graines de nénuphar que notre grand-mère cuisine. Je ne pense qu’à l’absence de mon héros. Je m’inquiète énormément pour lui. Les mois se succèdent, interminables...

Jusqu’à un matin, où je suis en train de jouer dans la cour de l’école. A travers la grille, j’aperçois quelqu’un qui court au coin de la rue en venant vers nous. Même démarche, même allure que mon père. Ce n’est pas possible... Je m’approche, le cœur battant ; c’est lui ! Je me jette dans ses bras, fou de bonheur, incrédule... Je ressens une joie extraordinaire. C’est le plus beau jour de ma vie. Mon père m’embrasse et me serre fort contre lui ; il me dit, en me caressant les cheveux : «On rentre à la maison, c’est fini.»
Nous avons pris le train et nous sommes retournés à Dakar. Dans la grande maison désertée, où mon père était seul pendant ces longs mois, un gros éclat d’obus avait sérieusement endommagé la véranda où j’avais passé tant de soirées heureuses. Si nous étions restés, nous serions peut-être morts... J’ai pris conscience du danger que mon père avait affronté. De cela, comme de la Croix de guerre dont il avait été décoré pour avoir combattu en France pendant la Première Guerre mondiale, mon père n’a jamais reparlé.

De ce qu’il avait fait pour les autres, toute sa vie, il ne disait rien. Sa pudeur n’avait d’égale que sa ¬générosité. Quand il avait senti la guerre arriver, il avait entreposé des vivres dans une pièce de la maison. Lorsque j’allais chez nos voisins et que je voyais les marmites retournées, ce qui voulait dire que les gens n’allaient pas manger ce jour-là, il m’ordonnait : «Va leur porter du riz.» A ce rythme, nos provisions ont vite été épuisées... Mais mon père n’aurait pas toléré que nous mangions à notre faim devant les autres.
Lorsqu’il est mort, d’une hémiplégie foudroyante, j’avais 21 ans. La douleur m’a fait partir du Sénégal. Je ne voulais pas vivre dans l’ombre de son souvenir. En France, j’ai connu la pauvreté et la tristesse de l’exil, même si des gens extraordinaires m’ont aidé. J’ai appris le métier de kinésithérapeute, mais je consacrais tout mon temps libre à la sculpture, une passion dévorante.
Aujourd’hui, je veux rendre hommage, à travers mes œuvres, aux grands hommes qui m’ont aidé à ne pas désespérer des êtres humains.
Victor Hugo, Nelson Mandela, le général de Gaulle ont déjà vu le jour. Maintenant, je vais commencer la sculpture de celui qui a le plus compté pour moi : mon père. Il rejoindra cette sorte de «club» de gens honnêtes.
Et quand mes «grands hommes» seront achevés, j’aurai le sentiment d’être purifié, d’avoir payé ma dette à la société. Je les réunirai dans un musée au Sénégal, et ce sera comme un temple où j’irai m’oxygéner. (Source Paris Match)

• Interview-vidéo d’Ousmane Sow sur France24 (à partir de la 4ème minute)
• Ousmane Sow magnifie la dignité des sans-papiers
• Rencontre Collage Ousmane Sow et JR :
Miss You
11:15 Publié dans Littérature jeunesse, Miss Terre et bouts de blogs, Tous des humains | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : sculpture, livres, ousmane sow, jr, nelson mandela
30 novembre 2008
Ousmane hors de la nuit

En classant mes photos, je viens de retomber sur des clichés pris lors d'une expo d'Ousmane Sow au pont du Gard en 2005.

Les sculptures étaient posées dans une pièce très sombre et quand j'avais vu mes photos, elles étaient quasiment noires, ce qui fait que je les avais oubliées dans un coin et n'y avais plus pensé. Oui, j'aurais pu les effacer tout de suite mais voilà, je ne l'ai pas fait.

Du coup, en les revoyant aujourd'hui, je me suis dit que j'allais quand même essayer de remonter la luminosité et le contraste à fond pour voir s'il y avait quoi que ce soit à en tirer.

Le résultat est ici. Images sorties de la nuit à l'ambiance pleine de magie...

17:47 Publié dans Anna bloGalore | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : ousmane sow
08 octobre 2008
Ousmane Sow, sculpteur monumental
Je viens de lire le beau portrait d’un artiste que j’aime particulièrement et dont on a déjà parlé sur le blog, impossible pourtant de retrouver où. Peut être était-ce dans un ailleurs ? Peu importe en fait.
J’ai eu la chance de voir deux de ses expositions, l’une sur le Pont des Arts à Paris en 1999, la seconde en Arles l’an dernier, et ça a été chaque fois un enchantement, un dépaysement, une échappée magique.

L'article : "Ousmane Sow, sculpteur monumental"
Son Charles de Gaulle, en guêtres et culotte de cheval, est plus grand que nature, ce qui n'est pas peu dire. Surtout, il a les poches plates. Ousmane Sow y tient. "De Gaulle ne traînait pas de casseroles. Il n'a rien mis dans ses poches, contrairement à certains chefs d'Etat africains. Ceux-là, si je les sculptais, c'est des besaces pleines que je leur ferais, et des deux côtés", s'amuse le sculpteur sénégalais, en sirotant un jus de gingembre.
C'est ici, à Dakar, qu'Ousmane Sow a inventé sa mixture secrète, faite d'une vingtaine de produits (colle, sable, peinture...), plus ou moins longtemps macérés, potion mythique avec laquelle il "gâche" ses statues. C'est ici, dans la cour-atelier de sa maison de Yoff, quartier résidentiel de la capitale sénégalaise, qu'ont surgi ses premiers grands hommes : après Victor Hugo (une commande de Médecins du monde, dont la copie a été installée cette année à Besançon, la ville natale du poète), après Nelson Mandela (acheté par l'homme d'affaires François Pinault), Charles de Gaulle à son tour a émigré. La monumentale statue du grand cavalier à poches plates s'est posée à Versailles, dans la cour du conseil général - dont le président, Pierre Bédier, avait eu l'occasion d'apprécier le travail du sculpteur, lors d'une exposition à Saint-Germain-en-Laye.

Ousmane Sow lui-même est un géant. Adepte de culture physique, qu'il pratique chaque matin, il a une taille de basketteur et un gabarit de lutteur, à l'instar des Peuls, Massaï ou Indiens Sioux, tous ces grands balaises aux yeux tristes qu'il a fait naître de ses mains. Le pont des Arts avait accueilli, en 1999, quelques-uns de ces guerriers songeurs, gigantesques et peu vêtus. Ils avaient transformé la Seine en décor de western et propulsé Ousmane Sow au sommet de la notoriété. Ce succès a "ouvert les yeux de beaucoup d'Européens sur la réalité de l'art africain contemporain", estime le sculpteur Ndary Lô.
"La boursouflure boueuse", des corps nus, selon les mots de Germain Viatte, dans le livre collectif consacré au sculpteur (Actes Sud, 2006), le mouvement, la violence et la sensualité exprimées par les silhouettes terreuses, ruisselantes, calcinées, des acteurs de Little Big Horn, retraçant la victoire des Sioux sur les troupes du lieutenant-colonel Custer, en 1876, avaient séduit plus de 3 millions de visiteurs. Une performance réalisée grâce à la productrice Béatrice Soulé, compagne du sculpteur. "Je suis le prolongement de sa main", résume-t-elle. "Béa, c'est une professionnelle", corrige le peintre Soly Cissé, sans cacher son admiration pour cette femme d'affaires hors pair. Egalement photographe et cinéaste, elle prépare un livre pour enfants sur son grand homme à elle : Même Ousmane Sow a été petit devrait raconter la vie de l'ancien kinésithérapeute devenu un artiste coté.

Enfermé dans son immense villa, qu'il a baptisée Le Sphinx, Ousmane Sow a une réputation d'ermite. De "misanthrope ostentatoire", insistent ses détracteurs. Le sculpteur s'en défend. Le Sphinx, dit-il, n'est en rien une tour d'ivoire. "Les rumeurs de l'extérieur me parviennent. Le Sénégal va mal, et on ne peut pas ne pas l'entendre, ajoute-t-il. Mais j'ai un caractère entier. Je ne suis pas du genre à faire la cour aux puissants, au président Wade ou à je ne sais qui. Il vaut mieux que je sois à l'écart."

Agé de bientôt 73 ans, il a toujours détesté la foule et les mondanités. "Pour me reposer, je travaille", assure-t-il. Et il ne plaisante pas. En cinq mois, il a fait trois sculptures : Mandela, De Gaulle et L'Immigré (commandé par la ville de Genève). Quant à son père, Moctar, qu'il compte faire figurer dans sa série des "Grands hommes", il a mis un mois pour réussir à faire son visage. Pour mener à bien ce travail de mémoire et de re-création, Ousmane Sow ne disposait que d'une photo de passeport et de ses propres souvenirs.
"Mon père, c'est l'homme le plus accompli que j'ai rencontré", dit-il. Patron d'une société de transport, Moctar Sow appartenait à la génération des soldats de 1914-1918. Parmi les autres "Grands hommes" qui devraient naître dans la cour-atelier du Sphinx : le boxeur Cassius Clay, alias Muhammad Ali, et une femme, Rosa Parks, célèbre militante pour les droits civiques des Noirs américains, qui refusa, en 1955, de céder sa place à un passager blanc dans un bus, et fut, pour cela, arrêtée par la police. "Même s'il ne reste qu'une oeuvre ou deux, ça ne fait rien. Chacun, sur terre, a quelque chose à accomplir. Si les crapules laissent la trace de leurs mensonges, il faut qu'on sache aussi qu'il y a eu des gens de bonne volonté, des gens qui ont préféré mourir plutôt que de vivre à genoux", explique le sculpteur.
C'est sur les plages dakaroises de l'Atlantique, dans les années 1940, que l'histoire d'Ousmane Sow commence. Enfant, il sculpte des blocs de calcaire, ramassés au bord de l'eau. Il s'amuse, avec ses copains, à en faire des figurines. "D'abord, on les frottait sur le sol, pour les arrondir, puis on travaillait à la lame, pour donner une forme. On faisait des marins, des chevaux..." En grandissant, ses copains lâchent la sculpture pour le football. Pas lui.

Plus de trente années passent, pourtant, avant qu'il puisse vivre de son art. "Je n'étais pas parti pour ça", remarque-t-il, évoquant son départ pour la France, en 1957, après le choc causé, un an plus tôt, par la mort de son père. A Paris, Ousmane Sow obtient un diplôme de kinésithérapeute, métier qu'il va exercer pendant plus de vingt-cinq ans. Sur ses patients, dos tordus, chevilles pataudes, genoux enflés, l'apprenti sculpteur fait ses gammes. "La kiné m'a libéré du corps parfait. Je peux me bander les yeux et faire un corps humain de la tête aux pieds", dit-il aujourd'hui.
Il a été "le premier au Sénégal à faire de la sculpture monumentale", comme le relève son amie Aïssa Dione, styliste-designer, spécialiste des textiles. Cela a-t-il suscité des jalousies ? Sûrement. Certains l'accusent d'être "trop français", coupé de la société sénégalaise. La remarque fait sourire le peintre Soly Cissé, dont les oeuvres, elles aussi, voyagent loin de Dakar. "Les gens sont tissés par le temps, un pied au nord, un pied au sud, observe-t-il. On se croit africain, on ne l'est pas forcément. On est façonné par le destin et, aujourd'hui, le destin est multiple."
Ousmane Sow rêve de créer un musée, afin d'y rassembler ses oeuvres. Au Sénégal, bien sûr, mais pas dans la capitale. A ce jour, hormis une statue en bronze, Le Lanceur (série "Zoulou"), devant le lycée Mermoz de Dakar, aucune de ses sculptures n'est visible au Sénégal.
Par Catherine Simon
(Source Le Monde.fr du 08 octobre 2008)
Son site : ousmane sow.com
Deux livres :
• « Ousmane Sow Le Soleil en face » par Ousmane Sow, Béatrice Soulé et Emmanuel Daydé Editions Actes Sud (3ème édition de 2001)

• « Ousmane Sow » par Béatrice Soulé, Jacques-A Bertrand, Germain Viatte, et Emmanuel Daydé Editions Actes Sud (octobre 2006)

Miss You
18:10 Publié dans Coups de coeur, Miss Terre et bouts de blogs | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : sculpture, ousmane sow, nelson mandela





