30 janvier 2012

Ji Dahai expose à Nîmes

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EXPOSITION JI Dahai
du 10 au 31 janvier 2012
Vernissage : Le mardi 10 janvier à 17 h
Conférence d’ouverture : Le mardi 10 janvier à 15 h

Lycée Albert Camus
Bâtiment G salle polyvalente
51, avenue Georges Pompidou à Nîmes
30911 Mîmes cedex 2
Tél: 04 66 62 91 71
Fax: 04 66 62 98 36
Courriel: cdt.camus@ac-montpellier




Avec tout ce qui se passe en ce moment, j'ai omis de vous parler de l'exposition du peintre Ji Dahai qui se tient jusqu'à demain à Nîmes au Lycée Albert Camus. Peut-être vous souvenez-vous de l'article qu'Anna lui avait consacré en 2009 ? Non ? Alors voici ce qu'elle disait :

Ji Dahai est un peintre chinois qui vit depuis quelques années dans le sud de la France.

Je l'ai rencontré il y a un peu plus de deux ans, alors qu'il dédicaçait l'un de ses livres, "Le voyage d'un peintre chinois en Provence", après en avoir fait publier un premier sur son parcours le long des chemins de Compostelle.

Nous avions alors parlé de calligraphie et de son regard particulier pour peindre les paysages provençaux comme s'ils étaient des tableaux chinois. Nous avons eu par la suite quelques échanges par mail.

C'est ce qui m'a valu le plaisir de figurer parmi les destinataires d'un message donnant de ses nouvelles. (...)

Son mail se termine par ces mots : "En contemplant des roses toujours fleuries devant notre fenêtre, après une tempête de neige au sud de la France, nous vous souhaitons, Cécile et moi, une bonne et heureuse année 2009 !"


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Voici ce qu'en dit Jean-Louis Bougard dans la présentation de cette exposition :

Né en 1968 à Pékin, JI Dahai vit aujourd’hui en Provence. Issu de la tradition chinoise des Lettrés, inspiré par la calligraphie et la poésie contemporaine, cet artiste utilise l’encre sur soie et le papier Xuan pour exprimer la lumière, entre la lumière réelle et celle de son intérieur. Son œuvre est une ode à la beauté, la nature et l’amour.

Il peint la rosée, la montagne, les peupliers blancs ou les coquelicots. C’est chaque fois une caresse, un souffle, un murmure. Pour d’autres œuvres, la délicatesse du pinceau frôle ou s’affirme en un geste unique et d’une particulière sûreté pour dire sa pensée. Voyageur tranquille, il cueille et grave les pierres de montagnes et les galets des rivières pour en faire des sceaux. Sa grande maîtrise des matières en fait aussi un merveilleux céramiste. La matière n’est que le support de sa pensée. Et le regard du spectateur s’attarde et s’attache à ce propos jusqu’à l’ivresse.


Bonne exposition et/ou bonnes lectures !

anti

30 octobre 2011

Milly ou la terre natale

Par un curieux concours de circonstances, je vais acheter une nouvelle voiture alors que je suis sans depuis plus d'un an. Oh ! Ce ne sera pas le grand luxe, c'est une voiture d'occasion, mais une bonne occasion, une première main, achetée à un monsieur retraité qui, suite à un avc, ne va plus pouvoir s'en servir.

Ce monsieur adorait sa voiture, il s'en occupait, en prenait soin, la bichonnait avec amour. Pour lui, c'est un véritable déchirement que de s'en séparer même si je lui ai promis que s'il le souhaitait, on irait faire un tour ensemble de temps en temps.

Les larmes aux yeux, il nous a alors cité Lamartine : Objets inanimés, avez-vous donc une âme / Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?... tiré de ce poème :

Milly ou la terre natale, Alphonse de Lamartine

Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie ?
Dans son brillant exil mon cœur en a frémi ;
Il résonne de loin dans mon âme attendrie,
Comme les pas connus ou la voix d'un ami.

Montagnes que voilait le brouillard de l'automne,
Vallons que tapissait le givre du matin,
Saules dont l'émondeur effeuillait la couronne,
Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain,

Murs noircis par les ans, coteaux, sentier rapide,
Fontaine où les pasteurs accroupis tour à tour
Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide,
Et, leur urne à la main, s'entretenaient du jour,

Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toit que le pèlerin aimait à voir fumer,
Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?...


anti

23 octobre 2011

L'apprenti et le sage

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Avec huit personnes au lieu de quatre dans la maison, pas de place pour l'ennui. Les trois garçons - oui, Enzo compris - se sont payés une grande séance de jeux vidéo et leurs visages n'inspiraient pas la tristesse. En milieu d'après-midi, mes parents, Anti et moi avons fait une virée pour prendre l'air, direction Aigues-Mortes. Nous sommes tombés sur le jour de la fête locale. Il y avait des manèges et autres attractions un peu partout sur l'avant des murailles. A l'arrière se tenait une animation dans un enclos entouré de gradins. Probablement des jeux avec des taureaux, mais au moins pacifiques, ceux-là.

Nous avons marché vers la place principale. De nombreuses personnes sérieusement imbibées d'alcools divers commençaient à partir vers d'autres lieux. Aussi dingue que cela puisse paraître, on pouvait sentir un nuage de pastis dans leur sillage. Après avoir pris un thé, nous sommes allés vers une galerie toute proche voir une boutique qu'on aime beaucoup, celle de Jean-Michel Testard, spécialiste de tapis orientaux mais aussi d'autres objets venus d'Asie. Nous avons eu de la chance, il était là. Je l'ai salué - nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises dans le passé - et nous avons commencé à bavarder.

Je lui ai demandé s'il peignait toujours - ses tableaux représentent souvent des scènes orientales croquées lors de ses voyages. C'est amusant comme une question banale peut ouvrir une porte qui laisse voir sur des trésors insoupçonnés.

- Non, je ne peins plus trop en ce moment. J'ai posé mes pinceaux pour me mettre à écrire.

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Il nous montre des feuillets griffonnés posés sur une table basse. Une fiction ? Non, des souvenirs de sa jeunesse. Et quels souvenirs !

Il nous raconte que lorsqu'il avait quinze ans, il a suivi les enseignements d'un maître très âgé en Afghanistan, qui lui a appris non seulement à tisser des tapis mais à comprendre la vie. Son manuscrit a d'ailleurs pour titre Apprentissage et il y voit les mots "apprends-tissage". Car ce que son maître lui a appris, c'est que le tissage a été le premier métier mis au point par les hommes qui nécessite une transmission, un "apprends-tissage".

Et il énumère tous les mots de notre vocabulaire qui, selon lui, gardent encore la trace de la place ancestrale du tisserand : on parle de tissu social, de trame d'un discours, de tisser des liens et donc, d'apprentissage pour tout ce qui est transmission des connaissances. Il nous raconte aussi le langage secret des motifs des tapis et les histoires universelles qui sont racontées par des dessins apparus il y a dix mille ans.

Son maître lui a aussi fait comprendre ce qu'est l'équilibre en l'emmenant voir un aigle voler et en lui disant de fermer les yeux pour mieux le voir voler. Pendant que le jeune apprenti imaginait l'oiseau, le maître lui disait : "Regarde bien, maintenant je vais lui enlever juste une toute petite plume et voilà, il n'arrive plus à voler droit et il tombe. Tu vois, l'équilibre, il suffit de très peu pour le perdre".

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Il y a quelques mois, Jean-Michel Testard a eu une tumeur au cerveau qui l'a rendu aveugle en grossissant. Il s'est alors rappelé des leçons de vie de son maître et a décidé de prendre cette épreuve avec détachement. Son médecin a cru qu'il s'agissait d'inconscience du danger qu'il était en train d'affronter mais ce n'était pas le cas. Jean-Michel était parfaitement conscient de cela. Finalement, il a pu être opéré, a récupéré sa vue et a seulement perdu le bon fonctionnement de son oreille interne. Désormais, s'il ferme les yeux alors qu'il est debout, il titube. Il ne conserve son équilibre que grâce aux points de repère qu'il fixe de son regard.

Il raconte tout cela avec bonhommie. Sa joie de vivre est évidente. Et tous les jours il remercie mentalement son maître pour tout ce qu'il lui a appris et il mesure le chemin qu'il a parcouru, d'apprenti à sage.

Très belle journée à vous

07 octobre 2011

Devine qui vient coucher ce soir

Quand je dis "coucher", c'est au sens premier, certes mais aussi à l'anglo-saxonne où "couch" (prononcez "kaoutch"), c'est le canapé. Le mot anglais est d'ailleurs d'origine française, ce n'est donc pas une coïncidence. On vous en avait parlé fin juillet, nous sommes membres d'un réseau mondial de couch surfing, littéralement le parcours des canapés. Nous venons de connaître notre deuxième expérience en la matière, avec l'arrivée mercredi soir d'Aga et Greg, un couple charmant de Polonais, tous deux âgés de 25 ans.

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Ils sont en France depuis près de deux mois. Arrivés initialement dans la région de Bordeaux pour se faire un peu d'argent en cueillant des fruits, ils ont tellement aimé l'ambiance, le climat, les gens et les paysages que depuis, ils font du stop d'une ville à l'autre au hasard des occasions avec de moins en moins d'envie de rentrer chez eux. Leur façon de voyager est vraiment parfaite pour découvrir un pays inconnu : ils prennent la première voiture qui s'arrête et laissent le conducteur décider de là où il les laisse. C'est ainsi qu'à leur départ de Paris, alors qu'ils envisageaient d'aller à Lyon, ils se sont retrouvés à Sarlat (ville qu'ils ont adorée). Ils sont aussi passés par Monaco, Antibes, Nice, Marseille...

Il leur est arrivé de se faire héberger chez des gens qui n'étaient absolument pas sur le réseau de couch surfing. Leur chauffeur les avait fait descendre dans un petit patelin au milieu de rien, pas très loin de Bordeaux. Il était déjà tard et ils n'avaient aucun moyen de se connecter sur le net pour chercher sur leur site une adresse possible pour se poser. Alors, ils ont frappé à la première porte d'une maison avec un jardin, espérant avoir l'autorisation de planter leur tente pour la nuit. Les personnes qui habitaient là étaient un couple de retraités qui ne parlaient pas un mot d'anglais et eux ne parlent pas un mot de français. Ils se sont expliqués par gestes et le couple les a accueillis. Mieux, ils sont restés depuis en contact quotidien par mail. Ils utilisent de part et d'autre les traductions très approximatives faites par Google pour se comprendre plus ou moins.

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Hier après-midi, je ne travaillais pas et nous avons amené Greg et Aga au pont du Gard. C'était génial parce qu'il n'y avait quasiment personne. On a vraiment profité à fond de ce dernier jour de soleil avant le retour du vrai automne - chez nous, hier, il faisait encore 30°. Nos invités se sont même baignés dans le Gardon, Anti en tête montrant l'exemple - grâce à ses gènes bretons, elle trouvait la température de l'eau très raisonnable. Du coup, Greg a lui aussi plongé la tête sous les flots, histoire de montrer qu'un Polonais pouvait le faire aussi. Aga a été plus réservée, ne se trempant que jusqu'à la cheville. Quant à moi, je prenais courageusement des photos depuis le rivage.

Alors que la pluie venait enfin rafraîchir un peu l'air, nous nous sommes faits une soirée pizza-bières en nous racontant encore plein d'histoires. Ce matin, ils poursuivent leur route vers le sud et ont prévu de faire étape à Montpellier. C'est Sylvia et José qui vont les accueillir ce soir, très curieux de tenter l'expérience à leur tour.

Ensuite, ce sera Toulouse. Ou l'Espagne. Ou ailleurs, ils verront bien où la route les conduits.

Très belle journée à vous

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09 septembre 2011

Neuf et neuf au 9, le 9/9

DSCN5284b.jpgOyez, oyez,
qu'on se le dise,
en ce jour neuf :
aujourd'hui, c'est le 9/9.

Chez nous, au numéro 9
de notre chemin sur la D 999,
à partir de dix-neuf heures,
nous serons neuf adultes et neuf chats
et aussi quelques ados comme neufs
pour faire une teuf, bien avant l'an neuf,
et célébrer mes lecteurs tout neufs.

Ensuite, pour un weekend flambant neuf
nous irons près de ce bon vieux Pont-Neuf,
le 10/9 pour une autre teuf
probablement pleine comme un œuf,
puis voir un mandala le 11/9
et regarder l'à-venir d'un œil neuf

Oh yeah, oh yeah,
qu'onze le dix
en ce jour neuf.

Très belle journée à vous

20 août 2011

Trois jours d'harmonie avec le Dalaï Lama

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Imaginez que vous êtes parmi les 7000 personnes qui viennent voir un concert de rock au Zénith. Le groupe n'est plus qu'à une demi-heure de son entrée sur scène. Vous êtes encore dehors, dans une file d'attente qui semble interminable. Imaginez la cohue pour tenter d'entrer à tout prix dans les temps.

Ça y est, vous parvenez à passer les différents filtres de sécurité. Vous êtes à l'intérieur. Vous ne voulez pas des gradins, vous avez choisi le parterre pour pouvoir vous approcher autant que vous le pouvez. Plus que quelques minutes et ça va commencer. Des olas traversent la salle immense, des cris fusent de partout.

Soudain, la musique d'ambiance s'arrête. La tension augmente de plusieurs crans et, comme les autres, vous poussez ceux qui sont devant vous pour vous attrouper le plus près possible de la scène. Dans les hurlements surexcités, la mégastar que vous êtes venus applaudir s'avance vers le devant de la scène et salue la foule en délire. Le concert commence.

Stop.

On reprend la même séquence en changeant juste un détail. Ce n'est pas un groupe de rock que vous venez voir au Zénith, c'est le Dalaï Lama, pour un enseignement sur la pratique de la méditation.

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Vous êtes parmi les 7000 privilégiés qui ont eu la chance d'avoir des places. Il est 9h du matin et il ne reste qu'une demi-heure avant que ça commence. Vous êtes encore dehors, dans une file d'attente qui semble interminable. Et pourtant, imaginez un calme parfait. La file s'étire sur plusieurs centaines de mètres mais il n'y a aucune bousculade, aucun énervement, aucun débordement. La queue se résorbe comme par miracle.

Ça y est, vous passez les différents filtres de sécurité. Les personnes du service d'ordre sont souriantes, vous disent bonjour, vous indiquent de façon détendue comment passer sous les portiques en mettant de côté vos objets métalliques. Tout est parfaitement organisé, il n'y a aucun retard sur l'horaire prévu. Vous êtes à l'intérieur largement dans les temps. Vous ne voulez pas des gradins, vous avez choisi le parterre pour pouvoir vous approcher autant que vous le pouvez. Plus que quelques minutes et ça va commencer.

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Plusieurs dizaines de moines et moniales sont déjà assis sur scène de part et d'autre. La salle bruisse de murmures discrets, les sourires sont sur tous les visages, chacun reste à sa place en respectant les couloirs de circulation dessinés sur le sol.

Soudain, la musique d'ambiance - des chants tibétains - s'arrête. Tout le monde se lève et cesse de parler. Le silence est total, il n'y a plus un mouvement. Au bout de quelques minutes immobiles, le Dalaï Lama s'avance vers le devant de la scène et salue la foule d'un petit geste tout simple, avant d'aller prendre place sur la chaire d'où il va parler.

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Il fait le clown avant de s'assoir, faisant mine de perdre l'équilibre. Tout le monde rit. Il nous fait signe de nous assoir. Le silence revient. L'émotion est immense.

L'enseignement commence. Il va se dérouler sur quatre demi-journées et être prolongé, le troisième jour, d'une conférence publique sur l'art du bonheur.

Lors de la première matinée, en sus des moines bouddhistes se trouvent des frères bénédictins. Le Dalaï Lama les remercie de leur présence. Il veut œuvrer pour l'harmonie entre les différentes croyances, y compris l'absence de croyance. Son message se veut universel, qu'on croit en un dieu, en plusieurs ou en aucun. Il nous parle avec érudition de l'histoire du bouddhisme, de l'arrivée de cette vision du monde au Tibet, des multiples variantes qui sont apparues, de leur unité fondamentale. Il émaille son récit d'anecdotes personnelles, toujours drôles, souvent émouvantes.

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Il s'exprime la plupart du temps en anglais et parfois en tibétain. Matthieu Ricard traduit ses propos en français, secondé par un autre moine, trilingue comme lui, qui veille à ce qu'aucun détail ne soit oublié. En régie, d'autres traducteurs diffusent l'enseignement en direct, en de multiples langues dont le chinois.

Pendant les deux premières journées, le Dalaï Lama va détailler la description de la bonne conduite d'une méditation telle qu'elle a été écrite il y a 1300 ans par Kamalashila, un maître bouddhiste de l'université de Nalanda. Il ne va, pour cela, s'appuyer que sur une dizaine de phrases de ce texte qui en comporte plusieurs centaines.

Dans la mesure où il a pris deux jours pour détailler ces dix lignes, vous comprendrez qu'il serait stupide et absurde de ma part de vous résumer ces deux jours pour les ramener à dix lignes. Le texte intégral en français, anglais et tibétain est disponible gratuitement en ligne pour ceux d'entre vous que cela intéresse.

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Le troisième jour, la conférence sur l'art du bonheur a été introduite par Stéphane Hessel, chaleureusement applaudi et aux mots particulièrement émouvants. Cette fois, l'attente avant l'entrée du Dalaï Lama et de son illustre invité a duré plus de dix minutes après que les moines et donc le public se soient mis debout, dans le silence le plus total comme les fois précédentes.

Plusieurs milliers d'autres personnes qui n'avaient pu entrer dans le Zénith suivaient la conférence dehors sur un écran géant. De voir côte à côte l'un des co-rédacteurs de la déclaration universelle des Droits de l'homme et l'un des plus extraordinaires prix Nobel de la Paix que l'humanité ait connu a été quelque chose de très fort.

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Lorsque le Dalaï Lama a remis à Stéphane Hessel la traditionnelle écharpe de soie blanche, il a raconté que cette pratique était originaire d'Inde, que le tissu était fabriqué en Chine et que cela était désormais une coutume tibétaine. Alors que tout le monde riait, il a ajouté que joindre ainsi le Tibet, l'Inde et la Chine était à ses yeux un symbole parfait de paix.

Sa conférence sur l'art du bonheur a été l'un des très grands moments de ces trois jours. En introduction, il nous a dit qu'il allait, pour une fois, parler comme un non-croyant, parce que le bonheur et les moyens de le connaître sont des choses universelles qui ne dépendent d'aucune foi. A plusieurs reprises, il a montré que, malgré son retrait volontaire de tout rôle politique, il restait un farouche combattant de la paix et que la spiritualité n'empêchait pas d'avoir les pieds sur terre. Il a soulevé des tonnerres d'applaudissements en déclarant avec force : "La paix ne s'obtient pas par des prières, elle ne va pas tomber du ciel. C'est à chacun d'entre nous de passer à l'action."

A la fin, il nous a remerciés d'avoir été là aussi nombreux et d'avoir suivi ses propos avec autant d'assiduité. Il a dû se souvenir que lorsqu'il était venu au début des années 80 à Toulouse, seulement 500 personnes étaient présentes pour l'écouter.

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Cela m'a fait repensé à mon propre vécu. Après en avoir parlé à Anti, j'ai envoyé un message à Patrick, l'ami avec qui nous avions fondé le premier centre bouddhiste tibétain à Toulouse en 1976. Je vous le reproduis ici :

"Nous sommes à Toulouse avec le Dalaï Lama et je viens de dire à Anti que lorsque nous avons créé le centre, toi et moi, il devait y avoir quinze à vingt bouddhistes tibétains à Toulouse. Aujourd'hui, il y en a 7000 dans la salle dont beaucoup sont de Toulouse. Un bien bon karma... Je t'embrasse"

D'après la presse locale, il y avait en effet environ 1500 Toulousains parmi nous. La petite graine que nous avons contribué à planter parmi d'autres il y a trente-cinq ans a bien poussé.

Je termine ces quelques mots par l'expression de notre admiration pour les organisateurs qui ont fait un boulot formidable et ont obtenu un résultat parfait dans tous ses détails. Pendant les pauses déjeuner, 5000 repas par jour ont été servis sous deux grands chapiteaux dans une fluidité parfaite. Pas moins de 400 bénévoles ont été mis à contribution, certain pendant des mois, et ils ont été d'une efficacité irréprochable.

D'une certaine façon, nous, le public, les avons aidés à notre mesure en voulant tout autant qu'eux que cet évènement magnifique soit un succès. Nous avions tous pour point commun d'avoir pour valeurs la volonté d'altruisme et le respect de tous.

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A lire, ce très bel article de Richard Pevny dans L'Indépendant : Le rire du bouddha
Photos prises avec mon téléphone portable.


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16 août 2011

Quelque chose d'ineffable

IMG00255.jpgNous sommes de retour chez nous. De cette première rencontre avec le Dalaï Lama pendant trois jours en compagnie de 7000 autres privilégiés - ceux qui étaient dans la salle - nous ramenons des souvenirs impérissables, en particulier celui d'une émotion unique qui a mis plus d'une fois les larmes aux yeux de tous, sans que l'on puisse dire pourquoi. Elle me rappelle celle que j'ai ressentie lors de ma première rencontre avec Karmapa il y a plus de trente ans.

Je n'ai pas mieux à dire pour l'exprimer que ceci : certains êtres rares projettent autour d'eux bien plus que leurs mots, leurs actes ou leur apparence physique.

Sans que rien ne l'annonce, ils vous envoient au détour d'une phrase ou d'un regard quelque chose d'immatériel, de puissant, de profondément bon qui vous transfigure en vous traversant comme une vague qui déferle.

Et les larmes de bonheur jaillissent, de vos yeux comme de ceux de tout le monde autour de vous. Je dis bien de tout le monde. Il ne s'agit pas d'un excès de sensibilité de ma part à un moment donné, ou de celle de telle ou telle autre personne dans la salle. C'est un phénomène collectif. Nous sommes des milliers à le sentir en même temps et où qu'on regarde autour de nous, tout le monde pleure en souriant.

IMG00287.jpg C'est de l'émotion pure.

De l'amour pur.

Rien que pour cela, il nous a semblé irremplaçable d'avoir été présents lors de ces journées. Ce que nous avons ressenti ne peut pas se produire en regardant une retransmission télévisée du même évènement. Cela ne s'enregistre pas.

C'est un contact d'âme à âme ou, pour employer une terminologie plus bouddhiste donc non-théiste, de conscience à conscience.

Nous reparlerons du contenu très riche de ces journées un peu plus tard, mais je tenais auparavant à vous livrer ces premières impressions telles que nous les avons vécues.

Très belle journée à vous

28 juillet 2011

Mai Ly la voyageuse

Elle s'appelle Mai Ly - ça se prononce "mèï li" - et nous l'avons récupérée à la gare de Nîmes vers 14h. Elle vit à Brooklyn et elle est en Europe pour quelques jours de vacances, pendant que son mari, qui est photographe professionnel, participe à un salon qui se tient à Reykjavik en Islande.

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Comment est-elle arrivée chez nous ? En pratiquant le couch surfing, que l'on pourrait traduire par le parcours des canapés. Elle s'est inscrite sur un site web qui propose une liste de gens mettant leur canapé à la disposition de voyageurs de passage. Et il se trouve qu'Anti s'est aussi inscrite il y a peu pour faire savoir que nous avions un canapé à offrir. Elle avait d'ailleurs écrit un article complet sur le sujet il y a de cela quelque temps.

Quand je dis canapé, c'est au sens large. Par exemple, chez nous en ce moment, la chambre de Gwlad est libre et Mai y est donc hébergée dans des conditions royales. Parce que, bon, on la traite comme une reine, notre voyageuse. C'est la première qu'on reçoit. Et, coïncidence amusante, c'est aussi la première fois que Mai fait du couch surfing et elle est absolument enchantée par l'accueil dont elle bénéficie.

DSCN4567b.jpgElle nous a raconté sa vie. Elle est née dans une région au sud de la Chine que ses parents ont fui pour le Cambodge et a connu, pendant son enfance, la folie meurtrière des Khmers rouges. Ils sont repris la fuite pour le Vietnam voisin. Dans les années 70, elle est devenue boat people, comme des dizaines de milliers de ses compatriotes. Les guerres l'ont poussée avec sa famille jusque dans un camp de réfugiés en Malaisie où ils sont restés un an. Aujourd'hui, elle a 40 ans et ses proches sont pour la plupart lointains, vivant entre les USA, le Vietnam, l'Australie, la France et quelques autres pays encore.

Elle est pro-Obama, bien sûr - comment pourrait-elle aimer l'autre camp, replié sur lui-même et ignorant de ce que peut bien être le reste du monde en dehors des États-Unis sauf à se dire qu'il ne peut s'agir que de régions dangereuses peuplées de sauvages imprévisibles (oui, c'est nous, là). Forcément, comme elle adore voyager et qu'elle a vécu ce qu'elle a vécu, pour elle la planète ne se limite pas aux états sudistes et à la propagande conservatrice. Nous avions donc pas mal de convergences de vue et nous avons aussi parlé de voyages, ceux que nous avons faits et ceux à venir.

Aujourd'hui, nous allons commencer par aller avec elle aux Halles pour acheter des épices et sûrement d'autres bonnes choses à manger. Elle tient à nous cuisiner quelque chose ce soir. Demain, elle poursuivra sa route vers Marseille avant de remonter sur Paris et de prendre l'avion pour Reykjavik retrouver son époux, américain d'une famille ultra-conservatrice. Il a beaucoup évolué à son contact mais il était quand même très inquiet de la savoir partie seule en France pour loger chez de parfaits inconnus. Elle l'a eu au téléphone hier soir pour le rassurer sur ce point, avant de se replonger avec Anti dans le visionnage de photos de la région et d'ailleurs.

Très belle journée à vous

14 juin 2011

Des corridas humaines sous Franco

DSCN3381b.jpgEn marge du concert de Youssou à Nîmes, nous avons fait la connaissance de Jules qui nous a raconté un souvenir d'enfance renversant.

Comme nous étions au pied des arènes et un jour de féria, en plus, Jules a lancé la conversation sur les corridas en précisant qu'il n'aimait pas ça du tout. Nous lui avons répondu que nous non plus et que nous étions même actifs auprès d'associations pour obtenir son abolition.

Jules nous a alors dit pour quelle raison hors du commun il n'avait jamais aimé la corrida. Âgé aujourd'hui d'une cinquantaine d'années, il est d'origine espagnole. En pleine montée du franquisme à la fin des années 30, son grand-père était républicain. Il a été arrêté puis torturé et exécuté d'une façon dont nous n'avions jamais entendu parler : au cours d'une corrida privée où il s'est retrouvé à la place du taureau.

Les tortionnaires franquistes pratiquaient des corridas humaines.

Le prisonnier était poussé dans une petite arène et, face à lui, des picadors et un torero venaient le torturer en suivant exactement le rituel sinistre de la corrida - coups de piques pour lui faire perdre du sang, banderilles plantées dans le corps et au bout, mise à mort transpercé par l'épée du matador.

corrida.jpgSi vous avez lu mon livre Le soleil sous la Terre, vous vous doutez de ce qu'ont pu être nos pensées à l'écoute de ce souvenir sinistre. La réalité dépasse toujours la fiction, surtout lorsqu'on croit imaginer le pire.

Le père de Jules, républicain également, a fini par fuir l'Espagne et à se réfugier en France à Bourges, comme beaucoup d'autres. C'est ainsi que Jules est né en France.

De temps en temps, il revient en Espagne pour retrouver ceux de sa famille restés au pays et il essaie de passer par dessus le fait que certains d'entre eux, dans les années noires, ont aussi été des franquistes et des délateurs.

Devenu adulte, il a voulu une fois assister quand même à une corrida. Il était tout au bord de l'arène. Il nous a raconté que ça a été un vrai massacre, une agonie interminable avec du sang qui giclait et un taureau refusant de mourir qu'il a fallu achever, à quelques mètres de lui, à coups de poignard.

Depuis, Jules n'a plus aucun doute sur le fait que la corrida est une horreur injustifiable, en plus d'être une torture franquiste.


Photos : (1) Jules pendant le concert de Youssou, (2) anti-corrida.skyrock.com/

27 mai 2011

Un café chez la Dame du Voyage

Nous vous avons déjà parlé de Françoise Gaspard à plusieurs reprises sur ce blog. Tout-le-monde la connait sous le nom de la Dame du Voyage. Nous avons croisé sa route pour la première fois il y a un an aux Saintes-Maries, le soir de l'inauguration de l'expo organisée par l'Association Saintoise des Gitans et Amis.

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Elle s'est mise un beau jour à écrire des poèmes à la demande de Thérèse Chevalier, la présidente de l'association, et depuis, elle n'a plus arrêté. Son premier recueil, Mes cris par mes écrits, venait tout juste de sortir. Sur l'un des murs de l'expo se trouvait une lettre bouleversante écrite par Françoise au sous-préfet de Meaux.

Elle lui racontait la galère et le mépris ordinaires que subissent les gens du voyage à chaque démarche administrative. Elle parlait de la claque qu'elle a reçue en découvrant qu'elle relevait du service en charge de "l'accueil des étrangers" alors qu'elle est Française depuis plusieurs générations. Elle décrivait son incompréhension face à la manière dont les gens du voyage sont traités par la République.

Elle travaille, elle paye ce qu'elle a à payer, elle est fière de sa carte d'électeur et s'en sert.

Il y a quelques temps, Françoise a vu l'un des articles qu'Anti lui a consacré sur le blog et elle a déposé un mot très ému. Anti et elle ont ensuite correspondu par mail. Nous avons failli la voir cet hiver, profitant du fait qu'elle loge tout près de Nîmes à cette époque de l'année, mais elle devait reprendre la route et ça ne s'est pas fait. Rendez-vous a été repris, autour du pèlerinage des Saintes.

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Mardi, donc, après la procession de Sara, nous l'avons appelée sur son portable et elle nous a indiqué où la rejoindre. Sa caravane était installée sur le second parking des Saintes, le plus éloigné de la ville le long de la mer, donc le plus calme. A notre arrivée, elle était là, avec son mari et le plus grand de ses petits-fils. Le grand en question a 17 ans, c'est dire si elle a commencé tôt. Françoise en effet a 53 ans, six enfants et seize petits-enfants. Tous ceux en âge d'être scolarisés l'ont été.

Françoise nous a servi un café, l'ambiance était parfaite, détendue. Le plaisir d'être ensemble. Il y avait aussi une amie de passage, jeune maman gadji avec son bébé. Françoise était très heureuse de faire la connaissance de Kathy. Elle a, en effet, adoré Les voyageurs au sang d'or, le livre l'a énormément émue. Détail amusant, elle l'a découvert par hasard des mois après qu'on l'ait rencontrée aux Saintes, une de ses nièces le lui ayant offert en cadeau après l'avoir remarqué dans une librairie de Seine-et-Marne à cause de la couverture montrant une roulotte. Elle n'en revenait pas que Kathy puisse ne pas être Rom, pour avoir écrit une telle histoire avec un tel style. Kathy était aux anges et le méritait bien.

Anti lui a acheté un exemplaire de Mes cris par mes écrits, avec une belle dédicace bien sûr.

DSCN3009.jpgAu moment où nous allions repartir est arrivé un jeune homme avec une guitare jazz sous le bras. Il s'agissait du cousin de la jeune maman qui, elle, s'apprêtait aussi à repartir. Lui, il ne savait pas trop où passer la nuit. Françoise lui a dit : "Si tu veux, tu peux rester ici. Attends, je vais demander à mon petit-fils." Elle est entrée dans la caravane, est ressortie quelques secondes plus tard. "C'est bon, il est d'accord pour partager sa banquette avec toi." Chez elle, l'espace est petit mais le cœur sans limite.

Le portable de Françoise a sonné. C'était une équipe de tournage, des journalistes espagnols qui voulaient l'interviewer et qui s'étaient perdus dans le campement. Elle leur a donné quelques indications et ils sont arrivés. Nous avons dit au revoir à tout le monde et promis de nous revoir bientôt.

Une dernière chose, très importante.

La passion de Françoise, c'est l'écriture. Son combat, c'est l'éducation. Elle travaille avec plusieurs associations qui œuvrent à faire scolariser les enfants du voyage. Elle a même été élue présidente d'une fédération de certaines de ces associations. Elle intervient à chaque fois qu'elle le peut dans les écoles et les collèges pour expliquer aux enfants et aux ados qui sont les gens du voyage, comment ils vivent et ce qu'ils doivent surmonter au quotidien. Son but est évident : faire tomber les peurs, les préjugés, le racisme. Si vous avez envie de la faire inviter dans un établissement scolaire pour qu'elle vienne s'y exprimer, contactez-nous, nous lui ferons suivre votre demande.

Très belle journée à vous

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