16 mai 2012

Sortie en mer avec Robert

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Port de la Grande Motte - anti



rnsortiemeraffiche.jpgPour la troisième édition du salon "Les Pyramides du Livre", la ville de la Grande-Motte a décidé de mettre en avant son originalité géographique, être une ville balnéaire, en proposant deux sorties en mer pour des rencontres-lectures.

Robert Notenboom et Étiennette Paule-Lugaro ont donc étrenné chacun leur tour cette nouveauté pour le plus grand plaisir de leur auditoire dans lequel se mêlaient lecteurs et auteurs.

Voici quelques photos du samedi après-midi, prises lors de la prestation de Robert Notenboom.





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L'équipage de "La Providence" accueille Robert Notenboom - Sortie en mer, samedi 12 mai 2012



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Robert Notenboom - Sortie en mer, samedi 12 mai 2012


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Robert Notenboom - Sortie en mer, samedi 12 mai 2012


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Robert Notenboom présente son nouvel ouvrage "Langue française et poésie"


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Robert Notenboom en grande discussion avec le souriant Alain Vircondelet, président de jury du Prix Marguerite Duras
Sortie en mer, samedi 12 mai 2012


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Elsa Schellhase, adjointe à la culture, Étiennette Paule-Lugaro & Alain Vircondelet


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Retour au port, encore quelques dédicaces de Robert Notenboom avant de débarquer



Un grand merci à la municipalité de la Grande Motte pour cette idée originale qui a séduit tout le monde. Et bien sûr, un grand merci à Robert Notenboom et Étiennette Paule-Lugaro de nous avoir enchantés avec leurs mots.

Vivement l'année prochaine !

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14 mai 2012

Le ciel, le sable, le coeur

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La seconde journée aux Pyramides du Livre s'est passée à merveille. Le ciel balayé par le mistral était de ce bleu parfait si caractéristique de notre région. Et, grâce au vent, l'air était bien plus agréable.

La matinée s'est écoulée paresseusement, il n'y avait vraiment pas foule. Nos deux compères, les Roberts, en ont profité pour faire encore mieux connaissance. Nous avons un peu mieux organisé leur stand pour mettre en valeur les autres réalisations de Clovis, en exposant en bonne place les aventures de Replète la Sorcière (eMmA, on a bien pensé à toi).

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Vers 13h, Sylvia et José nous ont rejoints et nous avons mangé avec eux dans l'excellent restaurant de l'hôtel Mercure, sous les muriers-platanes face au port.

La dame qui nous servait était non seulement efficace, mais surtout pleine d'humour. Elle était d'origine népalaise.

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Les ventes ont décollé dans l'après-midi, avec une jolie affluence. A mes côtés, Marie-Lune Sage, grande-mottoise et fière de l'être, présentait ses deux livres édités par le Puits de Roulle - Dédé la Roulette et Trois petits lapins. On a beaucoup ri avec elle.

Nous avons fait, Anti et moi à tour de rôle, un petit tour sur la plage pour admirer les créations de sable d'un artiste qui vient là tous les ans et essaie d'en vivre. Ses œuvres éphémères étaient impressionnantes de précision. Ont-elles survécu à la nuit ? Le sculpteur doit probablement les refaire jour après jour pour attirer à nouveau les promeneurs.

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En fin d'après-midi, deux dames sont venues nous voir de la part de Dominique Lancastre, un auteur avec qui nous avons sympathisé lors du SIEL de Paris. Elles nous ont acheté plusieurs livres, dont deux des miens.

L'une d'elles, qui se prénomme Aimée (à droite sur la photo ci-dessous), a payé avec un chèque. Je regarde machinalement son nom et surprise : c'est celui de l'homme dont l'histoire malheureuse a inspiré le film Intouchables. Je lui demande si elle est parente avec lui. Elle l'est, effectivement, et nous a décrit avec beaucoup d'émotion le drame qui l'a enfermé dans son propre corps, pour reprendre son image.

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Nous avons beaucoup parlé avec elles, surtout d'écriture et de beauté de la langue française, jusqu'au moment où les organisateurs ont commencé à démonter les tentes autour de nous. Nous espérons que nous les reverrons tôt ou tard, Aimée habitant près de Montpellier.

Très belle journée à vous

13 mai 2012

Stand avec vue

Notre première journée aux Pyramides du Livre à la Grande-Motte s'est très bien passée, malgré une baisse d'affluence du public à cette manifestation par rapport aux années précédentes. La venue de Charles Aznavour était censée servir de locomotive pour les 150 autres auteurs présents mais le chanteur se l'est jouée diva en ne restant que le temps strictement nécessaire pour dédicacer et vendre son petit stock de livres avant de se barrer sans se mêler au commun des mortels.

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Sur notre stand, après une matinée au ralenti, les choses ont vraiment démarré à partir de 15h, autrement dit comme l'an dernier. Nous étions quatre auteurs présents : Robert Notenboom, Clovis Perrin, Claude Montjaux et moi-même. Nous avons tous les quatre vendus nos ouvrages. A cela se sont rajoutés quelques exemplaires de Lucienne, dont un à une dame se prénommant... Lucienne.

L'ambiance était fort joyeuse et la chaleur estivale. D'ailleurs, Anti et moi avons fait un petit tour à la plage pour tremper nos pieds, histoire de prendre un peu l'air, malgré notre stand avec vue sur la mer. L'article dans le Midi Libre a eu un impact certain : plusieurs personnes sont venues nous voir en relation directe avec sa parution.

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Vers 14h30, Robert, Clovis et Anti sont partis sur un grand bateau pour une balade d'une heure pendant laquelle Robert a refait sa conférence sur la langue française agrémentée de lectures de poésies - Anti vous racontera ça dans une autre note dès qu'elle aura le temps de l'assembler. Pendant leur périple, je gardais le stand avec les Montjaux.

De retour à Nîmes, nous avons lancé un bon poulet pommes de terre. Gwlad est arrivée peu après avec Houssam - eux aussi étaient à la mer mais pour profiter de la plage au Grau du Roi - précédés de peu de Mouayadi et Anli. Notre maison étant aussi ouverte et accueillante que l'est ce blog, qui n'en est après tout que la prolongation dans le cybermonde, Anti a aussitôt lancé un repas-bis pour les ados qui sont allés manger sur la terrasse pendant que nous nous installions à la grande table en chêne du séjour.

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Avant de passer à table, Anti a présenté Anli à Robert en lui disant "C'est lui qui a écrit le livre de poésies que je t'ai offert". Anli était aux anges ! Rendez-vous compte, après avoir lu un livre qu'il avait vraiment aimé sans que ce soit un prof qui le lui impose, il rencontrait son auteur. Pour lui, c'était magique.

Très belle journée à vous

12 mai 2012

Farandole de Roberts sur canapé

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Les deux Roberts sont arrivés à la maison dans l'après-midi, à une vingtaine de minutes l'un de l'autre. J'ai ramené le premier - de son nom, Notenboom - depuis la gare. Le second - qui se prénomme également Robert dans la vraie vie mais est plus connu sous les pseudos multirécidivistes de Kasimir, de Clovis Perrin ou de Pinson Déplumé malgré son abondante chevelure - est arrivé avec sa voiture.

Nous leur avons montré leurs lits respectifs : le fameux canapé-baignoire-orange pour Robert Premier (normal, il aime l'art moderne) et le lit en mezzanine d'Enzo pour le second (normal, il a illustré les aventures de Replète la Sorcière écrites par eMmA).

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Ensuite, Anti et moi avons dû filer faire les courses. Aucun risque que les deux Roberts s'ennuient pendant notre absence, le Petit Robert est empli de mots et le Grand Robert Illustré, d'images. Ils se sont lancés dans une discussion passionnée et à notre retour, ils parlaient toujours du même sujet.

Après avoir tout rangé dans le frigo et les placards, il était temps que nous ressortions puisque nous approchions de 20h et que l'un des Roberts voulait absolument nous inviter au restau avec l'autre. Nous somme retournés au restau viet où nous avions amené le premier Robert la dernière fois qu'il était à Nîmes.

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Le lieu s'appelle - je vous le donne en mille - la Baie d'Halong. La nourriture y est délicieuse et d'un prix très abordable.

L'ambiance à notre table était fort animée. Le Gigondas et les plats épicés aidant, nous nous sommes racontés bien avant le dessert nos découvertes respectives de la sexualité. J'ai bien peur que nous nous soyons exprimés un petit peu trop fort mais comment pourrait-il en être autrement quand on est avec deux volumes de Robert complétement défoncés...

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Ce matin, départ à l'aube pour la Grande Motte. Non, je ne parle plus de sexualité, là. Loin de moi l'idée de faire des jeux de mots faciles, vous me connaissez. N'empêche... Quand je pense que, pendant tout un weekend, on va exposer sur notre stand nos deux roberts en plein centre de la grande motte, sûr que je vais en vendre un max de mes recueils de nouvelles érotiques.

Très belle journée à vous

04 mai 2012

Les Pyramides du Livre

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Pyramides du Livre 2011 - Photo Anna Galore


C'est parti pour la nouvelle édition du salon "Les Pyramides du Livre" qui se tiendra à la Grande Motte (34) le week-end prochain. Grand succès l'an dernier, c'est avec plaisir que Les Éditions du Puits de Roulle y participeront cette année encore. Il faut dire que, là aussi, la municipalité met tout en œuvre pour accueillir tous les acteurs de la chaîne du livre et les visiteurs dans les règles de l'art. Seront présents nos auteurs : Anna Galore, Claude Montjaux, Robert Notenboom et Clovis Perrin.

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Cette année, le parrain de la manifestation n'est autre que Charles Aznavour qui dédicacera son livre D’une porte l’autre le samedi 12 de 15 h à 17 h 30 (Stand SAURAMPS), mais au-delà de la présence de cet illustre artiste, c'est un programme riche et varié que nous propose le service culturel de la Grande-Motte avec des nouveautés, notamment la découverte du livre en mer :

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SAMEDI 12 MAI à 14 h 30

Robert Notenboom présentera son dernier livre publié aux Éditions du Puits de Roulle : "Langue Française et Poésie", et vous lira quelques poésies... Attention : places limitées. Pour assister à cette sortie en mer, vous pourrez vous inscrire dès le samedi matin auprès du stand du service culturel qui sera sur le quai d'honneur.

Le dimanche 13 mai, c'est Etiennette Paule-Lugaro qui prendra le relai.






A très bientôt !!!


Stéphanie Lahana

26 avril 2012

Amour de la langue française et poésie

La sortie de "Langue Française et Poésie", de Robert Notenboom est accueillie avec beaucoup d'enthousiasme par les amoureux de la langue française comme le témoignent cet article et cet entretien sur le site de "La Cause Littéraire" :

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rncauselittlogo.jpgValérie Debieux : Robert Notenboom, en tant qu’amoureux de la langue française, que pensez-vous de l’influence anglo-saxonne sur notre langue ?

Robert Notenboom : La langue anglaise a bénéficié et souffert d’avoir été pendant plus de deux siècles celle de la puissance mondiale dominante, la Grande Bretagne d’abord, les Etats-Unis jusqu’à présent. Cela explique que nos élites aiment à émailler leurs propos de mots anglais. Il s’agit là d’un phénomène passager un peu agaçant, mais qui ne met pas notre langue en danger. Parfois, des mots étrangers entrent dans notre langue durablement quand ils correspondent à un concept nouveau. Les mots « humour » et « tennis », eux-mêmes d’ailleurs venus du français, se sont bien intégrés et nous avons renoncé à les prononcer à l’anglaise. Certains emprunts, il est vrai, pourraient avantageusement être remplacés par des mots français. Mais relativisons cette crainte de l’influence anglo-saxonne, bientôt remplacée peut-être par une autre, chinoise ou indienne. Depuis ses origines, notre langue s’est faite d’emprunts et, comme je l’écris dans "Langue Française et Poésie" son vocabulaire est constitué, non seulement de mots d’origine latine, mais aussi francique, celtique, arabe, etc…

Remarquons que certains mots anglais font une courte incursion dans notre langue avant de disparaître assez vite. Les romans de Jules Verne sont truffés de mots anglais, en vogue à son époque et disparus aujourd’hui. Cela dit, je regrette que l’on dise aujourd’hui « obsolète » au lieu de « désuet » et « spécifique » à la place de « spécial ». Remarquons que ce sont surtout les « élites » qui parlent ainsi, notre peuple, dans ses profondeurs, continuant de parler un français convenable.

Valérie Debieux : La langue française bénéficie d’un vocabulaire excessivement large. Pourtant, l’on assiste à une paupérisation du langage et nombreux sont ceux qui, enseignants, hommes ou femmes de lettres, journalistes, déplorent cet appauvrissement. Existe-t-il, à votre avis, une solution pour aller à l’encontre de cette tendance ?

Robert Notenboom : Notre vocabulaire n’est pas si riche que cela. Les langues romanes sont assez pauvres en mots décrivant les sensations. Nous n’avons pas l’égal de l’anglais pour rendre les nuances entre « to shiver » et « to quiver ». Quel mot français pourra traduire l’allemand « summen » ? D’autre part, nos langues romanes sont peu aptes à construire des mots composés. D’où notre recours aux racines grecques ou à l’anglais. Mais on ne peut pas dire non plus qu’une langue est pauvre, ou riche. Chaque peuple a très exactement le nombre de mots dont il a besoin puisque c’est lui qui, souverain au moins en ce domaine, décide de leur création ou de leur intégration. D’autre part, de très grands écrivains ont écrit avec un nombre limité de mots, comme Racine ; d’autres, comme Maurice Genevoix utilisent un vocabulaire impressionnant. On peut cependant regretter un appauvrissement du langage, aussi bien dans les milieux populaires que chez les journalistes et universitaires qui ne prennent plus le temps de chercher le mot juste.

Valérie Debieux : À votre avis, le rôle des grammairiens va-t-il perdre de son influence, si tant est qu’ils en ont encore, au point d’être relayé à quelques pages dans l’histoire de la langue française ?

Robert Notenboom : Oh, les grammairiens ne sont que les juristes du langage. Ils ne le créent pas mais en codifient l’usage. Malherbe disait déjà cela en son temps. Je ne suis pas sûr qu’ils aient perdu le peu d’influence qu’ils ont jamais eu. Plus grave, selon moi, l’abandon de l’enseignement du latin qui rend plus difficile aux élèves la compréhension de notre langue dans sa structure, sa syntaxe, son orthographe. Je regrette qu’il n’existe pas une Académie de la Langue Française, uniquement constituée de linguistes, de grammairiens et de quelques écrivains des différents pays de la francophonie. Elle veillerait à entériner et à encadrer les évolutions indispensables de notre langue et à en maintenir l’unité au niveau mondial.

Valérie Debieux : La langue française ainsi que les règles de grammaire s’y rapportant, tendent vers une simplification au point d’assister à un élagage en règle du dictionnaire. Peut-on dire qu’une révolution est en marche et que celle-ci aura pour conséquence de « décapiter » notre langue ?

Robert Notenboom : Les langues sont l’expression d’un peuple et le reflet de son évolution culturelle. Le vrai problème réside, tout au moins en France, dans la qualité de l’instruction que notre école apporte à nos citoyens. Je ne suis cependant pas aussi pessimiste que vous semblez l’être. Je suis même très admiratif de la façon dont parlent les français et surtout les françaises issus de l’immigration.

Valérie Debieux : Il est difficile de dissocier « apprentissage de la langue française » et « enseignement ». Quels conseils donneriez-vous aux personnes responsables de la langue française ? Que ce soit à l’école primaire, dans les lycées ou les collèges ?

Robert Notenboom : Là encore, je ne puis parler que de la France. Je regrette que nos politiques confondent « Education Nationale » et « Instruction Publique ». Dès lors que l’éducation n’est plus totalement assurée par les familles, que les enseignants sont contraints de se substituer à elles, il leur est très difficile de se consacrer comme il le faudrait à l’enseignement d’une façon générale, de notre langue en particulier. Il y aurait beaucoup à dire sur notre système d’enseignement qui ne consiste, hélas, pas à donner à chaque élève le niveau qu’il serait capable d’atteindre, mais de prendre en main les plus doués ou les plus vifs et d’abandonner les autres en chemin. Compte tenu de la situation, il faudrait commencer par diminuer les effectifs dans les petites classes, notamment dans les banlieues à forte proportion d’immigrants. C’est toute la philosophie de notre enseignement qui devrait être revue pour que chaque enfant puisse devenir ce qu’il est potentiellement (C’est le « Werde was Du bist » de Nietzsche).

Valérie Debieux : Quels sont vos influences littéraires ?

Robert Notenboom : Mes influences littéraires ? Vous savez, j’ai beaucoup lu pendant mon enfance et mon adolescence. Ensuite, la vie active, je l’ai consacrée aux affaires pour nourrir ma famille. Ce n’est qu’après ce qu’on appelle une grave maladie il y a quelques années, sentant planer sur moi les ombres de la mort, que j’ai sorti de mes tiroirs les poésies écrites en cachette tout au long de ma vie, en ai écrit d’autres et les ai enfin publiées. Ce n’est aussi que depuis quelques années que je me suis remis à la lecture, privilégiant la poésie et la philosophie. Ainsi, je ne connais Philippe Jaccottet que depuis deux ans. Je pense donc avoir échappé aux influences d’autres poètes et cela a souvent été avec étonnement que je me suis senti proche d’eux. Je dois avoir été influencé, moins par tel ou tel auteur, que par l’air du temps.

Valérie Debieux : Quels sont vos poèmes préférés ?

Robert Notenboom : Mes poèmes préférés ? Le Cimetière Marin de Paul Valéry, quelques poésies courtes de Juan Ram Jiménez de son recueil intitulé Eternidades, quelques poésies d’un poète allemand contemporain, Rainer Kunze, de son recueil Ein Tag auf dieser Erde.

Valérie Debieux : Quels sont vos thèmes préférés en matière de poésie ?

Robert Notenboom : La vie, l’amour et la mort qui les illuminent. Mais peut-on parler d’autre chose en poésie ? La fragilité aussi, la poudre d’or qui reste sur nos doigts d’avoir seulement effleuré les ailes d’un papillon.

Valérie Debieux : Ecoutez-vous de la musique en écrivant vos poèmes ? Où n’écoutez-vous que votre voix intérieure, tel un « cante jondo » qui glisserait en votre oreille, tel un « murmure d’ange »…

Robert Notenboom : Voyez-vous, j’aime énormément la musique au point de vouloir que la poésie en soit une. Je tiens énormément à ce qu’une poésie soit une mélodie avec son rythme, ses durées, ses sonorités. Aussi, je ne veux pas que cette petite musique soit contrariée, étouffée par la « Grande » musique. Donc, ou bien j’écoute, ou bien j’écris attentif à cette voix intérieure dont vous parlez si justement. À peine ai-je dit cela que j’ai envie de me contredire… un peu. Il arrive qu’écoutant Jean Sébastian Bach ou Gustav Mahler, l’émotion me pousse à me jeter sur le carnet qui ne me quitte jamais.

Valérie Debieux : Le mot de la fin. Il est pour vous…

Robert Notenboom : Le mot de la fin ? Permettez-moi qu’il y en ait deux. Le premier pour vous remercier de tout le temps que vous m’avez consacré. Le second, pour souhaiter que l’on donne ou redonne aux français l’amour de la poésie. Cela passera par un dépoussiérage de notre panthéon poétique. Certains auteurs terriblement bavards et de peu de talent ont laissé d’abominables souvenirs des poésies apprises au lycée tandis que la postérité, aussi injuste que le temps présent, n’a pas rendu justice à d’immenses poètes. Une belle tâche pour une revue littéraire……

Entretien mené par Valérie Debieux

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rnlfpfondnoir.jpg"Langue Française et Poésie" (...) une remarquable étude de la poésie au travers des siècles. Un article de Valérie Debieux.

Robert Notenboom a donné une conférence au SIEL de Paris le 27 novembre 2011. Le verbatim de celle-ci figure en première partie de son ouvrage et le rappel des règles de la prosodie classique constitue la seconde.

L’auteur n’a, selon ses propos, pas hérité de la langue française, il a dû la conquérir, ce qui explique, sans doute, le profond attachement qu’il lui porte. Dans cet essai, il dépeint la langue de Molière, son histoire, sa nature, son vocabulaire, son orthographe, sa richesse vocalique, son rythme, son statut actuel entre « classicisme rassurant et verlibrisme délirant ». Il présente, avec bonheur et un souci marqué du détail, la langue française sous toutes ses facettes. Un peu à l’image d’un artisan travaillant la matière.

Sa démarche, il l’explique en quelques lignes : « De même qu’un maçon doit connaître le sable et la chaux, ainsi que le maniement de la truelle, un ébéniste doit distinguer les différents bois, en connaître la dureté et la densité, maîtriser l’usage de la gouge et du maillet ; de même le poète doit-il connaître la langue qu’il a choisi de servir, être à l’aise avec sa grammaire, sa syntaxe et ce que l’on nomme communément la prosodie, à laquelle je préfèrerais donner le nom de rythmique ».

Le poète se doit ainsi d’être en osmose avec la langue qu’il pratique ; il se doit d’en connaître les règles et les usages tout en s’accordant certaines libertés en s’affranchissant consciemment des canons de la grammaire. Faut-il plutôt écrire en vers classique, en prose poétique ou en vers libre moderne ? « Fais ce que veux » aurait répondu Rabelais. « Fais comme il te vient », dit Robert Notenboom, qui revendique « […] une certaine audace, tant en matière grammaticale que lexicale ».

Afin d’imager au mieux la teneur de ses propos, Robert Notenboom recourt à l’usage des comparatifs. Aussi se réfère-t-il notamment à la musique : « Nous avons tout intérêt à tenir compte dans la musique de la phrase de ces durées. Elles lui sont ce que sont les blanches et les noires en musique alors que l’accent d’intensité, lui, bat la mesure. Il n’est pas indifférent que dans cette longue méditation qu’est le “Cimetière marin”, la plupart des rimes féminines soient des longues. Même à l’intérieur des vers, Paul Valéry semble avoir préféré les syllabes les plus longues ».


À ce point pur je monte et m’accoutume,
Tout entouré de mon regard marin ;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l’altitude un dédain souverain.



Robert Notenboom nous montre que la poésie est de la « musique avant tout » : « une musique moins éclatante que la grande musique, une musique discrète, subtile, ridicule quand elle se laisse aller à de grandes envolées pour lesquelles elle n’est pas faite, mais d’autant plus belle qu’elle accepte dans sa modestie, toute harmonie, comme un bateau bien chevillé prêt à prendre la mer ».

Avec son sens de l’image, sa pratique de l’ellipse, il aborde la difficulté rencontrée par le poète, en charge d’exprimer une réalité dans sa globalité, de composer à l’aide des mots, le plus juste reflet de celle-ci.

Robert Notenboom, en orfèvre du mot, pratique l’économie du verbe, tout comme le préconisait Jean Prouvé qui disait, en substance, que tout ce qui n’est pas indispensable est de trop, de même qu’en musique, le musicien « n’ajoutera pas de notes aux notes et ne compliquera pas ses accords dans l’intention d’orner, de rendre son œuvre plus plaisante ».

Cet ouvrage est une remarquable étude de la poésie au travers des siècles.

Valérie Debieux

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La piqûre d'une épine, d'un frelon, la caresse imprévue et soudaine, la choc au coeur à revoir au hasard d'un concert l'être aimé, perdu de vue depuis tant d'années, l'émerveillement devant un cerisier en fleurs, autant d'ondes électriques qui se faufilent dans tout le corps jusqu'au cerveau.

Notre esprit les perçoit, ces sensations, ces émotions, plus encore, il les comprend à faire corps avec elles. Vite, vite ! C'est tout de suite qu'il faut jeter sur le papier les mots qui nous viennent.

Un peu plus tard, notre esprit prendrait de la distance, décrirait ce qu'il aurait perçu et évacué de soi, prendrait donc du recul, l'expliquerait, raisonnerait, ratiocinerait, le transformerait et censurerait ce qui lui aurait paru obscur, dénué de sens, privant la poésie, peut-être, de l'essentiel.

Les mots, rapidement jetés, il sera toujours temps de les relire, d'en remplacer un par un autre, d'en supprimer surtout, de modifier peut-être le rythme de la phrase pour arriver à la beauté. Surtout ne rien ajouter. Et cette poésie sera le plus souvent brève parce qu'elle doit nous saisir, d'un seul coup, comme nous le fûmes par nos sensations. La parole dite, elle poursuivra en nous son chemin silencieux.

Mais alors Paul Valéry et le "Cimetière Marin" ? Effectivement, ici nous ne sommes plus dans le domaine de la poésie courte, instantanée. Le poète n'a pas réfréné son esprit, pour recueillir simplement le jaillissement de ses sens et l'élan de son coeur avant qu'ils ne se transforment en rhétorique. Ici, nous sommes dans un troisième temps. Dépassée, la perception, dépassées les analyses que l'on trouve dans les "Cahiers" du poète. Nous sommes dans la méditation. Il ne s'agit plus de l'expression immédiate d'une émotion mais du souvenir de celle-ci, dune réflexion qui, au rythme incantatoire du décasyllabe le plus classique, génère et amplifie des émotions renouvelées.

La poésie, c'est ou bien la fulgurance de l'instant ou bien l'émotion à revenir sur nos pas, sur nous-mêmes, observant rêveusement comme Narcisse, notre propre visage dans le flot ralenti du fleuve ou sur le "toit tranquille où picoraient les focs".

Robert Notenboom

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« Langue française et poésie », de Robert Notenboom. Format : A5 - 100 pages -
ISBN : 978-2-919139-21-7 Prix : 10 € - Frais de port 2,40 € - Pour commander : cliquez ici.

Le site internet de Valérie Debieux

Le site de La Cause Littéraire

Robert Notenboom sur Facebook

Tous les articles consacrés à Robert Notenboom se trouvent ici.

Le site des Éditions du Puits de Roulle

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24 avril 2012

Langue Française et Poésie de Robert Notenboom

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Comme vous le savez, c'est la reprise pour les Éditions du Puits de Roulle. Une rentrée chargée puisque riche en actualités notamment avec la sortie du tout dernier livre du poète Robert Notenboom, intitulé « Langue française et poésie ».

marquepagesverbatimbleu.jpg« Langue française et poésie », de Robert Notenboom.


Le dimanche 27 avril 2011, dans le cadre du SIEL (Salon International des Expressions Libres & Littéraires), le poète Robert Notenboom donnait une conférence intitulée « Langue française et poésie ».


À la demande de nombreux auditeurs ainsi qu’à celle de personnes n’ayant pu y assister, voici le verbatim de cet après-midi passionnant auquel l’auteur a ajouté en fin d’ouvrage, dans un souci de clarté, un rappel succinct des règles de la prosodie classique. Ainsi, sous une même couverture, le lecteur trouvera l’essentiel de ce qu’il convient de savoir en matière de technique poétique.


À l'occasion de cette nouvelle publication, Robert Notenboom présentera son livre et lira quelques poésies le jeudi 26 avril 2012 à partir de 18 h 00 à la Librairie Maruani dans le XIIIe arrondissement de Paris, véritable caverne d'Ali Baba où vous serez chaleureusement accueilli.




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Librairie Maruani sur Facebook
171, bd Vincent Auriol, 75013 Paris, France - Téléphone : 01.45.85.85.70 -
Métro : Place d'Italie (Ligne 5) et Nationale (Ligne 6)


Afin de vous mettre en appétit, voici une vidéo de six poèmes de Robert Notenboom lu par l'auteur et le poète, critique, comédien et blogueur Dominique Gabriel Nourry. C'était le 15 avril dernier à la Connoisseur's Gallery, Paris VIe :



Avis aux amateurs de belle poésie, Robert Notenboom sera présent au Salon "Les Pyramides du Livre" qui se tiendra les 12 & 13 mai à La Grande Motte (34).

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« Langue française et poésie », de Robert Notenboom. Format : A5 - 100 pages - ISBN : 978-2-919139-21-7
Prix : 10 € - Frais de port 2,40 € - Pour commander cliquez ici.

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À Lire aussi, cette chronique de Robert Notenboom : Poésie et instantanéité sur le site de La Cause Littéraire

On parle de Robert Notenboom aussi sur "Le comptoir des mots"

Tous les articles consacrés à Robert Notenboom se trouvent ici.

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Dans l'actualité des Éditions du Puits de Roulle, cette semaine vous parlez aussi :

des livres d'Anna Galore qui vient de sortir son 20e ouvrage "J'ai treize envies de plus"

et de :

"Suzanne" de Clovis Perrin


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29 février 2012

La cause littéraire et la bibliothèque idéale de Valérie Debieux

rnvdident.jpgJeune et jolie, mais pas que, Valérie Debieux est aussi écrivain, rédactrice et chargée de communication.

“La lecture fait partie de ma vie et ce, depuis mon enfance. Lire représente à mes yeux une source de richesses infinies, que ce soit sur le fond ou sur la forme. Entrer dans un livre, c’est ouvrir une porte sur une époque et des lieux que hantent des hommes et des femmes avec leurs sentiments et leur mode de pensée. S’adonner à la lecture, c’est également s’intéresser à l’autre, essayer de le comprendre et de percevoir le monde à travers son regard. Parcourir un ouvrage, c’est aussi partir à la découverte des idées d’autrui et s’interroger sur soi-même. S’immerger dans la lecture, c’est apprécier avec bonheur la beauté d’une langue, celle de la langue française avec la variété de ses mots, la finesse de son vocabulaire et la mélodie qui s’en dégage.

La lecture a sans doute généré mon passage à l’écriture, sans pour autant que je ne cesse de lire les autres. Bien au contraire. Ma vocation première, celle d’une papivore insatiable, est demeurée intacte.

Ainsi ai-je tout naturellement fréquenté la Faculté des Lettres de l’Université de Fribourg où j’ai eu la joie de me familiariser avec la linguistique, la philologie romane et les littératures classique et moderne de la langue française et anglaise. Puis, j’ai éprouvé le besoin de m’orienter vers la bibliothéconomie et, au terme d’une formation de trois ans, je suis devenue bibliothécaire. Un métier passionnant que j’ai exercé avec bonheur, près de dix années durant.

Un jour de printemps 2004, je me suis mise à écrire mon premier roman puis, j’ai enchaîné avec un deuxième et un troisième. À compter du commencement de cette « aventure », je n’ai eu de cesse d’écrire et, aujourd’hui, je travaille à mon quatrième roman. L’école du théâtre a également nourri mon imaginaire.”


Valérie Debieux est aussi membre de l’Association des Amis de Jean Giono et active rédactrice du magazine en ligne "La cause littéraire" dans lequel elle vient de publier un article intitulé La bibliothèque idéale de Valérie Debieux dans lequel on retrouve, bien placé entre Giono et Coelho, à la dixième place, notre ami Robert Notenboom :

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10. À l’embaumée des Fleurs, Robert Notenboom

Parce qu’entre le jour et la nuit, le présent et le passé, des « eaux calmes », au milieu de la « prairie fleurie »…





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Source du texteLa cause littéraire.

28 février 2012

Tous nos livres en e-book

Kindle Lucienne.jpgJe vous annonçais dernièrement la sortie du roman "Lucienne" de Jean-Michel Berardi au format e-book sur Kindle.

Aujourd'hui, je suis heureuse pouvoir ajouter que désormais tous les livres publiés à compte d'éditeur aux Éditions du Puits de Roulle seront désormais disponibles sur Kindle.






VASDOR.jpgLes Voyageurs au sang d'or, Kathy Dauthuille - 2,68 €

Version papier : 15,85 € -








AG1.jpgLe très lumineux secret vol.1 : Le septième livre, Anna Galore - 2,68 €

Version papier : 12 €







AG2.jpgLe très lumineux secret vol.2 : La veuve obscure, Anna Galore - 2,68 €

Version papier : 12 €









AG.jpgLe très lumineux secret vol.3 : Les neuf soeurs, Anna Galore - 2,68 €

Version papier : 12 €









TY.jpgLe racisme anti-blanc - Ne pas en parler : un déni de réalité, Tarik Yildiz - 2,68 €

Version papier : 8 €







LULU.jpgÀ l'embaumée des Fleurs, Robert Notenboom - 2,68 €

Version papier : 15 €







kindle 5.jpgLucienne, Jean-Michel Berardi - 4,71 €

Version papier : 15 €









31 janvier 2012

Mon père aimait le piano - inédit de R. Notenboom -

42146528657086806451610.jpgVendredi 27 janvier dernier, Robert Notenboom était l'invité de Samantha Barendson pour la soirée "Carte Blanche" qui se tenait à Lyon.

À cette occasion, le poète y a lu un court texte inédit délicieux, Mon père aimait le piano, inspiré par une série de trois photos : quelque chose qui ressemblait à un piano, une voie ferrée et la photo d'une caravane ou d'un mobil-home.

Ce texte, Robert est heureux de le partager avec vous. Le voici :

Mon père aimait la musique, le piano surtout. Toute ma famille aimait la musique et tout le monde avait un piano. Et c’était bien de jouer du piano.

Le nôtre était noir. C’était un piano droit. Je ne me souviens plus de sa marque. Je n’aimais pas sa sonorité. Je n’aimais pas la barre de cuivre que mon père avait fixée au-dessus des touches pour que je tienne bien mes poignets. Ni la toile que mon père avait tendue par-dessus pour que je ne puisse pas voir mes doigts pendant que je jouais. «Jouais», le mot est impropre, pendant que je m’échinais à taper des exercices qui dans mon souvenir s’apparentent à la torture. Des études de Czerny, je crois et d’autres sadiques dont j’ai oublié les noms.

Mon père était ingénieur aux chemins de fer. Il m’aurait voulu aussi bon que lui en maths et au piano. En maths, j’étais nul et je passais d’horribles soirées avec lui en pleurant sur « le calcul en riant ». Mon père était très fort en calcul mental. On lui disait 24 546 multipliés par 17 522, il vous donnait le résultat instantanément. Comme il avait une extraordinaire mémoire et la capacité de se représenter ce qu’il pensait comme s’il le voyait sur un écran, il était aussi imbattable aux échecs, imaginant à l’avance une série d’hypothèses et leurs répliques. Je me souviendrai toute ma vie des heures interminables passées en face lui, vaincu d’avance, à sa fureur désespérée parce qu’il aurait aimé que je fusse aussi brillant que lui et souffrait de me mépriser. Pareil en musique, il jouait très bien et par cœur. Des sonates de Beethoven. Il adorait Beethoven, disait-il. Il le jouait très vite, en virtuose, sans faire jamais passer une once se sentiment. Moi, j’ai très vite détesté Beethoven. Je préférais Bach. Mon père me disait que ce n’était pas normal d’aimer Bach quand on était nul en maths. Que Bach, c’était une musique pour mathématicien, qu’il n’y avait pas de sentiment dans Bach. Il faut que je vous dise qu’à cette époque reculée, il n’était pas à la mode de trouver du sentiment dans Bach. Il aurait donc compris que je ne l’aimasse pas. Notre voisin, qui habitait cette magnifique propriété de l’autre côté de notre rue, Marcel Von der Wiese, un grand pianiste, interprétait Bach de cette façon mécanique, coutumière à l’époque. Moi, Bach me tirait des larmes. Surtout si c’était moi qui le jouais. Mais comme je n’étais pas un virtuose, je le jouais mal, trop lentement. D’ailleurs, dans la journée, je ne faisais pas les exercices que mon père me demandait et préférait improviser ma propre musique, mais comme c’était des airs très lents, cela n’apportait rien, me disait-il, et ne me faisait faire aucun progrès. Au contraire, cela me faisait perdre du temps. Pour lui, c’était aussi vain et nuisible que le temps que je gaspillais à rêver ou à écrire de la poésie.

Pour bien comprendre ce qui arriva, il faut savoir comment ma mère et moi ressentions la présence de mon père. Le matin, comme il partait tôt pour l’usine, nous faisions semblant de dormir pour ne nous lever qu’après avoir entendu claquer la porte de fer de notre jardinet. Plusieurs rebondissements avant que la porte ne se referme pas vraiment. Depuis j’ai toujours détesté qu’on claque les portes. Je n’en ai jamais claqué une seule. De la même façon, mon père criait beaucoup eh bien, moi je n’ai pratiquement jamais crié. Ensuite, la journée se passait normalement. Paresseusement, puisque j’étais paresseux et que ma mère ne faisait pas grand-chose. Le soir, quand venait l’heure du retour de mon père, l’inquiétude montait, ma mère commençait à s’affairer à la cuisine ou ailleurs ; moi, je m’enfermais dans ma chambre.

Un jour, un jeudi matin, - en ce temps-là les mercredis tombaient le jeudi comme aujourd’hui à Lyon le jeudi est tombé un vendredi -, peu après le départ de mon père, - je sais, je n’étais pas non plus courageux – pris d’une sorte de rage froide au souvenir de la soirée de torture précédente, je descendis à la cave où mon père s’était fait une sorte d’atelier de bricolage – il aimait travailler le bois et, jeune, aurait aimé devenir menuisier – et en remontai avec un maillet et une hache. Calmement d’abord, l’excitation montant progressivement en moi, la hache de la main gauche – en plus de tous mes autres défauts, j’étais gaucher – le maillet de la droite, j’entrepris de démolir consciencieusement et systématiquement le piano. Je m’acharnai tout particulièrement sur la barre de cuivre, la toile tendue au-dessus d’elle et fis sauter les notes une à une comme les tortionnaires de ma jeunesse faisaient des dents des suppliciés. Puis je partis. Sans claquer la porte, la laissant grand ouverte.

Nous habitions le long de la voie ferrée, dans une des petites maisons mitoyennes de la « Deutsche Bahn ». Je la suivis, sans but, sans autre but que de partir. Je courais, chantonnant, psalmodiant plutôt des paroles rageuses comme pour entretenir ma colère. Puis, la folie qui s’était emparée de moi cédant à la fatigue, je cessai de courir et ralentis mon pas. J’avais perdu de mon assurance. En fait, je serais bien rentré à la maison, mais, terrorisé par ce qui se passerait, je continuai à marcher devant moi, m’efforçant de ne pas trop penser. Ce qui m’était assez facile parce que j’ai toujours eu une grande facilité pour m’évader dans une sorte de brume rêveuse. Il y avait deux voies, quatre rails ; cela ressemblait à une portée de musique grégorienne. Ne sachant vraiment où aller, inconsciemment, je me mis à divaguer d’un rail à l’autre au rythme des quelques notes que je fredonnais, les écrivant d’une façon éphémère, de mon pas de plus en plus hésitant.

Le soir tombait. J’avais froid. J’étais fatigué. Un rayon de lune donnait aux choses une apparence monstrueuse. Les rails brillaient, me montraient mon chemin. À la fois lumineux et inquiétant. Tout le reste était ténèbres..

Je ne chantais plus. Étais-je éveillé ? Je pense que je marchais encore, d’un pas assez rapide, machinalement, presque endormi quand j’aperçus à ma droite un abri qui ressemblait à une caravane que l’on aurait abandonnée là. Je m’en approchai. La porte était entrouverte. J’y entrai et me laissai tomber à terre entre des bidons d’huile ou d’essence. Mon sommeil s’y poursuivit, habité de cauchemars, de souvenirs.

Ce fut le froid qui me réveilla. La nuit était tombée. Par les planches disjointes de la caravane, j’aperçus comme une clarté, des lumières rouges, bleues, jaunes qui vacillaient. Me parvenaient également des cris, des rires, des chants, le miaulement d’une sorte de violon, d’autres instruments encore. Je me traînai jusqu’à la porte, la poussai. Elle s’ouvrit d’un coup et je fus comme projeté en plein milieu d’un groupe d’hommes, de femmes, d’enfants, comme happé par une scène de théâtre où tout un monde bigarré et bizarre chantait, jouait. Je fus accueilli par un grand éclat de rire de toute l’assistance.

- Tu as dormi là-dedans ? me demanda un vieil homme barbu dont les yeux bleus moqueurs étaient cependant pleins de gentillesse.

Sans attendre ma réponse qui n’aurait été qu’un vague bredouillement, il me fit signe de m’approcher du feu. Une vieille femme me tendit une tasse d’une boisson fumante. Probablement du thé. Le violoniste, un jeune homme grand et chevelu, brandit l’archet de son violon et tout le monde se tut pour que peu à peu naisse et s’élève une mélodie pleine de passion, soutenue par les balalaïkas et reprise en contrepoint par le cymbalum. La mélodie s’enfla jusqu’à une sorte d’extase à la fois enthousiaste et paradoxalement désespérée pour s’écrouler en cascade, le chant des balalaïkas torsadant avec celui du cymbalum. C’est à ce moment que je m’aperçus que j’aimais la musique.

Le temps me manque pour vous raconter la suite par le menu… mais s’il nous reste quelques minutes, je suis à votre disposition pour vous dire comment tout cela finit et faire la part du vrai et du faux. Mais alors, je vous demanderai de vous rappeler que le mensonge est souvent plus vrai que la réalité en ce qu’il exprime ce que nous avons de plus profond en nous, ce que nous aurions aimé vivre et n’avons su qu’esquisser.



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Photo Robert Notenboom © Samatha Barendson

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